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Cameroun : Olembé, la facture qui n'en finit pas, quand la communication officielle percute le réel
 

Cameroun : Olembé, la facture qui n'en finit pas, quand la communication officielle percute le réel

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 14 septembre 2026 - 16:53

Le 4 septembre 2026, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) a tranché : l'État camerounais doit verser 78,5 millions d'euros, soit un peu plus de 50 milliards de FCFA, au groupe italien Gruppo Piccini. Une facture salée, certes inférieure aux 250 milliards initialement réclamés par l'entreprise évincée du chantier en novembre 2019, mais qui vient rappeler une évidence : dix-sept ans après la pose de la première pierre, le Complexe Sportif d'Olembé continue de coûter au contribuable camerounais — et pas seulement en béton.

C'est dans ce contexte que le conseiller technique n°2 du ministère des Sports, le Pr Cyrille Tollo, a organisé ce dimanche une visite guidée du chantier pour les panélistes de l'émission « Libre Expression ». L'objectif affiché : « lever les zones d'ombre » après des débats télévisés houleux sur l'état réel des travaux. Le résultat, documenté en vidéo, a plutôt entretenu la controverse.


Hôtel « très avancé » depuis neuf ans


Sous les gradins du stade, un hôtel cinq étoiles de 70 chambres est en construction depuis mars 2017. Neuf ans plus tard, les images de la visite montrent un chantier dont l'état interroge visiblement les visiteurs eux-mêmes : parking souterrain, ce qui ressemble à des chambres destinées au personnel d'entretien, une structure que plusieurs observateurs ont comparée à une auberge plutôt qu'à l'établissement de standing international annoncé. Ce constat de terrain intervient quelques heures seulement après que Cyrille Tollo eut affirmé que les travaux du complexe étaient "achevés". »- une contradiction que la visite elle-même était censée dissiper, et qu'elle a plutôt exposée au grand jour.

Le stade principal, lui, n'est toujours pas homologué par la Confédération africaine de football pour accueillir des compétitions internationales.


Ce qu’a dit le conseiller technique


Interrogé sur le dossier, le Pr Tollo a lui-même résumé la situation en des termes sans détour, évoquant un stade « unique au monde » - unique par son coût, « des dizaines voire une centaine de milliards déjà engloutis » ; unique par la durée du chantier, « toujours inachevé » après près de 17  ans ; unique enfin par les pénalités accumulées, puisqu'il faut désormais payer « des dizaines de milliards d'amende » pour une infrastructure qui ne l'est pas. Le constat, venant de l'un des responsables chargés de porter le dossier, a le mérite de la franchise. Il pose aussi une question simple : comment concilier cette lucidité affichée en privé, ou dans certaines sorties publiques, avec la présentation de travaux « achevés » ou « très avancés » quelques heures avant une visite qui prouve le contraire ?


 

Olembé, plus de 218 milliards de FCFA engloutis, et ce n'est pas fini


Le coût cumulé du complexe d'Olembé atteint aujourd'hui environ 218 milliards de FCFA, sans compter les 50 milliards de la condamnation Cirdi ni les créances réclamées par l'entreprise canadienne Magil Construction, arrivée après l'éviction de Piccini, alors que le budget initial était estimé entre 163 et 194 milliards de FCFA.

 Pour situer cette somme, quelques comparaisons s'imposent :

Stade olympique Alassane-Ouattara (Ébimpé, Côte d'Ivoire) - 60 000 places, construit entre 2016 et 2020, soit quatre ans, pour un coût d'environ 143 milliards de FCFA (257 millions de dollars). Livré à temps pour accueillir la CAN 2023, malgré des difficultés ultérieures de pelouse et de drainage, corrigées avant la compétition. Allianz Arena (Munich, Allemagne) - 75 000 places, construite en deux ans (2002-2005), pour un coût d'environ 340 millions d'euros à l'époque, soit une fraction du budget camerounais pour une capacité supérieure.


Olembé, avec ses 60 000 places annoncées, a donc englouti davantage de ressources que le stade ivoirien pour un délai de livraison qui reste, à ce jour, indéterminé. Le rapprochement n'est pas anodin : Un chantier de cette envergure peut être mené à terme, dans un pays voisin, avec un tiers de temps en moins et un budget significativement inférieur.


 

Double peine


Le dossier Olembé présente un schéma que plusieurs observateurs qualifient désormais de récurrent dans la gestion des grands projets publics camerounais : attribution de marchés contestée, résiliation unilatérale de contrat, changement de prestataire dans l'urgence, rallonges budgétaires successives — et, en bout de course, des contentieux internationaux qui alourdissent encore la facture. Le contribuable camerounais se retrouve ainsi à payer deux fois : une première fois pour un chantier non livré, une seconde fois pour les pénalités liées à sa mauvaise gestion contractuelle.

Face à la sentence du Cirdi, l'État camerounais a annoncé son intention de faire appel et a ouvert une procédure parallèle devant la chambre d'arbitrage de Paris. Reste que la question de fond demeure entière : au-delà des recours juridiques, qui répondra des choix de gestion qui ont mené à cette situation, et sur quelle base sérieuse peut-on aujourd'hui garantir une date d'achèvement pour un chantier qui en a déjà manqué plusieurs ?



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


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