Côte d'Ivoire : Foncier, le gouvernement veut faire d'Abidjan, le nouveau hub africain de la sécurisation des terres
La première édition des Journées Foncières d’Abidjan se tiendra du 5 au 7 octobre 2026 au Parc des Expositions de Port-Bouët. À l’occasion de la cérémonie officielle de lancement, mardi 11 août à Abidjan, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a présenté les ambitions de ce rendez-vous international consacré à la sécurisation foncière. Le Sénégal, choisi comme pays invité d’honneur, entend y partager son expérience et renforcer le partenariat avec la Côte d’Ivoire.
Abidjan veut s’imposer comme une plateforme de référence sur les questions foncières en Afrique. C’est l’ambition affichée par le gouvernement ivoirien à travers l’organisation des premières Journées Foncières d’Abidjan, dont le lancement officiel a eu lieu mardi 11 août 2026 à la salle Ébène de l’hôtel Tiama, au Plateau.
Placée sous le haut patronage de Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre, cette première édition réunira, du 5 au 7 octobre prochain, des décideurs publics, administrations foncières, partenaires techniques et financiers, opérateurs privés, experts, chercheurs et représentants de la société civile venus de quatorze pays d’Afrique, d’Amérique et d’Asie.
Le Sénégal a été désigné pays invité d’honneur de cette première édition. Une présence qui traduit, selon les responsables des deux pays, la solidité des relations entre Abidjan et Dakar, mais aussi leur volonté de renforcer le partage d’expériences dans le domaine foncier.
Dans son discours, Bruno Nabagné Koné a rappelé l’importance stratégique du foncier rural pour la Côte d’Ivoire. Le pays dispose d’environ 23 millions d’hectares de terres rurales à sécuriser, avec 8 631 villages à délimiter, près de 1,5 million de certificats fonciers à délivrer et autant de contrats agraires à formaliser.
« Derrière ces chiffres, il y a des familles, des exploitations, des héritages à transmettre. Il y a aussi des tensions à prévenir », a souligné le ministre, rappelant que la terre constitue à la fois un facteur de production, un patrimoine, une identité et, dans certains cas, une source de conflits.
Pour répondre à cet enjeu, la Côte d’Ivoire s’est dotée depuis 1998 d’un cadre juridique consacré au domaine foncier rural. Cette réforme reconnaît notamment les droits fonciers coutumiers et prévoit leur matérialisation à travers le certificat foncier.
La loi d’orientation agricole de 2015 a ensuite fait de la sécurisation foncière l’un des axes majeurs de la politique agricole nationale. Elle vise notamment à sécuriser les droits des détenteurs coutumiers et des occupants, délimiter les territoires villageois, mettre en place un cadastre rural et favoriser la contractualisation entre propriétaires et exploitants.
C’est dans cette dynamique que l’Agence Foncière Rurale (AFOR) a été créée en 2016 par le Président Alassane Ouattara.
Des avancées, mais un défi encore immense
Dix ans après la création de l’AFOR, le gouvernement ivoirien met en avant des résultats jugés significatifs.
En 2017, seuls 284 villages étaient délimités et bornés et environ 4 000 certificats fonciers avaient été délivrés, tandis qu’aucun contrat agraire n’avait encore été signé. Aujourd’hui, le bilan fait état de 5 786 villages délimités et bornés, dont 2 316 consacrés par arrêté ministériel, 68 026 certificats fonciers délivrés et 86 447 contrats agraires signés.
Selon une évaluation indépendante menée en 2025, l’action de l’AFOR aurait également contribué à une baisse de 30 % des conflits fonciers.
Pour Bruno Nabagné Koné, ces résultats montrent l’impact concret de la sécurisation foncière sur la paix sociale et l’investissement. Mais ils révèlent également l’ampleur du travail restant à accomplir.
Avec 68 026 certificats délivrés pour un besoin estimé à 1,5 million, le ministre estime nécessaire d’accélérer le rythme des opérations, de mobiliser davantage de financements, de poursuivre la digitalisation, de transformer les certificats en titres fonciers et de garantir un accès plus équitable à la terre pour les femmes et les jeunes.
Prenant la parole au nom du gouvernement sénégalais, l’ambassadeur du Sénégal en Côte d’Ivoire, Paul Benoît Barka Sarr, a salué une initiative qu’il considère comme une occasion majeure de renforcer la coopération entre les deux pays.
Il a transmis les remerciements et les félicitations du gouvernement sénégalais aux autorités ivoiriennes, notamment au ministre Bruno Nabagné Koné, pour avoir choisi le Sénégal comme pays invité d’honneur.
