Côte d'Ivoire : Cacao, la tension explose à la Caistab, un collectif d'acheteurs hausse le ton et menace de bloquer la campagne
La tension est montée d’un cran ce lundi à la Caistab, au Plateau, où une délégation du Collectif des sociétés coopératives et acheteurs de Côte d’Ivoire affirme avoir été empêchée de rencontrer les responsables du Conseil du Café-Cacao. Son porte-parole, Stéphane Takry Goupi, dit avoir été brutalisé par des policiers au cours de l’incident. Le collectif réclame une solution pour l’écoulement des stocks résiduels de cacao encore entreposés dans les magasins et menace désormais de perturber la campagne 2025-2026 si aucune réponse favorable n’est apportée.
Le rendez-vous devait porter sur la question des stocks résiduels de cacao issus de la grande campagne précédente. Selon Stéphane Takry Goupi, président du Collectif des sociétés coopératives et acheteurs de Côte d’Ivoire, la délégation avait préalablement adressé des courriers au directeur général du Conseil du Café-Cacao ainsi qu’au ministre de l’Agriculture.
À son arrivée à la Caistab, le collectif aurait toutefois été accueilli par un important dispositif de sécurité. Les responsables du mouvement assurent qu’ils n’étaient pas venus organiser une marche ou une grève, mais présenter des propositions pour permettre l’écoulement des stocks encore détenus par les opérateurs.
« Nous avions rendez-vous avec le directeur du Conseil du Café-Cacao pour ce qui concerne le stock résiduel de cacao », explique Stéphane Takry Goupi.
Selon lui, la délégation a été assimilée à un mouvement de protestation alors que sa démarche se voulait essentiellement axée sur la négociation.
L’incident aurait dégénéré lors des échanges avec les forces de sécurité. Stéphane Takry Goupi affirme avoir été pris à partie par des policiers, en présence, selon lui, du commissaire du premier arrondissement du Plateau et de gendarmes.
« Je me vois brutalisé. Ils ont même déchiré ma veste par des policiers », affirme-t-il, assurant que son vêtement a été entièrement mis en lambeaux au cours de l’intervention.
Le responsable du collectif dénonce une réaction qu’il juge disproportionnée au regard de la démarche entreprise par son organisation.
Il assure par ailleurs que la réunion avec le directeur général du Conseil du Café-Cacao n’a finalement pas eu lieu. Une rencontre aurait été reportée à la suite des incidents.
Au centre du différend se trouve le stock résiduel de cacao que les coopératives et acheteurs disent encore détenir dans leurs magasins.
Stéphane Takry Goupi estime que la difficulté provient notamment du niveau de prix fixé à 1 200 francs CFA le kilogramme pour la grande campagne. Selon lui, ce prix, identique à celui de la petite campagne, ne permettrait pas aux opérateurs d’écouler leurs stocks résiduels.
Le collectif avance ainsi une solution consistant à faciliter la mise en relation des détenteurs de stocks avec une multinationale ou un exportateur susceptible d’acquérir le cacao. L’objectif serait, selon ses responsables, de vendre les stocks, récupérer les fonds immobilisés et permettre aux opérateurs de reprendre leurs activités.
« Nous avons proposé au Conseil de nous aider à trouver un exportateur et de nous donner l’autorisation afin de pouvoir enlever nos stocks et les vendre », explique le porte-parole.
Il affirme également que le volume des stocks concernés aurait augmenté au fil des démarches du collectif. Celui-ci évoque désormais plus de 11 000 tonnes, contre 9 896 tonnes lors d’une précédente évaluation avancée par l’organisation.
Face à ce qu’il considère comme une absence de réponse, Stéphane Takry Goupi hausse le ton.
Le responsable affirme que le Conseil du Café-Cacao dispose jusqu’au mercredi pour apporter une réponse au collectif. À défaut d’une issue favorable, il menace de lancer, à partir du lundi suivant, une mobilisation visant à bloquer la campagne d’achat du cacao 2026-2027.
« Si la suite n’est pas favorable, à compter de lundi prochain, nous allons bloquer cette campagne », prévient-il.
Le collectif envisage notamment d’appeler les producteurs à conserver leur cacao et les sociétés coopératives et acheteurs à fermer leurs magasins.
Cette menace marque un durcissement du bras de fer entre les opérateurs concernés et les autorités de régulation de la filière.
Tout en dénonçant les violences dont il affirme avoir été victime, Stéphane Takry Goupi assure que son organisation privilégie le dialogue.
Il rappelle que le collectif dit avoir multiplié les démarches auprès du Conseil du Café-Cacao et assure n’avoir jamais déposé de demande pour organiser une marche.
« Nous avons toujours appelé le Conseil à la discussion, à la négociation », soutient-il.
Le responsable affirme même que les opérateurs seraient prêts à consentir une perte financière sur leurs stocks, de l’ordre de 100 à 200 francs CFA par kilogramme, afin de récupérer une partie de leurs fonds et de poursuivre leurs activités.
Mais son discours s’est également voulu ferme à l’issue des incidents de ce lundi. « La violence, ce n’est pas une solution pour nous », affirme-t-il, avant d’ajouter que ceux qui voudraient pousser le collectif sur le terrain de la confrontation « nous croiseront sur leur chemin ».
Une déclaration qui traduit la forte tension qui entoure désormais la question des stocks résiduels, alors que les acteurs de la filière cherchent à préserver le financement et la continuité des opérations de la nouvelle campagne.
Le dossier reste donc ouvert et pourrait connaître un nouveau tournant dans les prochains jours, en fonction de la réponse attendue du Conseil du Café-Cacao.
Wassimagnon
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