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Côte d'Ivoire : Litige foncier à Elokaté sur 1260 hectares, à 101 ans, le patriarche du village sollicite l'arbitrage de Ouattara
 

Côte d'Ivoire : Litige foncier à Elokaté sur 1260 hectares, à 101 ans, le patriarche du village sollicite l'arbitrage de Ouattara

 
 
 
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 Il y a 6 heures
 
 
 
 
 
© Koaci.com - jeudi 09 juillet 2026 - 05:44



À 101 ans, Nanan Akomian Akandan, patriarche, chef de terre et garant des us et coutumes du village d'Elokaté, dans le district d'Abidjan, lance un ultime appel au Président de la République, Alassane Ouattara. Dans un entretien accordé à KOACI, le doyen affirme que son village est progressivement dépossédé de ses terres ancestrales au profit de la société Palmafrique, une situation qu'il qualifie d'injuste et qui, selon lui, menace l'avenir même de la communauté.


Affaibli par l'âge, mais déterminé à accomplir ce qu'il considère comme sa dernière mission, le patriarche demande au chef de l'État d'intervenir personnellement, afin de préserver le patrimoine foncier de son peuple.


« Je sens mes forces m'abandonner. Si aujourd'hui je vous ai fait venir, c'est parce que je veux que le Président de la République entende notre cri avant que Dieu ne me rappelle », confie-t-il.


Tout au long de son intervention, Nanan Akomian Akandan rappelle le caractère sacré de la terre dans la tradition ébrié. Selon lui, une terre ne peut être considérée comme une simple marchandise.


« Une terre ne se vend pas. La terre est l'âme d'un peuple. Celui qui vend sa terre se vend lui-même. »


Le patriarche explique qu'en tant que dernier survivant de sa génération, forte autrefois de près d'un millier de personnes, il est devenu, selon la tradition, le dépositaire des terres ancestrales et le garant des décisions coutumières.


Il affirme que toute décision concernant les terres ou la chefferie qui ne reçoit pas sa bénédiction est, selon les usages du village, dépourvue de légitimité.


Le chef coutumier revient longuement sur l'origine du différend. Selon lui, dans les années 1960, les terres auraient été mises à la disposition de l'État afin de promouvoir la culture du palmier à huile sous l'impulsion du Président Félix Houphouët-Boigny.


D'après son récit, un accord verbal aurait été conclu entre le chef de l'État de l'époque et les autorités coutumières d'Elokaté.

Cet accord prévoyait que l'exploitation durerait trente ans, avant que les plantations, les installations et les terres ne soient rétrocédées au village.


Le patriarche reconnaît toutefois que cet engagement n'a jamais été formalisé par un contrat signé.


À la suite de la privatisation de la société publique de palmier à huile, Palmafrique aurait repris les activités d'exploitation sans que cette rétrocession n'intervienne.


 

Selon le responsable coutumier du village, le litige porte sur plus de 1 260 hectares appartenant à Elokaté, intégrés dans un ensemble foncier de plus de 2 000 hectares exploités par Palmafrique.


Il affirme avoir découvert récemment que des démarches administratives permettraient désormais la réalisation de projets immobiliers sur ces parcelles. Pour les villageois, cette évolution constitue une menace directe pour leur patrimoine foncier.


Ils estiment que leurs terres ne peuvent être cédées à une société privée sans leur consentement.


Le patriarche affirme que plusieurs courriers ont déjà été adressés aux différentes autorités ivoiriennes depuis de nombreuses années.


Il évoque également plusieurs procédures judiciaires ainsi que des plaintes déposées par les représentants du village.


Selon lui, son porte-parole aurait même été condamné à trois mois d'emprisonnement dans le cadre d'une autre affaire similaire. 

Le chef coutumier dit ne pas comprendre les décisions rendues et estime que les intérêts du village n'ont jamais été suffisamment pris en compte.


Il dénonce également ce qu'il considère comme un affaiblissement progressif des autorités traditionnelles.


Les représentants d'Elokaté expliquent avoir entrepris, entre 2021 et 2022, des démarches visant à faire reconnaître leurs droits fonciers coutumiers.

Selon eux, une convention aurait été conclue avec un opérateur chargé de conduire les procédures nécessaires à la sécurisation des terres du village et à l'obtention d'actes administratifs.


Ils estiment que ces démarches ont ensuite été contrariées par des décisions administratives autorisant Palmafrique à poursuivre ses projets sur les mêmes parcelles.


Le village indique également avoir installé plusieurs panneaux sur le site afin de revendiquer la propriété coutumière des terres concernées.


Face à ce qu'il considère comme une menace existentielle pour son peuple, Nanan Akomian Akandan demande une intervention personnelle du Président Alassane Ouattara.

Selon lui, les générations futures risquent de se retrouver sans patrimoine foncier si aucune solution n'est trouvée.


 

« Nous sommes des citoyens ivoiriens. Nous demandons simplement que nos terres nous soient rétrocédées afin que nous puissions les gérer pour le bien de nos enfants et du pays. »


Le patriarche appelle également l'ensemble des autorités administratives à examiner le dossier avec impartialité.


Contactée par téléphone par KOACI, la Direction de la communication de Palmafrique minimise la portée de cette nouvelle sortie médiatique.


Selon son responsable, il s'agit d'un litige ancien déjà connu des autorités administratives et politiques.

L'entreprise affirme que des discussions sont en cours avec le chef de village intérimaire et non avec Nanan Akomian Akandan, dont elle conteste la qualité pour s'exprimer au nom de la communauté.


« C'est un vieux dossier. Les populations ont déjà saisi le Président de la République. Les autorités administratives sont informées. Le sous-préfet, le maire et tous les services concernés connaissent cette affaire », indique la Direction de la communication.


Palmafrique affirme également que certains habitants auraient déjà empêché ses équipes de travailler sur le terrain à plusieurs reprises.


Cette nouvelle prise de parole illustre la persistance d'un différend foncier qui oppose depuis plusieurs années une partie de la communauté d'Elokaté à Palmafrique.


Alors que les discussions se poursuivent entre les différentes parties, le patriarche de 101 ans espère que son appel sera entendu par les plus hautes autorités de l'État avant qu'une solution définitive ne soit trouvée à ce dossier particulièrement sensible, où se mêlent droits coutumiers, urbanisation et enjeux fonciers.



Wassimagnon



 
 
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