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Côte d'Ivoire : Retards de paiement, le CCESP veut mettre fin à l'asphyxie financière des PME ivoiriennes
 

Côte d'Ivoire : Retards de paiement, le CCESP veut mettre fin à l'asphyxie financière des PME ivoiriennes

 
 
 
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© Koaci.com - samedi 31 octobre 2026 - 04:47



Représentant 98 % des entreprises formelles en Côte d’Ivoire, les petites et moyennes entreprises (PME) restent fortement fragilisées par les retards de paiement de leurs clients. Pour inverser cette tendance, le Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP) préconise une réforme fondée sur des délais plafonds, des pénalités automatiques et la création d’un Observatoire national. Les recommandations d’une étude consacrée aux délais de paiement interprofessionnels ont été présentées le 29 octobre 2026 à Abidjan, avec l’ambition de renforcer la trésorerie des PME et de faciliter leur accès au financement.


Les retards de paiement constituent un véritable frein à la croissance des petites et moyennes entreprises (PME) en Côte d’Ivoire. Contraintes de financer les activités de leurs clients en attendant le règlement de leurs factures, de nombreuses entreprises voient leur trésorerie s’affaiblir, au risque de compromettre leur développement, voire leur survie. Face à cette situation, le Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP) entend impulser une réforme pour mieux encadrer les délais de paiement entre acteurs économiques. Le jeudi 29 octobre 2026, au Novotel Abidjan Plateau, son Secrétariat exécutif, avec l’appui du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), a procédé à la restitution d’une étude diagnostique assortie d’un benchmark international et d’une feuille de route.


« La banque la moins chère de Côte d’Ivoire, c’est la PME », a lancé Dr Moussa Élias Farakhan Diomandé, président de la Confédération patronale unique des PME (CPU-PME). Selon lui, les petites entreprises accordent, sans intérêts ni garanties, un crédit involontaire à leurs clients, grandes entreprises et administrations. Une situation qui illustre le poids économique des retards de paiement.


L’enjeu est majeur. Les PME représentent 98 % des entreprises formelles du pays, mais leur accès au financement demeure une contrainte importante. Les retards de règlement aggravent cette difficulté et freinent notamment le développement de l’affacturage. Selon une étude de marché du Programme de développement du secteur financier (PDESFI), le potentiel de ce mécanisme est estimé à 11 029 milliards de FCFA en 2025 et pourrait atteindre 15 295 milliards à l’horizon 2030.


Conduite par le consultant Katoh Hamadou Koné, l’étude repose sur 97 réponses exploitables recueillies auprès de PME, de grandes entreprises, de banques, d’établissements financiers et de structures d’appui. Elle révèle un décalage important entre les délais contractuels, généralement compris entre 30 et 45 jours, et les délais réellement observés. Seize PME sur 48 interrogées déclarent attendre plus de 90 jours pour être payées. Dans le BTP, les retards peuvent atteindre six à douze mois sur certains marchés avec l’État.


Les conséquences sont préoccupantes : plus de sept PME sur dix connaissent des tensions récurrentes de trésorerie. Vingt-huit entreprises sur 49 ont déjà refusé des marchés faute de ressources suffisantes, tandis que 29 ont connu ou frôlé une cessation de paiement.


À cette fragilité s’ajoute un déséquilibre dans les relations commerciales. Trente-huit PME sur 49 déclarent ne jamais percevoir de pénalités de retard. Par ailleurs, 41 PME sur 49 n’ont jamais eu recours à l’affacturage, alors que huit banques sur treize estiment qu’une réforme pourrait accroître de plus de 10 % le financement du poste clients.


 

À partir d’un benchmark portant notamment sur la France, l’Union européenne, le Maroc, Hong Kong et la Malaisie, l’étude recommande une approche adaptée aux réalités ivoiriennes, combinant régulation sectorielle, incitations et arbitrage accéléré.


Parmi les principales mesures proposées figurent des délais plafonds négociés : 90 jours dans le BTP, 60 jours dans l’agro-industrie, avec une évolution vers 45 jours, et 30 jours dans la santé privée. Après une année d’adaptation, un plafond général de 60 jours serait instauré.


Le dispositif prévoit également des pénalités automatiques, une indemnité forfaitaire de recouvrement de 25 000 FCFA par facture impayée et la publication des bons et mauvais payeurs.


Quatre instruments institutionnels viendraient soutenir cette réforme : un Observatoire des délais de paiement rattaché au CCESP, une déclaration trimestrielle des retards à travers la facture normalisée électronique (FNE) de la Direction générale des Impôts, un registre national des factures accessible aux banques et un mécanisme d’arbitrage accéléré auprès de la Cour d’arbitrage de Côte d’Ivoire.


La mise en œuvre s’étalerait sur 24 à 36 mois, en trois étapes : concertation, expérimentation et montée en puissance, puis généralisation à travers un texte-cadre. Selon les projections de l’étude, cette réforme pourrait ramener les délais réels de paiement des PME à 60 jours maximum dans un délai de 12 à 36 mois et multiplier par deux ou trois le volume de l’affacturage en trois à cinq ans.


Représentant la Secrétaire exécutive du CCESP, Mme Mariam Fadiga Fofana, le Conseiller technique en chef, M. Georges Copré, a rappelé que si l’État s’est engagé à payer ses fournisseurs dans un délai maximal de 90 jours, les marchés privés restent, eux, faiblement encadrés. Il estime que la Côte d’Ivoire dispose d’une réelle opportunité de devenir pionnière dans la sous-région en matière de régulation des délais de paiement.


De son côté, la CPU-PME plaide pour une loi sur les délais interprofessionnels, une révision ciblée du Code des marchés publics et la création d’un observatoire national. À travers l’exemple d’Aminata, cheffe d’une entreprise de restauration de 25 salariés à Bouaké, contrainte de refuser un marché faute de trésorerie, son président a illustré les conséquences concrètes de ces pratiques. « Payer à temps n’est pas une faveur faite à une PME. C’est un contrat honoré », a-t-il insisté.


Le panel de clôture, modéré par Moussa Comara, expert en développement des entreprises, a confirmé l’adhésion des acteurs à la création d’un Observatoire des délais de paiement. Les représentants du patronat, du BTP, du secteur bancaire, des experts-comptables, de la Cour d’arbitrage et de la Direction générale des PME ont également insisté sur l’effectivité des sanctions. Le BTP s’est notamment déclaré disposé à servir de secteur pilote.


 

La rencontre, qui a réuni une cinquantaine de participants issus des administrations publiques, des organisations professionnelles et du secteur privé, a permis de recueillir des contributions destinées à finaliser l’étude.


Désormais, le défi est de transformer ces recommandations en mesures concrètes. Car, au-delà de la discipline commerciale, l’encadrement des délais de paiement apparaît comme un levier essentiel pour sécuriser les entreprises, stimuler le financement et renforcer la compétitivité du tissu économique ivoirien.



Wassimagnon





 
 
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