Pour le diplomate, cette invitation constitue à la fois une marque de confiance et une reconnaissance de l’expérience sénégalaise dans le domaine foncier.
« Le foncier n’est pas une question simplement technique ou administrative », a-t-il relevé, insistant sur ses dimensions liées à la cohésion sociale, à la justice, à l’investissement et au développement durable.
La délégation sénégalaise entend notamment présenter les réformes engagées dans le cadre de l’Agenda national de transformation, porté par la Vision Sénégal 2050.
Le Sénégal devrait également mettre en avant les acquis de son Programme cadastre et sécurisation foncière (PROCACEF), financé par la Banque mondiale sur la période 2021-2026 à hauteur de 80 millions de dollars.
À Abidjan, la délégation sénégalaise prévoit de présenter les évolutions de son cadre juridique et institutionnel ainsi que les expériences réalisées dans la formalisation des droits fonciers ruraux.
Une place importante sera accordée aux innovations numériques, notamment au cadastre numérique et au NICAT, le numéro d’identification cadastrale, ainsi qu’au Système d’information foncière communal (SIFCOM) et au Système de gestion foncière (SGF).
Le Sénégal souhaite également partager son expérience en matière de partenariats et présenter les perspectives de son futur programme national de sécurisation foncière, destiné à consolider dans la durée les acquis des réformes.
Au-delà des Journées Foncières, la présence du Sénégal s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération entre les deux pays.
Paul Benoît Barka Sarr a rappelé l’existence d’un programme conjoint de benchmarking bilatéral entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Cette initiative vise à permettre aux deux pays de comparer leurs expériences et de s’inspirer mutuellement dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le foncier et la modernisation agricole.
Le programme, lancé à la faveur d’une visite de travail et d’amitié du ministre sénégalais des Affaires étrangères en Côte d’Ivoire, doit progressivement couvrir plusieurs domaines considérés comme prioritaires dans les stratégies de transformation structurelle des deux États.
Le diplomate sénégalais a également cité le Plan national de développement (PND) ivoirien comme l’un des domaines susceptibles d’intéresser le Sénégal dans le cadre de cette démarche de benchmarking.
Selon lui, l’objectif n’est pas de reproduire mécaniquement les expériences ivoiriennes, mais d’identifier les bonnes pratiques et les solutions susceptibles d’être adaptées au contexte sénégalais.
Une délégation sénégalaise de haut niveau est ainsi attendue à Abidjan en septembre pour donner une nouvelle impulsion à cette coopération.
Les Journées Foncières d’Abidjan s’articuleront autour de quatre principaux rendez-vous.
Le Salon du foncier constituera un espace d’exposition, de présentation de solutions et de rencontres d’affaires. Une Table ronde des ministres en charge du foncier permettra ensuite aux responsables gouvernementaux de confronter leurs expériences et leurs politiques publiques.
Une Conférence des bailleurs sera consacrée au financement durable des réformes foncières, tandis que plusieurs conférences thématiques aborderont les grands enjeux du secteur, notamment la digitalisation.
Le pays invité d’honneur disposera également d’un espace dédié pour présenter son expérience et ses innovations.
Au total, quatorze pays sont annoncés : le Bénin, le Brésil, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, l’Indonésie, Madagascar, le Mali, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
Pour le ministre Bruno Nabagné Koné, l’enjeu dépasse largement la seule administration des terres. La sécurisation foncière doit contribuer à consolider la paix dans les communautés rurales, faciliter l’investissement et le financement des exploitations, favoriser la transmission du patrimoine et soutenir la modernisation de l’agriculture.
Le gouvernement ivoirien entend ainsi inscrire les Journées Foncières dans les priorités de sa politique agricole et dans la dynamique du Plan national de développement 2026-2030.
Mais la réussite de cette ambition ne pourra reposer sur le seul État. Le ministre a appelé à la mobilisation des administrations, des partenaires au développement, du secteur privé, des opérateurs fonciers, des géomètres-experts, des organisations professionnelles agricoles, de la société civile et des communautés villageoises.
La presse, elle aussi, est appelée à jouer un rôle de premier plan dans la diffusion d’une information fiable et accessible sur les enjeux fonciers.
À travers ces Journées, Abidjan entend donc faire plus qu’organiser un forum. L’objectif est de créer un espace africain de dialogue, de partage d’expériences et de coopération autour d’un enjeu qui touche directement à la paix, à l’investissement, à l’emploi et au développement durable.
Du 5 au 7 octobre 2026, la capitale économique ivoirienne ambitionne ainsi de devenir le point de convergence des acteurs du foncier et de faire de la sécurisation des terres un véritable levier de transformation économique et sociale du continent.
Wassimagnon
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