Cameroun : En trois mois, le Cameroun condamné à payer plus de 446 milliards de FCFA à trois créanciers étrangers
Coup sur coup, l'État camerounais vient d'essuyer trois défaites judiciaires internationales dont la facture cumulée dépasse les 446 milliards de francs CFA. En l'espace de trois mois seulement, trois tribunaux arbitraux ou juridictions étrangères ont condamné le Cameroun à indemniser un constructeur italien, une compagnie minière australienne et une société pétrolière nigériane. Une accumulation inédite qui interroge sur la gestion des contrats et des contentieux par l'État camerounais.
Trois condamnations, trois continents
La plus récente concerne la Société nationale de raffinage (Sonara), qui vient de perdre son dernier recours judiciaire au Royaume-Uni face à la société nigériane Sahara Energy. Le Cameroun devra verser 42,8 milliards de francs CFA pour des cargaisons de pétrole brut achetées entre 2013 et 2016, livrées et consommées, mais jamais entièrement payées.
Cette condamnation s'ajoute à deux autres dossiers tranchés au cours des semaines précédentes. En juillet 2026, le Cameroun a été condamné à verser 353 milliards de francs CFA à la compagnie minière australienne Sundance Resources, dans un arbitrage lié au projet minier de fer de Mbalam-Nabeba, à la frontière avec le Congo. Début septembre 2026, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a par ailleurs condamné l'État à verser 51 milliards de francs CFA (78,5 millions d'euros) au constructeur italien Gruppo Officine Piccini, pour expropriation illégale dans le dossier du stade d'Olembé, résilié unilatéralement par Yaoundé en 2019.
Trois secteurs différents — pétrole, mines, BTP — trois créanciers de nationalités différentes, mais un même scénario : des contrats mal gérés, des paiements non honorés ou des ruptures jugées abusives par des juridictions internationales.
Sonara, facture née de la lenteur administrative
Le contentieux entre le Cameroun et Sahara Energy trouve son origine dans des cargaisons de pétrole brut livrées à la Sonara entre 2013 et 2016. Au-delà du prix du pétrole lui-même, ce sont les frais annexes prévus au contrat — intérêts de financement et pertes de change — qui ont fait exploser la facture, la Sonara ayant tardé à régler ses paiements.
Pour l'expert en questions pétrolières Robert Mouthe Ambassa cité par Rfi, il s'agit avant tout d'un problème de compétence : les responsables en charge du dossier ne maîtrisaient pas les mécanismes financiers propres au secteur pétrolier, où chaque retard de règlement fait mécaniquement grimper les intérêts et les pertes de change. Une inertie incompatible, selon lui, avec les exigences de réactivité de ce milieu.
Cette nouvelle créance, équivalente à 75 millions de dollars, tombe mal pour des finances publiques déjà sous tension. Comme le souligne l'économiste Serge Alain Godong, cité par Rfi, la trésorerie de la Sonara étant réputée fragile, c'est vraisemblablement le ministère des Finances — qui exerce depuis longtemps la tutelle de fait sur l'entreprise — qui devra honorer cette dette.
Reste une question de fond, posée par Charles Menye, président du Comité citoyen de vigilance financière cité par Rfi, la Sonara avait-elle réellement les moyens de payer à l'époque ? Si non, a-t-elle sollicité un soutien ? Pour lui, il faudrait reconstituer toute la chaîne de décision afin de comprendre pourquoi le paiement n'a pas été effectué — un exercice qui, selon lui, vaudrait pour la Sonara comme pour de nombreuses entreprises publiques camerounaises.
Silence
La décision de la justice britannique dans le dossier Sonara–Sahara Energy a déjà deux mois, sans qu'aucune déclaration officielle n'ait été faite du côté de Yaoundé. Un silence qui se retrouve à l'identique dans les dossiers Piccini et Sundance Resources : dans les trois cas, les autorités camerounaises n'ont pour l'instant pas communiqué publiquement sur les modalités de paiement de ces créances, ni sur les enseignements qu'elles comptent en tirer.
Additionnées, ces trois condamnations représentent plus de 446 milliards de francs CFA à décaisser, dans un pays qui reste sous-programme avec le Fonds monétaire international et dont la dette publique avoisine déjà 46 % du PIB. À cela s'ajoutent d'autres contentieux non encore tranchés définitivement, comme celui qui oppose l'État camerounais à l'entreprise canadienne Magil Construction, également liée au chantier du stade d'Olembé.
Cette accumulation de condamnations, sur des dossiers aussi divers que le pétrole, les mines ou le BTP, pose la question d'un problème plus large que des litiges isolés : celui de la capacité de l'administration camerounaise à honorer ses engagements contractuels dans les délais, et à anticiper le coût — souvent démultiplié par les intérêts et pénalités — d'un simple retard de paiement.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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