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Côte d'Ivoire–Ghana : Près de 100 ans après le dernier bornage, Abidjan et Accra réaffirment leur frontière, 78 bornes pour séparer les territoires, pas les peuples
 

Côte d'Ivoire–Ghana : Près de 100 ans après le dernier bornage, Abidjan et Accra réaffirment leur frontière, 78 bornes pour séparer les territoires, pas les peuples

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 24 septembre 2026 - 17:24


Près d’un siècle après le dernier bornage réalisé en 1929 par les anciennes puissances coloniales, la Côte d’Ivoire et le Ghana franchissent une nouvelle étape dans la matérialisation de leur frontière terrestre. Réunis jeudi 24 septembre 2026 à Dibi, dans le Sud-Comoé, les autorités des deux pays ont officiellement marqué l’achèvement de la première phase de réaffirmation de leur frontière commune, avec la construction de 78 nouvelles bornes sur un linéaire de 150 kilomètres. Au-delà du marquage territorial, Abidjan et Accra veulent faire de cette frontière un espace de paix, de sécurité, de commerce et d’intégration.


Les bornes frontalières érigées entre la Côte d’Ivoire et le Ghana ne doivent pas être perçues comme des murs, mais comme des « ponts de fraternité et d’amitié ». C’est le message central délivré jeudi 24 septembre 2026 à Dibi, à l’occasion de la cérémonie officielle de remise des bornes marquant l’achèvement de la première phase du processus de réaffirmation de la frontière terrestre entre les deux pays.


La cérémonie a réuni notamment les autorités administratives et traditionnelles du Sud-Comoé, des responsables ghanéens des régions concernées, les représentants de l’Union africaine, l’ambassadeur d’Allemagne en Côte d’Ivoire, les forces de défense et de sécurité ainsi que les équipes techniques ivoiriennes et ghanéennes engagées dans l’opération.


Prenant la parole au nom du Premier ministre ivoirien et président de la Commission nationale des frontières de la Côte d’Ivoire (CNFCI), Robert Beugré Mambé, le secrétaire exécutif de la CNFCI, Konaté Diakalidia, a qualifié l’événement de « moment historique » dans les relations entre la Côte d’Ivoire et le Ghana.


Il a rappelé que la dernière mission de bornage destinée à matérialiser la frontière entre la Côte d’Ivoire et la Gold Coast, devenue le Ghana, remontait à 1929. Près de cent ans plus tard, les deux États ont entrepris de réaffirmer cette ligne frontière afin de l’adapter aux réalités actuelles et de renforcer la prévention des différends.


Le processus a été officiellement engagé en août 2022, avec la mise en place de la Commission technique mixte chargée de la réaffirmation de la frontière terrestre et de la mise en œuvre de la décision du Tribunal international du droit de la mer relative à la frontière maritime entre les deux pays. Pour cette première phase, les experts ivoiriens et ghanéens ont travaillé à la réaffirmation des coordonnées des bornes existantes et à la construction de nouveaux repères.


L’opération couvre un linéaire de 150 kilomètres, entre la borne BP 55, située en bordure de mer entre Newtown, au Ghana, et Afforenou, en Côte d’Ivoire, et la borne BP 45, entre Yaou, en Côte d’Ivoire, et N’siakrom, au Ghana.


Au total, 78 bornes ont été construites : dix bornes principales de 1,5 mètre de hauteur, quatre bornes implantées aux points de passage, également hautes de 1,5 mètre, et 64 bornes intermédiaires de 1,2 mètre. Elles sont espacées d’environ un kilomètre.


Selon Konaté Diakalidia, cette nouvelle matérialisation doit rendre la frontière plus visible et contribuer à prévenir les ambiguïtés pour les autorités, les services publics et les populations riveraines qui traversent quotidiennement cet espace.


Pour le général Anthony Ntem, Commissaire général de la Commission des frontières du Ghana, la réaffirmation de la frontière constitue avant tout un exercice de construction de la paix et de la confiance.

« Cette réalisation est une démonstration de l’engagement des deux pays envers le dialogue, la coopération, la paix et le bon voisinage », a-t-il déclaré.


Le responsable ghanéen a insisté sur la réalité particulière des communautés vivant de part et d’autre de la frontière. Pour les populations de Dibi et des autres localités frontalières, a-t-il souligné, la frontière ne saurait effacer les liens familiaux, culturels, linguistiques, commerciaux et sociaux construits au fil des générations.


Dans cette perspective, les nouvelles bornes doivent être comprises comme des marqueurs de l’engagement commun des deux États en faveur d’une coexistence pacifique et d’une prospérité partagée.

