Côte d'Ivoire : Forêts classées de San-Pedro, un coup de filet de cinq jours démantèle quatorze sites d'orpaillage clandestin
Dans les forêts classées du nord de San-Pedro, la lutte contre l'orpaillage illégal a pris un tournant décisif. Du 3 au 7 septembre 2026, une opération conjointe menée par le Centre de Gestion de San-Pedro et la Direction régionale des Eaux et Forêts a investi les massifs du Mont Kourabahi et des Rapides Grah, deux poumons verts de la région. L'objectif : traquer les exploitations minières illégales qui rongent ces espaces protégés depuis des mois.
C'est dans le cadre des directives du ministère des Eaux et Forêts et de la Direction générale de la SODEFOR que cette mission a été déployée. La pression sur les clandestins devait être maximale. Placée sous le commandement du Capitaine Oboué Hugues Allain, chef de l'Unité de Gestion forestière de la zone, l'opération visait un double objectif : neutraliser les installations sauvages, et surtout, réaffirmer la présence de l'État dans ces territoires longtemps livrés à l'anarchie.
Au bout de cinq jours d'intervention intensive, le bilan est éloquent. Quatorze sites d'orpaillage clandestin ont été mis hors d'état de nuire. Seize abris précaires, utilisés comme bases arrière par les orpailleurs, ont été rasés. Onze individus ont été interpellés et remis aux autorités judiciaires pour les suites de la procédure.
Mais c'est surtout du côté des équipements détruits que l'opération prend toute sa dimension. Trois dragues et vingt motopompes ont été réduites à l'état de ferraille sur place. Les agents ont également procédé à une saisie massive : onze motopompes supplémentaires, cinq machines surnommées « anaconda », deux compresseurs, quarante et une bouteilles de gaz, six motos, dix-neuf pioches, quatre bidons d'huile moteur de vingt-cinq litres chacun, et deux balances de précision utilisées pour peser l'or. Autant d'outils qui ne serviront plus à détruire les sols et la biodiversité.
La mission a aussi permis de mettre au jour des éléments qui dépassent le cadre de l'orpaillage. Les agents ont découvert, en fouillant les campements, un quart de bloc de cannabis et une plaquette de Tramadol, un antalgique puissant souvent détourné de son usage médical dans les milieux clandestins. Trente-deux téléphones portables, quatre portefeuilles et une somme de 9 500 francs CFA ont également été récupérés. Ces trouvailles confirment la porosité entre l'exploitation illégale de l'or et d'autres trafics, avec tout ce que cela implique en matière d'insécurité et de déstabilisation des zones rurales.
Pour le Commandant Kabolaha Traoré, directeur du Centre de Gestion de San-Pedro, cette opération n'est pas une fin en soi. Elle s'inscrit dans une stratégie de long terme. La répétition des interventions et la coordination entre les services de l'État visent à maintenir une pression constante sur les réseaux clandestins. Il ne s'agit pas seulement de détruire des installations : il faut aussi dissuader, restaurer l'autorité publique et protéger durablement des écosystèmes fragiles, souvent menacés par la déforestation, la pollution des cours d'eau et l'appauvrissement des sols.
Dans les forêts classées du Mont Kourabahi et des Rapides Grah, la vigilance reste donc de mise. Les équipes de la SODEFOR et des Eaux et Forêts entendent poursuivre leurs patrouilles et leurs actions de sécurisation. La protection du patrimoine forestier, martèlent les responsables, ne peut être qu'une action permanente. Et si cette opération de septembre 2026 a porté un coup sévère aux exploitants illégaux, elle rappelle aussi que la bataille pour ces forêts est loin d'être terminée.
Jean Chresus
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