Côte d'Ivoire : FREAO 2026, à Abidjan, l'Afrique de l'Ouest scelle un pacte pour faire de l'eau un levier de développement
Réunis à Abidjan pendant deux jours, les acteurs de l’eau en Afrique de l’Ouest ont appelé à accélérer le passage des engagements aux réalisations concrètes. La première édition du Forum régional de l’eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO) s’est achevée vendredi 25 septembre 2026 par l’adoption de la Déclaration d’Abidjan, qui place la coopération, le financement et la gouvernance au cœur de la réponse aux défis hydriques de la sous-région.
L’Afrique de l’Ouest entend franchir une nouvelle étape dans la gestion de ses ressources en eau. Au terme de deux jours de discussions à Abidjan, la première édition du Forum régional de l’eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO) a débouché sur l’adoption de la Déclaration d’Abidjan. Un document présenté comme un cadre d’engagement pour mieux répondre aux pressions qui pèsent sur les ressources hydriques de la sous-région.
Placée sous le thème « Valorisons l’eau pour transformer l’Afrique de l’Ouest », la rencontre a réuni des représentants des États, des institutions régionales, des organismes de bassin, des partenaires au développement ainsi que différents acteurs du secteur de l’eau.
À la cérémonie de clôture, le ministre ivoirien des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, a rappelé que la gestion de l’eau ne pouvait être dissociée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux de la sous-région.
« En Afrique de l’Ouest, l’eau est une ressource partagée qui crée entre nos États, nos économies et nos populations une interdépendance profonde », a-t-il souligné, estimant que la coopération devait être considérée comme « un impératif de survie et de développement ».
Cette interdépendance est renforcée par plusieurs facteurs : les effets du changement climatique, la croissance démographique, l’augmentation des besoins alimentaires et énergétiques et la pression croissante exercée sur les ressources naturelles.
Dans ce contexte, les bassins transfrontaliers apparaissent comme des espaces privilégiés pour renforcer le dialogue entre les États et prévenir les tensions liées à l’accès et à l’utilisation de l’eau.
Les travaux du FREAO ont permis de dégager plusieurs axes d’action, désormais consignés dans la Déclaration d’Abidjan.
Parmi les priorités figurent le développement du Nexus Eau-Énergie-Alimentation-Environnement, le renforcement des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de la gouvernance des ressources et la mobilisation de financements adaptés aux besoins de la région.
Les participants ont également insisté sur la nécessité de diversifier les sources de financement. Les partenariats public-privé, les fonds climatiques, les obligations vertes et bleues ainsi que les mécanismes de garantie figurent parmi les solutions évoquées pour accroître les investissements dans le secteur de l’eau.
L’objectif est notamment de réduire l’écart entre les besoins croissants des populations et les capacités actuelles de financement des infrastructures hydrauliques.
Le massif du Fouta-Djallon a occupé une place particulière dans les échanges. Considéré comme le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », ce massif joue un rôle majeur dans l’alimentation de plusieurs grands cours d’eau de la région.
Sa préservation est ainsi présentée comme un enjeu dépassant les frontières nationales, avec des implications directes pour la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique de plusieurs pays ouest-africains.
Les participants ont appelé à renforcer les initiatives de protection des écosystèmes et à développer davantage les mécanismes de coopération autour des ressources partagées.
Au-delà des infrastructures et du financement, le FREAO a également mis l’accent sur la dimension sociale de la gouvernance de l’eau.
Les participants ont plaidé pour une meilleure représentation des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables dans les mécanismes de décision. Une approche destinée à favoriser une gouvernance plus inclusive des ressources hydriques.
Le rôle des organismes de bassin a également été mis en avant. Ces structures sont appelées à contribuer davantage à la prévention des tensions, au partage des données hydrologiques et à la construction de relations de confiance entre les États.
Pour le président de la Commission de la CEDEAO, Dr Omar Alieu Touray, l’eau constitue « une ressource stratégique en Afrique de l’Ouest ». Elle peut, selon lui, être à la fois une source de tensions et « un formidable facteur de coopération, de paix et de développement économique et social".
La cérémonie de clôture a également été marquée par la transmission symbolique du drapeau du FREAO au Cap-Vert, qui accueillera la deuxième édition du forum en 2028 à Praia.
En remettant le symbole de l’événement au représentant capverdien, António Pina, Jacques Assahoré Konan a exprimé la confiance de la Côte d’Ivoire dans la capacité du Cap-Vert à poursuivre la dynamique engagée à Abidjan.
António Pina a, pour sa part, déclaré que son pays acceptait cette responsabilité « avec gratitude » et entendait poursuivre le travail engagé lors de cette première édition.
La première édition du FREAO aura ainsi permis de placer la question de l’eau au cœur des enjeux de coopération et de développement régional. Mais l’adoption de la Déclaration d’Abidjan ouvre surtout une nouvelle phase : celle de la mise en œuvre des engagements.
À la clôture du forum, Jacques Assahoré Konan a résumé cette exigence par une formule : « L’heure est désormais à l’action. »
Une orientation qui donne toute sa portée aux prochaines étapes. De la protection des écosystèmes au financement des infrastructures, en passant par la gouvernance des bassins transfrontaliers et l’inclusion des populations, la concrétisation des engagements d’Abidjan constituera désormais l’un des principaux enjeux de la coopération hydrique ouest-africaine, jusqu’au prochain rendez-vous prévu à Praia en 2028.
Wassimagnon
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