Côte d'Ivoire : Bouaké, le CCESP passe à l'action pour libérer le potentiel économique du Gbêkê et booster sa compétitivité
À Bouaké, le Comité de concertation État-Secteur privé (CCESP) veut franchir un nouveau cap dans l’accompagnement du secteur privé local. Du 17 au 21 août 2026, une mission d’animation du Comité local de concertation État-Secteur privé (CLCESP), organisée avec l’appui du Programme d’amélioration du climat des affaires pour une transformation structurelle de l’économie ivoirienne (PACA-CI), a réuni acteurs publics et privés autour des principaux défis qui freinent la compétitivité du Gbêkê. La filière manioc, la fiscalité, la formation, l'attractivité territoriale et l'accompagnement des PME ont notamment été au cœur des échanges.
À Bouaké, le dialogue entre l’État et le secteur privé entend désormais dépasser le simple cadre des échanges pour déboucher sur des actions concrètes. C’est tout l’enjeu de la mission conduite autour du Comité local de concertation État-Secteur privé (CLCESP), installé dans la capitale du Gbêkê depuis 2020.
L’objectif est clair : identifier les difficultés rencontrées par les opérateurs économiques, favoriser leur prise en compte par les administrations et collectivités compétentes et dégager des solutions durables susceptibles d’améliorer l’environnement des affaires.
Cette démarche s’inscrit dans la Stratégie nationale de dialogue public-privé et bénéficie de l’appui technique et financier de la Banque africaine de développement (BAD), à travers le PACA-CI.
Le choix de Bouaké s’explique par le poids économique de la ville et de sa région. Carrefour stratégique au centre de la Côte d’Ivoire, la capitale du Gbêkê concentre des activités commerciales, agricoles, industrielles, artisanales et de transformation.
Son Marché de gros constitue notamment une importante plateforme de commercialisation des produits vivriers et attire des opérateurs venus de plusieurs pays de la sous-région. La ville dispose également d’un tissu industriel et agro-industriel appelé à se développer.
Mais derrière ce potentiel subsistent plusieurs contraintes. Les travaux du CLCESP ont notamment relevé des difficultés liées à l’accompagnement des PME, à l’accès aux dispositifs d’appui, au développement des activités agricoles, ainsi qu’aux préoccupations spécifiques des jeunes et des femmes entrepreneurs.
La mission visait donc à rapprocher les réponses publiques des réalités vécues par les entreprises locales.
Parmi les secteurs examinés, la filière manioc occupe une place particulière. À Bouaké et dans le Gbêkê, cette activité représente un important potentiel de création de valeur et d’emplois, notamment pour les femmes.
Avec l’appui du Centre de démonstration et de promotion de technologies (CDT) et de la Société ivoirienne de technologie tropicale (I2T), les participants ont réfléchi aux moyens de moderniser les procédés de transformation.
La question ne porte plus seulement sur la production, mais sur la capacité des acteurs à proposer des produits répondant aux exigences des marchés. Modernisation des équipements, amélioration de la productivité, hygiène, qualité, conditionnement et traçabilité constituent ainsi des enjeux majeurs.
À travers cette approche, l’ambition est de faire évoluer les activités de transformation du manioc vers des chaînes de valeur davantage structurées et capables de générer plus de valeur ajoutée localement.
La labellisation de l’attiéké constitue également une piste importante évoquée au cours des travaux. Elle doit permettre de mieux protéger l’origine et les caractéristiques du produit, tout en renforçant sa valeur commerciale.
Pour les productrices et entreprises locales, la démarche peut représenter une opportunité de différenciation et d’accès à de nouveaux marchés.
Elle suppose toutefois une meilleure structuration de la filière, ainsi que des efforts en matière de formation, de traçabilité, de caractérisation du produit et de maîtrise des procédés de production.
Autre sujet abordé, les dispositifs fiscaux susceptibles d’accompagner les entreprises dans la création d’emplois et le développement des compétences.
Les échanges ont notamment porté sur les dispositions des articles 111, 111 bis et 111 ter du Code général des impôts, relatives respectivement à la création d’emplois, à l’apprentissage et aux stages de qualification ou d’expérience, ainsi qu’aux stages-écoles.
Pour le CCESP, l’enjeu consiste à faire mieux connaître ces mécanismes afin que les entreprises puissent, lorsqu’elles remplissent les conditions requises, en tirer pleinement profit.
Cette vulgarisation vise également à rapprocher les dispositifs publics des réalités des PME et des jeunes entrepreneurs.
Le développement du secteur privé local passe aussi par un accompagnement renforcé des catégories d’acteurs qui disposent d’un fort potentiel de création d’emplois et de revenus.
Dans le cadre de l’atelier, les jeunes et les femmes entrepreneurs devaient représenter 30 % des participants. Cette place accordée à ces catégories traduit la volonté de faire de l’inclusion économique un élément central de la dynamique de compétitivité.
L’accès au financement, l’accompagnement technique, la formation et la connaissance des instruments publics d’appui constituent autant de leviers à renforcer.
Les perspectives de développement du Gbêkê ont également été mises en avant à travers les orientations du Plan national de développement (PND) 2026-2030.
Le développement du pôle agro-industriel du Centre, la consolidation de la chaîne de valeur du manioc, le renforcement du pôle rizicole de Bouaké, l’implantation de nouvelles unités de transformation ou encore le développement de la zone industrielle figurent parmi les perspectives identifiées.
Le renforcement des infrastructures et des espaces dédiés aux PME et TPME agro-industrielles devrait également contribuer à accroître l’attractivité économique du territoire.
Dans ce contexte, le défi pour Bouaké est de permettre aux entreprises locales de bénéficier pleinement des opportunités générées par ces investissements.
Au-delà des communications et des échanges, la mission du CCESP entend déboucher sur des recommandations et un plan d’action identifiant les acteurs responsables de leur mise en œuvre.
La méthodologie retenue prévoit des sessions thématiques, des communications techniques et des travaux en commissions, suivis d’une restitution destinée à valider les conclusions et à définir une feuille de route.
Cette démarche doit permettre au CLCESP de poursuivre, dans la durée, le suivi des préoccupations exprimées par les opérateurs économiques et des réponses apportées par les acteurs publics.
À travers cette initiative, le CCESP entend faire du dialogue public-privé un véritable instrument de compétitivité territoriale.
Pour le Gbêkê, l’enjeu est désormais de transformer son potentiel agricole, commercial, industriel et entrepreneurial en croissance durable, en emplois et en création de valeur.
De la modernisation de la filière manioc à la promotion de l’attiéké, en passant par l’accompagnement des PME, la fiscalité, la formation et l’attractivité territoriale, les défis sont nombreux.
Mais une dynamique semble désormais engagée : rapprocher les acteurs, identifier les obstacles et surtout construire des réponses opérationnelles.
À Bouaké, le message porté par le CCESP est donc celui d’un dialogue public-privé davantage tourné vers les résultats. Car pour libérer pleinement le potentiel économique du Gbêkê, la concertation devra désormais se traduire en décisions, en actions et en résultats tangibles.
Wassimagnon
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