Côte d'Ivoire : Logement à Abidjan, face au défi des 10 millions d'habitants, les architectes proposent de construire autrement pour loger davantage
À l’occasion de la Journée mondiale de l’architecture, célébrée ce lundi 5 octobre 2026, l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire (OACI), la Maison de l’architecture d’Abidjan (MAA) et l’École d’architecture d’Abidjan (EAA) ont placé la question du logement au cœur de leurs préoccupations. Alors qu’Abidjan pourrait compter 10 millions d’habitants à l’horizon 2030, les professionnels plaident pour une nouvelle manière de penser la ville, avec des logements accessibles, dignes, durables et adaptés aux réalités ivoiriennes.
« Le logement est un droit humain, construisons-le ». C’est autour de ce thème retenu par l’Union internationale des architectes (UIA) pour la Journée mondiale de l’architecture 2026 que les acteurs de l’architecture en Côte d’Ivoire ont marqué, ce lundi 5 octobre, cette journée dédiée à leur profession.
Pour l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire, cette célébration doit surtout servir de point de départ à une réflexion concrète sur la crise du logement et l’avenir urbain d’Abidjan.
Prenant la parole au nom de l’OACI, son vice-président, Koupo Gnoleba, a rappelé que la Journée mondiale de l’architecture est célébrée chaque premier lundi du mois d’octobre. Instituée en 1985 par l’UIA, elle se tient parallèlement à la Journée mondiale de l’habitat des Nations unies.
Cette année, l’UIA entend attirer l’attention sur l’accès équitable au logement. « L’accès à un logement sûr, adéquat et abordable reste hors de portée pour des millions de personnes », a-t-il souligné, insistant sur les conséquences de cette situation sur la santé, la dignité et l’inclusion.
Pour les architectes ivoiriens, cette problématique mondiale doit désormais être déclinée à l’échelle locale. D’où l’organisation, samedi 10 octobre à l’École d’architecture d’Abidjan, d’un panel consacré à une question devenue centrale : « D’Attécoubé à Bingerville, comment loger dignement à Abidjan qui va accueillir 10 millions d’habitants en 2030 ? »
L’objectif, selon le vice-président de l’OACI, est de faire passer le débat du constat à la recherche de solutions concrètes.
Construire autrement pour loger davantage
Koupo Gnoleba a également appelé à repenser les modes de construction et d’occupation du foncier. Selon lui, l’urbanisation horizontale pose à terme la question de la disponibilité des espaces et de la capacité de la ville à accueillir une population toujours plus importante.
« Sur 300 mètres carrés, on peut loger 20 grandes familles. Tout dépend de la manière dont on construit », a-t-il expliqué, plaidant pour une réflexion plus poussée sur la densification urbaine et les logements sociaux.
L’architecte estime que cette transformation nécessite une vision de long terme de la part des pouvoirs publics, mais également une implication accrue des professionnels de l’architecture.
Il a notamment évoqué l’intérêt de développer des logements sociaux verticaux et de mieux exploiter le potentiel de la conception architecturale pour répondre à la croissance démographique d’Abidjan.
« Il est bon de penser à la conception architecturale des logements sociaux et de voir comment l’État peut loger le maximum de personnes à Abidjan », a-t-il insisté.
Pour lui, l’architecte ne doit plus être perçu uniquement comme le professionnel intervenant sur des bâtiments coûteux. La profession doit également s’investir dans les problématiques liées aux populations à faibles revenus.
Présidente de la Maison de l’architecture d’Abidjan (MAA) et deuxième vice-présidente de l’OACI, Dacoury-Tabley Martine épouse Diakité a, pour sa part, rappelé la vocation de cette structure créée sous l’égide de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire.
La MAA se veut un espace de transmission, de médiation, de sensibilisation et de débat autour de l’architecture, de l’urbanisme, du paysage et du cadre de vie.
Depuis 2020, elle fait de la Journée mondiale de l’architecture un rendez-vous destiné à rapprocher la profession du grand public. Lors de la crise sanitaire liée à la Covid-19, elle avait notamment ouvert virtuellement les portes de cabinets d’architectes à travers les réseaux sociaux.
En 2021, des journées portes ouvertes physiques avaient ensuite été organisées au siège de l’Ordre et à l’École d’architecture d’Abidjan. L’année suivante, la manifestation avait été délocalisée sur l’ex-place de la Sorbonne, au Plateau, avec notamment une permanence architecturale et des conseils gratuits destinés aux populations.
