Côte d'Ivoire : Orpaillage illégal, le COJEP veut frapper au cœur des réseaux
Le COJEP entend faire évoluer la lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Pour le parti de Charles Blé Goudé, la destruction des sites clandestins ne suffit plus. Il faut désormais remonter les filières, identifier les financeurs et démanteler les réseaux qui organisent l’exploitation, l’approvisionnement et la commercialisation de l’or.
Le combat contre l’orpaillage illégal doit changer de méthode. C’est le message porté par le COJEP, qui propose de passer d’une logique essentiellement axée sur la destruction des sites clandestins à une stratégie visant directement les réseaux qui structurent cette activité.
Le parti de Charles Blé Goudé a présenté, mardi 15 septembre 2026 à Abidjan, un document de position et de propositions consacré à la lutte contre l’orpaillage illégal. À travers cette initiative, le COJEP entend contribuer au débat national et soumettre aux autorités des pistes destinées à renforcer l’efficacité de la réponse publique.
Présentant les grandes lignes du document, le porte-parole du parti, Maître Serge Ouraga, a défendu une approche fondée sur le renseignement, la justice et le démantèlement des filières.
Pour lui, le COJEP ne veut pas se limiter à la dénonciation. « Le COJEP ne se contente pas de dénoncer, mais il travaille, il réfléchit, il propose, il prépare l’avenir », a-t-il déclaré, estimant qu’une formation politique qui ambitionne d’exercer le pouvoir doit être capable d’anticiper les difficultés auxquelles le pays est confronté.
Selon le parti, l’orpaillage illégal a considérablement évolué. Derrière les exploitants présents sur les sites se trouveraient désormais des circuits organisés impliquant financement, recrutement, fourniture d’équipements, transport, collecte et commercialisation.
Dans ce contexte, le COJEP estime que les opérations de destruction des sites ne peuvent constituer à elles seules une réponse durable.
« Lorsqu’on arrête une personne sur un site, ça ne doit pas être la fin de l’enquête, mais c’est le début de l’enquête », a insisté Maître Serge Ouraga.
L’objectif serait ainsi de remonter progressivement la chaîne des responsabilités afin d’identifier les financeurs, les recruteurs, les fournisseurs, les acheteurs et, plus largement, les bénéficiaires effectifs de l’activité.
Pour le COJEP, l’orpaillage illégal ne doit plus être appréhendé uniquement sous l’angle de l’exploitation minière. Le phénomène aurait désormais des implications sécuritaires, économiques, sociales et environnementales.
« L’orpaillage illégal, ce n’est plus un problème minier. Ça va au-delà. C’est un problème aujourd’hui de souveraineté, de sécurité », a soutenu le porte-parole.
Le parti plaide notamment pour la criminalisation des formes les plus organisées et les plus graves de l’orpaillage illégal. Il réclame également un renforcement des mécanismes permettant de démanteler les réseaux et de poursuivre les différents acteurs impliqués dans la chaîne.
Autre priorité : améliorer la traçabilité de l’or et renforcer le contrôle des flux financiers générés par les activités clandestines. Pour le COJEP, ces mesures permettraient de mieux identifier les circuits de commercialisation et de réduire les possibilités de financement et de blanchiment des revenus issus de l’exploitation illégale.
Le parti propose également de renforcer le recours aux technologies pour détecter et suivre l’évolution des activités clandestines.
L’imagerie satellitaire, la cartographie numérique et les systèmes d’alerte figurent parmi les outils préconisés pour assurer une surveillance plus efficace des zones exposées à l’orpaillage illégal, notamment celles présentant une forte sensibilité écologique.
Cette approche devrait, selon le COJEP, permettre d’améliorer la prévention et l’intervention des services compétents, tout en disposant d’une meilleure connaissance de l’évolution des sites d’exploitation.
Au-delà de la question sécuritaire, le parti met fortement l’accent sur les conséquences environnementales de l’orpaillage illégal.
La restauration des terres dégradées et la dépollution des cours d’eau constituent, à ses yeux, des urgences. Le COJEP alerte particulièrement sur les risques que la dégradation des terres pourrait faire peser sur l’agriculture, secteur essentiel de l’économie ivoirienne.
« La Côte d’Ivoire, c’est un pays d’agriculture. Si toutes nos terres commencent à être polluées (…) à un moment donné, il y a des villages qui n’auront plus de parcelles de terre pour cultiver », a averti Maître Serge Ouraga.
Pour le parti, la lutte contre l’orpaillage illégal doit donc intégrer un important volet de réhabilitation des espaces dégradés, mais aussi des mesures permettant d’offrir des alternatives économiques aux populations qui dépendent de cette activité.
Le parti assure avoir transmis son document, lundi, aux différents départements ministériels concernés, notamment les ministères en charge des Mines, de l’Environnement, de la Sécurité ainsi que des Eaux et Forêts. Le document aurait également été adressé au Secrétariat général du gouvernement.
Le COJEP souhaite désormais être reçu par les autorités afin de présenter plus largement ses propositions et d’échanger sur les moyens de renforcer la lutte contre l’orpaillage illégal.
L’initiative se veut, selon ses promoteurs, au-delà des clivages politiques. « L’eau n’appartient pas à un parti politique, la terre n’appartient pas à un parti politique », a rappelé le porte-parole.
À travers ce plaidoyer, le COJEP défend ainsi une stratégie globale articulée autour du renseignement, de la justice, de la prévention, de la surveillance technologique, de la restauration environnementale et du développement d’alternatives économiques.
Pour le parti, l’enjeu est désormais de s’attaquer non seulement aux sites visibles, mais surtout aux réseaux qui permettent à l’orpaillage illégal de prospérer. Une approche qui vise à inscrire la lutte dans la durée et à mieux protéger les ressources naturelles, les terres agricoles et les communautés rurales ivoiriennes.
Wassimagnon
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