Côte d'Ivoire : Assemblée nationale, le groupe AGIR menacé de disparition après le départ d'Antoine Kangah
À quelques jours de la reprise de la deuxième session ordinaire de l’Assemblée nationale, le groupe parlementaire AGIR se retrouve dans une situation délicate. Le départ annoncé du député Antoine Kangah ramènerait son effectif à sept élus, sous le seuil requis pour maintenir un groupe parlementaire. Entre recomposition politique, ralliement au RHDP et accusations de pressions, cette affaire soulève des interrogations sur l’avenir de cet espace d’expression parlementaire.
Le groupe parlementaire AGIR joue désormais son avenir à quelques jours de la rentrée parlementaire. Composé de huit députés, soit le minimum requis pour constituer un groupe à l’Assemblée nationale, il pourrait perdre ce statut à la suite du départ d’Antoine Kangah, député de M’Batto.
La démission de l’élu du groupe est désormais annoncée par plusieurs membres d’AGIR. Si elle est effectivement actée, l’effectif passerait à sept députés, mettant directement en cause la pérennité du groupe.
Cette évolution intervient dans un contexte de recomposition politique. Ancien secrétaire général adjoint du PPA-CI, Antoine Kangah avait participé aux élections législatives de décembre 2025, malgré la décision de son ancien parti de ne pas prendre part au scrutin. Élu dans la circonscription de M’Batto, il a depuis rejoint le RHDP, parti au pouvoir.
La situation actuelle rappelle les difficultés rencontrées par AGIR lors de sa constitution. Pour atteindre le seuil nécessaire à la création du groupe, ses initiateurs avaient notamment envisagé l’arrivée de Parfait Traoré, député de M’Bahiakro.
Mais celui-ci avait finalement renoncé à rejoindre AGIR et choisi d’intégrer un autre groupe parlementaire. Des membres d’AGIR avaient alors évoqué des pressions qui auraient pesé sur sa décision. Selon ces élus, Parfait Traoré aurait notamment été encouragé à rejoindre le groupe Solidarité, dirigé par Guillaume Gbato et présenté comme proche du pouvoir.
Face à ce désistement, le PDCI-RDA avait finalement accepté de mettre l’un de ses députés à la disposition d’AGIR, permettant ainsi au groupe d’atteindre le seuil des huit membres.
Depuis sa création, AGIR s’est ainsi positionné comme un cadre de regroupement pour des députés indépendants ou issus de sensibilités politiques différentes, en dehors des principaux ensembles parlementaires.
Le départ d’Antoine Kangah intervient donc dans un contexte déjà marqué par les tensions autour de la constitution du groupe.
Des proches du député affirment que celui-ci aurait subi des pressions afin de quitter AGIR. Si cette version était établie, le départ de l’élu pourrait avoir une conséquence immédiate : faire passer le groupe sous le seuil légal et provoquer sa disparition.
À ce stade, toutefois, aucune déclaration officielle du RHDP ne permet d'établir l'existence d'une stratégie visant spécifiquement à faire disparaître AGIR.
La question demeure donc ouverte : le départ d’Antoine Kangah est-il uniquement la conséquence de son rapprochement avec le parti au pouvoir ou s’inscrit-il dans une dynamique plus large de recomposition des groupes parlementaires ?
L’affaire prend une dimension supplémentaire en raison des positions publiques adoptées par certains membres du groupe.
Stéphane Kipré et Léandre Koffi se sont notamment illustrés par des prises de parole critiques sur certaines actions du gouvernement. Cette liberté de ton peut-elle expliquer, en partie, les tensions évoquées autour du groupe ?
Aucun élément public ne permet actuellement de l'affirmer. Les éventuelles pressions dont aurait fait l’objet Antoine Kangah restent, elles aussi, à documenter.
Il convient donc de distinguer les faits établis des hypothèses avancées par certains membres ou proches du groupe.
Au-delà du cas personnel d’Antoine Kangah, l’éventuelle disparition d’AGIR poserait la question de la place des petits groupes au sein de l’Assemblée nationale.
La constitution d’un groupe parlementaire offre à ses membres la possibilité de coordonner leurs interventions, de porter des positions communes et de disposer d’un cadre d’expression collectif dans l’hémicycle.
Sa disparition ne remettrait pas en cause la majorité du RHDP, qui dispose déjà d’une position dominante à l’Assemblée nationale. Elle réduirait cependant le nombre d’espaces parlementaires organisés en dehors des principaux groupes politiques.
C’est précisément sur ce terrain que se situe l’enjeu de la rentrée parlementaire.
La deuxième session ordinaire de l’Assemblée nationale, prévue le 1er octobre, devrait permettre de clarifier la situation.
AGIR conservera-t-il ses huit membres ? Antoine Kangah officialisera-t-il son départ ? Le groupe parviendra-t-il à accueillir un nouvel élu pour maintenir son existence ?
Ces questions devraient être au cœur de l’actualité parlementaire dans les prochains jours.
Pour l’heure, le scénario d’une disparition d’AGIR reste conditionné à la confirmation définitive du départ de Kangah et aux règles applicables à la composition des groupes parlementaires.
Une chose est certaine : au-delà de son effectif limité, AGIR est devenu un point d’observation de la recomposition politique à l’Assemblée nationale. Sa survie ou sa disparition donnera également une indication sur la capacité des députés issus de sensibilités différentes à maintenir un espace d’expression autonome au sein de l’hémicycle.
Wassimagnon
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