Anthony Ntem a également appelé les populations à s’approprier ces infrastructures et à contribuer à leur protection contre les dégradations, les destructions ou toute intervention non autorisée.


 

« En les protégeant, vous ne protégez pas seulement des repères physiques du territoire, mais vous préservez également des symboles de paix, d’amitié et de bon voisinage entre le Ghana et la Côte d’Ivoire », a-t-il souligné.


Au-delà de la matérialisation physique de la frontière, les deux pays entendent désormais renforcer la gouvernance intégrée de leur espace transfrontalier.


Konaté Diakalidia a rappelé que la Côte d’Ivoire et le Ghana ont signé, en 2024, un Accord-cadre de coopération transfrontalière. Dans le prolongement de cet accord, les deux commissions nationales des frontières envisagent de mettre prochainement en place un cadre de coopération entre la région du Sud-Comoé, en Côte d’Ivoire, et les régions Western North et Western, au Ghana.


Cette initiative s’inscrit dans la continuité du dispositif déjà établi en 2025 entre la région du Bounkani, en Côte d’Ivoire, et la région de Savannah, au Ghana.


L’objectif est notamment de renforcer la sécurité, la paix et la cohésion sociale, de faciliter la circulation des personnes et des biens et de stimuler les échanges économiques dans les zones frontalières.

La coopération devrait également concerner les forces de défense et de sécurité, les autorités administratives et traditionnelles, ainsi que les services chargés de la gestion des ressources naturelles.


La question de la protection des ressources naturelles figure également parmi les priorités de cette coopération. Le secrétaire exécutif de la CNFCI a indiqué que les deux commissions des frontières ont déjà mobilisé les forces de défense et de sécurité ainsi que les agents des eaux et forêts des deux pays dans le cadre d’actions conjointes contre l’orpaillage illégal, appelé « galamsey » au Ghana, notamment dans la zone de la Tanoé.


L’objectif est de renforcer la coordination entre les services des deux États face aux activités illégales susceptibles d’affecter les ressources naturelles et l’environnement dans cet espace partagé.


La coopération devrait également être étendue à la prévention et à la gestion des conflits entre communautés, aux échanges socioculturels ainsi qu’au développement des relations entre opérateurs économiques ivoiriens et ghanéens.


La réussite de cette première phase a bénéficié du soutien du Programme Frontière de l’Union africaine et de la contribution financière de la République fédérale d’Allemagne, à travers la GIZ.


Présent à Dibi, l’ambassadeur d’Allemagne en Côte d’Ivoire a rappelé que son pays soutient depuis plusieurs années le programme transfrontalier de l’Union africaine, à la fois par son financement et par l’expertise apportée par la GIZ.


Selon lui, cette coopération poursuit deux objectifs complémentaires : clarifier les frontières afin de prévenir les conflits et favoriser la coopération entre les populations et les autorités des deux côtés.


 

L’expérience européenne, a-t-il expliqué, montre que les frontières peuvent être davantage des espaces de rencontre, d’échanges et de collaboration que des lignes de séparation.


Le diplomate allemand a ainsi insisté sur la nécessité de connaître les réalités et les difficultés rencontrées de part et d’autre de la frontière afin de rechercher ensemble des solutions au bénéfice des populations.

Une deuxième phase en préparation

Avec l’achèvement de cette première étape, les équipes techniques ivoiriennes et ghanéennes s’apprêtent désormais à poursuivre leurs travaux.


Konaté Diakalidia a annoncé que la Commission technique mixte se remettra rapidement à la tâche afin de préparer la deuxième phase de la réaffirmation de la frontière terrestre.


La Côte d’Ivoire souhaite, à cet égard, continuer à bénéficier de l’appui de ses partenaires au développement, notamment de l’Allemagne, à travers la GIZ, et du Programme Frontière de l’Union africaine, jusqu’à l’achèvement du processus sur l’ensemble de la frontière commune.

À Dibi, le message des responsables ivoiriens et ghanéens s’est finalement rejoint autour d’une même vision : mieux définir la frontière pour mieux coopérer.


Pour Anthony Ntem comme pour Konaté Diakalidia, les 78 bornes nouvellement installées ne constituent donc pas une nouvelle séparation entre deux peuples historiquement liés. Elles sont présentées comme les marqueurs d’une souveraineté clairement définie, mais aussi comme les fondations d’une coopération transfrontalière renforcée.


Une frontière mieux matérialisée, mais surtout une frontière davantage gouvernée ensemble : c’est l’ambition affichée par la Côte d’Ivoire et le Ghana au terme de cette première phase.




Wassimagnon




 
 
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