Côte d'Ivoire : Développement Humain, l'UNESCO, le PNUD et le gouvernement s'unissent pour rendre plus fiable le calcul de l'IDH
La Côte d’Ivoire veut mieux maîtriser les données qui permettent de mesurer ses progrès en matière de développement humain. Dans cette optique, un atelier d’harmonisation méthodologique du calcul de l’Indice de développement humain (IDH), a été ouvert ce mardi 15 septembre à Abidjan et s'étendra jusqu'au 17 septembre.
La rencontre réunit l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux impliqués dans la production des données entrant dans le calcul de l’IDH. Elle intervient dans un contexte marqué par plusieurs difficultés, notamment la disponibilité parfois insuffisante des données statistiques sectorielles, le manque de coordination entre les différentes structures productrices de statistiques, ainsi que la multiplicité des sources de données.
Cette situation peut entraîner des différences méthodologiques et statistiques entre les valeurs produites au niveau national et celles finalement retenues dans le Rapport mondial sur le développement humain. Au-delà de la question technique, ces écarts peuvent nuire à la cohérence du discours national sur les progrès réalisés et conduire à une sous-valorisation de certains efforts engagés par le pays.
Ils peuvent également compliquer les échanges entre les autorités ivoiriennes et le Bureau du Rapport sur le développement humain (HDRO), basé à New York, lors du processus annuel de validation des données.
Face à ces défis, l’UNESCO le PNUD et le ministère du Plan et du Développement ont décidé de réunir autour d’une même table les principales institutions concernées.
Pendant trois jours, les participants au nombre d'une soixantaine doivent partager le cadre méthodologique actualisé, harmoniser leurs pratiques et procéder collectivement au calcul et à la validation des différents indicateurs utilisés pour mesurer le développement humain en Côte d’Ivoire.
L’ambition est également de mettre en place un dispositif interinstitutionnel de suivi de la production des indicateurs de développement humain durable. Cette démarche doit permettre de renforcer la coordination entre les structures productrices de données et d’améliorer la qualité, la fiabilité et la cohérence des statistiques nationales.
L’atelier marque, par ailleurs, le démarrage du processus d’élaboration du prochain Rapport national sur le développement humain (RNDH) 2026.
À l’ouverture des travaux, la représentante résidente du PNUD en Côte d’Ivoire, Blerta Cela, a salué les progrès enregistrés par le pays en matière de développement humain.
Elle a notamment mis en avant l’évolution de l’espérance de vie à la naissance. « Un enfant né en Côte d’Ivoire en 2023 peut espérer vivre près de 62 ans. En 1990, c’était 53 ans. Neuf années de vie gagnées en une génération », a-t-elle relevé.
Derrière cette progression, a-t-elle souligné, se trouvent des réalisations concrètes, notamment les vaccinations, les forages et les centres de santé, qui témoignent des efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires. Mais encore faut-il que ces progrès soient correctement mesurés et reconnus.
« Ce qui n’est pas mesuré n’est pas reconnu. Et ce qui n’est pas reconnu ne peut être valorisé », a déclaré Blerta Cela, insistant ainsi sur l’importance de disposer de données fiables et comparables.
La représentante résidente du PNUD s’est également réjouie des efforts désormais consentis par le gouvernement ivoirien pour mettre ses données à la disposition des organismes internationaux. Elle estime que l’atelier arrive donc à point nommé pour permettre aux différentes parties prenantes de construire une compréhension commune du calcul de l’IDH.
Elle a souhaité que les travaux débouchent notamment sur trois résultats à savoir, une compréhension partagée du calcul de l’IDH et de ses indices composites, la mise en place d’un comité technique national de suivi des indicateurs de développement humain et le lancement effectif des travaux du prochain Rapport national sur le développement humain.
L’IDH, un outil pour aller au-delà des seuls chiffres économiques
Pour le représentant de l’UNESCO en Côte d’Ivoire, Mame Omar Diop, l’IDH constitue l’un des principaux outils permettant d’apprécier les progrès réalisés par les nations.
L’indice ne se limite pas à mesurer la richesse produite par un pays. Il prend également en compte des dimensions essentielles du bien-être des populations, notamment la santé, l’éducation et le niveau de vie.
« Il constitue donc un indicateur important pour éclairer les politiques publiques et encourager des actions concrètes au service du développement national », a-t-il expliqué.
Mame Omar Diop a salué les efforts du gouvernement ivoirien, qui ont notamment contribué à la progression de l’IDH du pays en 2023, avec un gain de cinq places par rapport à ses performances antérieures.
Pour autant, ces avancées ne doivent pas masquer les défis qui demeurent. L’accès à une éducation de qualité, la réduction des inégalités et l’amélioration des conditions de vie restent des enjeux majeurs, en Côte d’Ivoire comme dans le reste du monde.