Depuis 2024, la Maison de l’architecture travaille également avec l’EAA autour d’un atelier d’immersion destiné à sensibiliser les futurs architectes aux réalités sociales de leur métier.
Pour Martine Dacoury-Tabley, la dynamique doit désormais franchir une nouvelle étape. La Maison de l’architecture d’Abidjan et l’OACI souhaitent faire de la période 2026-2027 « l’année de l’Abidjan », avec des actions concrètes autour des défis urbains de la capitale économique.
Face à la perspective d’une population de 10 millions d’habitants à l’horizon 2030, elle estime indispensable de mobiliser plusieurs disciplines du cadre de vie.
L’une des pistes envisagées est la création d’un concours national interdisciplinaire, réunissant notamment des étudiants en architecture, en urbanisme et en ingénierie.
Des démarches de rapprochement ont ainsi été engagées avec plusieurs établissements d’enseignement supérieur, notamment l’École nationale supérieure d’architecture et d’urbanisme de Bondoukou, l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro et l’École des bâtiments et travaux publics de San-Pédro.
L’ambition est de faire travailler ensemble les étudiants sur des prototypes de logements économiques, bioclimatiques et industrialisables. Les résultats de cette recherche pourraient ensuite être valorisés auprès des promoteurs immobiliers et présentés lors du salon Archibat 2027.
De son côté, le directeur général de l’École d’architecture d’Abidjan, Aké, a présenté l’établissement comme un laboratoire destiné à réfléchir aux grands défis architecturaux de la Côte d’Ivoire.
Créée il y a onze ans à l’initiative de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire, l’EAA entend renforcer son rôle dans la recherche et la formation de professionnels capables de répondre aux problématiques contemporaines du pays.
À l’occasion de cette Journée mondiale de l’architecture, l’établissement expose notamment des travaux réalisés par ses étudiants autour de la question de l’habitat.
Mais le projet phare est sans doute l’atelier d’immersion lancé ce lundi 5 octobre. Pendant cinq jours, des étudiants de la première à la cinquième année sont invités à réfléchir autour d’une problématique concrète : « Réinventer 100 logements dignes, évolutifs et bas carbone. »
Cette réflexion part d’une réalité régulièrement observée en Côte d’Ivoire : inondations, déguerpissements, incendies et destructions de logements peuvent brutalement priver des familles de leur habitation.
Pour Aké Blanchard, l’enjeu est donc de concevoir un logement d’urgence qui ne soit pas seulement rapide à construire, mais également « digne, fonctionnel, sûr, confortable et adaptable ».
Les étudiants devront ainsi réfléchir à des logements économiques, modulables, évolutifs, démontables et, si nécessaire, déplaçables. Le recours aux matériaux recyclés, biosourcés et aux ressources locales fait également partie des pistes retenues.
Le projet prévoit un prototype sur une superficie de 90 mètres carrés, intégré à une réflexion sur une cité d’urgence de 2,25 hectares.
« Nous voulons créer un prototype de logement qui pourrait rapidement, économiquement et modulablement aider ces familles à pouvoir se reloger », a expliqué le directeur général de l’EAA.
Cette série d’initiatives convergera vers le samedi 10 octobre 2026, date retenue pour la rentrée solennelle de l’École d’architecture d’Abidjan et le panel inaugural consacré au logement à Abidjan.
Décideurs publics, experts, architectes, étudiants et professionnels du secteur sont attendus autour de la question : comment loger dignement une métropole appelée à atteindre 10 millions d’habitants ?
Au-delà de la célébration symbolique de la Journée mondiale de l’architecture, l’OACI, la MAA et l’EAA veulent ainsi inscrire la profession dans une démarche de contribution directe aux politiques urbaines et sociales.
Pour ces acteurs, l’architecture ne peut plus être dissociée des enjeux de développement durable, de qualité de vie, de densification urbaine et d’inclusion sociale.
À Abidjan, où la pression démographique et foncière impose de nouvelles réponses, le défi est désormais de construire davantage sans renoncer à la dignité, au confort et à la qualité du cadre de vie.
Le rendez-vous du 10 octobre devrait permettre de prolonger cette réflexion et, surtout, de confronter les idées des architectes aux attentes des pouvoirs publics et aux réalités quotidiennes des populations.
Wassimagnon
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