Cameroun Politique
 
Cliquez pour agrandir l'image  
Cameroun-Washington : L'accord secret qui piège des migrants sans attache, Cameroun terre d'exil forcé pour les expulsés de Trump
 

Cameroun-Washington : L'accord secret qui piège des migrants sans attache, Cameroun terre d'exil forcé pour les expulsés de Trump

 
 
 
 216 Vues
 
  0 Commentaire(s)
 
 Il y a 57 minutes
 
 
 
 
 
© Koaci.com - mardi 22 septembre 2026 - 10:07


Depuis janvier 2026, une pratique discrète mais systématique de l'administration Trump soulève une question juridique fondamentale : peut-on expulser légalement une personne vers un pays où elle n'a jamais vécu, alors même qu'un juge américain lui a explicitement interdit tout renvoi vers son pays d'origine ? Le cas du Cameroun, devenu la destination de dizaines de déportés africains depuis le début de l'année, offre un cas d'école de ce mécanisme.


Protection judiciaire 


Le droit américain de l'immigration prévoit un mécanisme précis : lorsqu'un migrant démontre qu'il risque la persécution ou la torture dans son pays d'origine, un juge peut lui accorder ce qu'on appelle une « protection contre le renvoi » (withholding of removal) ou une protection au titre de la Convention contre la torture. Cette protection interdit formellement le renvoi vers le pays désigné — mais elle ne confère pas de statut légal permettant de rester aux États-Unis.


C'est précisément cette faille que l'administration Trump semble exploiter. Selon une enquête du New York Times relayée par AllAfrica, huit personnes sur les neuf premières expulsées vers le Cameroun en janvier disposaient de protections contre l'expulsion accordées par des tribunaux américains. Techniquement, ces personnes n'ont pas été « expulsées vers leur pays d'origine » — ce qui aurait été illégal — mais vers un pays tiers n'ayant aucun lien avec leur dossier. La lettre de la loi est respectée ; son esprit est contourné.


Opacité 


Le deuxième pilier de ce dispositif est le secret. Aucun traité public n'existe entre Washington et Yaoundé pour organiser l'accueil de ressortissants d'autres nationalités. Le ministère camerounais des Affaires étrangères refuse tout commentaire, tandis que le département d'État américain invoque la confidentialité de ses communications diplomatiques.


 

Cette opacité n'est pas un simple détail administratif : elle prive les avocats des personnes concernées de tout moyen de contester la décision en amont, puisque ni les déportés ni leurs représentants légaux ne sont informés de la destination avant l'embarquement. Les témoignages recueillis par France 24 et Forbidden Stories dans le cadre du « Deportation Project » sont unanimes sur ce point : les personnes expulsées ignoraient leur destination finale jusqu'au moment même du vol, parfois menottées à bord d'un avion gouvernemental. Une telle absence de préavis rend, de fait, tout recours juridique pratiquement impossible.


Une enquête sénatoriale a par ailleurs révélé que le gouvernement américain aurait déboursé plus de 40 millions de dollars dans ces accords de déportation vers des pays tiers — un chiffre qui suggère un dispositif structuré et budgétisé plutôt qu'une série de décisions ponctuelles.


Cameroun, maillon d'un dispositif plus large


Le choix du Cameroun n'est pas isolé : il s'inscrit dans une politique plus large d'expulsions vers plusieurs pays africains, documentée par le collectif de 72 journalistes de 26 organisations médiatiques mobilisés sur le Deportation Project. Ce choix pose une question de droit international : un État peut-il être considéré comme un partenaire légitime pour ce type d'accord, alors que les personnes qui lui sont confiées n'ont, par définition, aucun lien avec son territoire, sa langue ou sa culture ?


Human Rights Watch qualifie de longue date le Cameroun de pays non sûr pour ce type d'expulsions. De fait, une fois sur place, les personnes concernées se retrouvent dans une zone grise juridique : les autorités camerounaises les détiennent de manière arbitraire, sans base légale, dans un complexe d'État à Yaoundé. Le seul « chemin de sortie » qui leur est proposé est le programme de retour volontaire de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) — c'est-à-dire, concrètement, un renvoi vers le pays même dont un juge américain les avait protégées. Le contournement initial de la protection judiciaire se retrouve ainsi complété, in fine, par les autorités camerounaises elles-mêmes.


Vide 


Ce dispositif expose une faiblesse structurelle du droit de l'immigration américain : les protections judiciaires accordées par les tribunaux sont conçues comme des remparts contre un renvoi vers un pays précis, non comme des garanties de maintien sur le territoire américain. Tant que cette distinction n'est pas comblée par le législateur ou requalifiée par la jurisprudence, l'exécutif conserve une marge de manœuvre considérable pour désigner, unilatéralement, un pays de destination alternatif.


 

Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, appellent à une clarification judiciaire de cette pratique, arguant qu'une protection contre la persécution devrait, en toute logique, s'étendre à tout renvoi exposant la personne à des conditions de détention arbitraire et à un risque de refoulement indirect vers son pays d'origine — un principe reconnu en droit international sous le nom de « non-refoulement en chaîne » (chain refoulement). Aucune décision de justice américaine n'a pour l'instant tranché cette question de façon définitive à l'échelle de ce programme.


Bataille 


Le sort de ce dispositif dépendra vraisemblablement des tribunaux américains, saisis par des avocats spécialisés en droit de l'immigration, ainsi que de la pression exercée par les enquêtes journalistiques et les organisations de défense des droits humains. Pour l'heure, l'absence de traité public, la confidentialité invoquée par les deux gouvernements et le silence des autorités camerounaises laissent ce mécanisme opérer dans un angle mort du contrôle judiciaire et démocratique — une zone grise que l'administration Trump semble, à ce stade, considérer comme un espace de manœuvre plutôt qu'une faille à corriger.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com.


 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
RESTEZ CONNECTÉ
 
En téléchargeant l'application KOACI.
  
 
 

SONDAGE

Côte d'Ivoire : Affaire Koumassi campement, les zones d'ombres élucidées après la sortie du procureur ?
 
 
   + Voir les resultats
 
 
DERNIER SONDAGE
 
Côte d'Ivoire : Katinan est-il tombé dans un piège judiciaire ?
 
2086
Oui
61%  
 
1240
Non
36%  
 
121
Sans avis
4%  
 
 
 
 
 
 
 
  0 Commentaire(s)
Cameroun-Washington : L'accord secret qui piège des migrants sans attache, Cameroun terre d'exil forcé pour les expulsés de Trump
 
 
Veuillez vous connecter pour commenter ce contenu.
 
Votre avis nous intéresse.
 
 
 
Soyez le premier à commenter cet article
 
 
 
 
 
Divertissements
 
 
 
 
Réseaux sociaux
 
+164k
+110,7k
 
Pays
 
 
 
 
Télécharger l'application KOACI
 
   
NOUS CONTACTER
 
contact@koaci.com
koaci@yahoo.fr
+225 07 08 85 52 93
 
 
NEWSLETTER
 
Restez connecté via notre newsletter