Le représentant de l’UNESCO a ainsi insisté sur la nécessité de disposer de données fiables pour savoir où se situe réellement le pays, mesurer les progrès accomplis et identifier les efforts qui restent à fournir.
« À l’UNESCO, nous sommes convaincus qu’investir dans les données, c’est investir dans de meilleures politiques publiques et, à terme, dans de meilleures conditions de vie pour les populations », a-t-il affirmé.
Prenant la parole à son tour, le ministre du Plan et du Développement, Dr Souleymane Diarrassouba, a rappelé que l’IDH, créé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), s’est progressivement imposé comme un outil essentiel d’évaluation du développement.
L’indice repose sur trois grandes dimensions que sont, la santé, mesurée à travers l’espérance de vie à la naissance ; l’éducation, appréciée notamment à travers la durée moyenne et la durée attendue de scolarisation ; et le niveau de vie, représenté par le revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d’achat.
En Côte d’Ivoire, les différents Plans nationaux de développement mis en œuvre par le gouvernement ont permis, selon le ministre, d’enregistrer des progrès importants dans plusieurs domaines, notamment la réduction de la pauvreté, le développement du capital humain et l’accès aux services sociaux de base.
Les chiffres illustrent cette dynamique. L’IDH de la Côte d’Ivoire est passé de 0,465 en 2010 à 0,553 en 2020, puis à 0,582 en 2023. Entre 2022 et 2023, le pays a enregistré la plus forte progression de l’IDH en Afrique subsaharienne et s’est classé au quatrième rang mondial en matière de progression sur cette période. Il occupe également la première place au sein de l’UEMOA et la troisième au niveau de la CEDEAO.
Sur la période 2010-2023, l’IDH ivoirien a ainsi progressé de plus de 25 %. L’espérance de vie à la naissance atteint désormais 61,9 ans, tandis que la durée attendue de scolarisation s’établit à 11,4 ans. Le revenu national brut par habitant atteint, pour sa part, 6 735,4 dollars en parité de pouvoir d’achat.
Pour le ministre, ces résultats traduisent les effets des politiques publiques mises en œuvre dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la protection sociale et de la croissance inclusive.
Le ministre Souleymane Diarrassouba a toutefois reconnu que les acquis enregistrés ne doivent pas faire perdre de vue les défis qui restent à relever.
La réduction des disparités régionales et la lutte contre la pauvreté demeurent notamment des priorités. Le taux de pauvreté est passé de 55,4 % en 2011 à 37,5 % en 2021, selon les dernières mesures globales de référence.
Au-delà de ces indicateurs, la question de la qualité des données apparaît désormais comme un enjeu central.
« La pertinence de l’indice de développement humain dépend entièrement de la qualité et de la cohérence des données qui l’alimentent », a relevé le ministre, faisant état de divergences techniques pouvant parfois exister entre les sources nationales et les bases de données internationales.
Pour le ministre du Plan et du Développement, harmoniser les méthodes ne signifie pas imposer une standardisation rigide aux différentes institutions. Il s’agit plutôt de faire en sorte que tous les acteurs mesurent une même réalité avec des méthodes cohérentes et une précision comparable.
« Harmoniser nos méthodes de calcul, ce n’est pas standardiser de manière rigide ; c’est s’assurer que nous mesurons la même réalité avec la même précision, pour que chaque avancée sociale soit fidèlement reflétée », a-t-il expliqué.
La rencontre doit donc permettre aux différentes institutions de partager leurs expériences, de confronter leurs pratiques et de mieux comprendre les difficultés auxquelles elles sont quotidiennement confrontées dans la production des statistiques.
Les participants à cet atelier bénéficient de l’expertise de spécialistes venus notamment du Bureau du développement humain, de l’UNESCO, de la Banque mondiale et de la division des Nations unies chargée des questions de population et de démographie.
Au-delà du seul calcul de l’IDH, l’enjeu de cet atelier est donc de construire un dispositif statistique plus cohérent et mieux coordonné, capable de rendre compte fidèlement des transformations économiques et sociales du pays.
La Côte d’Ivoire veut ainsi disposer d’indicateurs suffisamment robustes pour éclairer les politiques publiques, mieux apprécier leurs résultats et valoriser les progrès accomplis.
L’atelier d’Abidjan a donc pour objectif de faire en sorte que les progrès réels de la Côte d'Ivoire soient mesurés avec justesse, compris par tous et transformés en politiques publiques encore plus efficaces. Car, mesurer correctement le développement humain, c’est aussi donner au pays les moyens de mieux comprendre ses progrès, de corriger ses insuffisances et de préparer son avenir.
Wassimagnon
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