Cameroun : Incertitude politique, Fitch dégrade le Cameroun à « B- », les rendements de l'Eurobond bondissent à 10,65 %
Les temps s'annoncent encore plus durs au Cameroun.
Le 16 octobre 2026, Fitch Ratings a abaissé la note souveraine du Cameroun de « B » à « B- », avec perspective stable. La note en monnaie locale subit le même recul. Le plafond pays passe de « B+ » à « B ».
Deux motifs, selon Fitch pour le justifier.
Pays sans plan de succession
Paul Biya, 93 ans, réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat, n'a encore désigné aucun successeur.
Le poste de vice-président, créé par la réforme constitutionnelle d'avril 2026, reste vacant.
Fitch redoute une transition de pouvoir désordonnée. Et les marchés ont entendu.
Financement impossible
Les besoins bruts de financement passent de 5% du PIB en 2025 à 7,3% du PIB en 2026.
Et il n'y a aucun programme du FMI en vue d'ici 2028.
Toujours selon Fitch, le Cameroun boucle ses budgets avec des prêts, pour rembourser des prêts.
Marché a 10,65%
Lundi 19 octobre, trois jours après la dégradation, la sanction est tombée.
Le rendement de l'Eurobond 2033 a bondi de 30 points de base pour atteindre un record de 10,65%.
Celui de l'échéance 2031 a gagné 20 points, à 10%, pour une quatrième séance de hausse consécutive.
C'est le prix de l'incertitude politique : quand on prête au Cameroun, on exige maintenant plus de 10% d'intérêt.
Et cette dégradation intervient dix jours seulement après l'annonce par Yaoundé d'une émission complémentaire de 300 millions de dollars sur cet Eurobond.
Paradoxe
C'est le paradoxe camerounais, et c'est ce que dit Fitch lui-même.
La croissance est attendue à 3,7% en 2026 et 2027, portée par l'électricité et le secteur minier.
La dette publique, à 42,5% du PIB fin 2025, tomberait à 39,1% en 2028, bien sous la médiane de 56% des pays notés « B ».
Le déficit budgétaire resterait à 2,2% du PIB.
Le pays n'est pas surendetté. Le problème, ce n'est pas la dette. C'est la confiance.
703,5 milliards de restes à payer
Fin juin 2026, les restes à payer s'élevaient à 703,5 milliards de francs CFA, selon la Caisse autonome d'amortissement (CAA).
Et ça, malgré deux prêts commerciaux extérieurs souscrits en 2024.
Autrement dit : l'État doit 703,5 milliards à ses fournisseurs. Et il ne paie pas.
L'exposition des banques de la CEMAC aux États est passée de 10% des actifs en 2015 à 30% en 2025, ce qui resserre l'accès au marché régional des titres publics.
Les banques sont gavées de dettes d'État. Elles ne peuvent plus prêter aux entreprises.
Le cacao chute, le déficit se creuse
Le déficit courant se creuserait à 5% du PIB en 2026 avec la chute des cours du cacao.
Le cacao, qui faisait entrer des devises, ne rapporte plus autant.
GECAM vs Dion Ngute
C'est dans ce contexte que se tient, du 22 au 23 octobre, le face-à-face explosif entre le patronat camerounais, réuni au sein du GECAM, et le gouvernement.
Célestin Tawamba face à Joseph Dion Ngute, Premier ministre et Chef du gouvernement.
Six ans après la dernière rencontre, depuis 2020, le patronat va dire ce que les entreprises vivent : routes dégradées, énergie instable, aéroports en difficulté, accès au financement bloqué. La plateforme d'échange institutionnelle majeure entre l'État et le secteur privé n'avait plus été organisée depuis 2020.
En 2025, les transferts d'argent de la diaspora camerounaise auraient dépassé les investissements directs étrangers. Ce sont les Camerounais de l'extérieur qui financent le pays, plus que les investisseurs étrangers.
Avec un rendement à 10,65%, des besoins de financement à 7,3% du PIB, 703,5 milliards de restes à payer, et pas de programme FMI avant 2028, le Cameroun va-t-il vers une cessation de paiements ?
Fitch a mis la note à B-. Les marchés ont mis le prix à 10,65%.
Le GECAM, lui, va mettre les mots le 22 octobre.
Armand Ougock, correspondant permanent Koaci au Cameroun
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