Cameroun : 40 kits Starlink saisis à Douala, le réseau interdit qui séduit parce que l'internet légal rame et coûte cher
L'opération HALCOMI IV Zone I dit avoir frappé fort ce week-end à Douala avec la saisie de 40 terminaux Starlink, strictement interdits au Cameroun. Mais cette saisie relance le débat : pourquoi les Camerounais risquent jusqu'à 550 millions de FCFA d'amende pour un réseau clandestin alors que la connexion officielle devient de plus en plus lente et coûteuse ?
Week-end prolifique pour les gabelous de Douala.
Dans le cadre de l'Opération HALCOMI IV Zone I, la Douane camerounaise annonce trois coups d'éclat : un véhicule de luxe Ford Expedition modèle 2025 intercepté grâce au système numérique COSMOS, un stock de 11 776 couches jetables de contrebande, et surtout, 40 kits Starlink confisqués.
C'est ce dernier butin qui cristallise toutes les tensions autour de la souveraineté numérique.
Au Cameroun, la position est sans équivoque. L'utilisation et l'importation des terminaux Starlink sont strictement interdites à défaut d'un titre d'exploitation officiel. Starlink n'a pas d'autorisation.
Le cadre juridique est implacable. L'article 69 de la Loi N°2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques prévoit des pénalités colossales : de 100 à 550 millions de francs CFA pour toute entité qui établit ou exploite un réseau sans autorisation de l'ANTIC.
En coupant ces canaux clandestins, la Douane dit protéger la souveraineté numérique du pays et assainir le secteur des télécoms. Sur le papier, l'argument tient.
Dans la réalité des cybercafés et des quartiers de Douala et Yaoundé, le calcul est tout autre.
Depuis des mois, les plaintes se multiplient : connexion qui coupe, débit qui s'effondre à 18 h, forfaits data MTN, Orange, Camtel qui augmentent alors que la qualité baisse. Les réseaux WiFi communautaires qui devraient être l'alternative accessible peinent à offrir une solution stable et abordable.
Résultat : Starlink, qui échappe au contrôle de l'ANTIC, apparaît pour de nombreux entrepreneurs, influenceurs et même administrations en zone enclavée, comme la seule alternative fiable. Rapide, stable, partout. Même au prix du marché noir et au risque d'une saisie.
Le paradoxe est là : l'outil censé protéger le consommateur (l'interdiction faute d'autorisation) pousse le consommateur vers l'illégal, faute d'offre légale compétitive.
Faut-il continuer à saisir ou régulariser comme l'ont fait le Nigeria, le Rwanda, le Bénin ou le Kenya où Starlink est désormais autorisé et taxé ? La question divise.
En attendant, la surveillance douanière reste active à Douala. Les 40 kits saisis ce week-end ont été placés sous scellés. Leurs propriétaires s'exposent aux lourdes amendes prévues par la loi.
Mais tant que l'internet légal restera lent et cher, la tentation Starlink risque de rester plus forte que la peur du gendarme. Et de nombreux Camerounais continueront de l'utiliser clandestinement aussi bien dans leurs bureaux que dans leurs domiciles.
-Armand Ougock, correspondant permanent de KOACI au Cameroun
--Joindre la rédaction camerounaise de KOACI au 691 154 277
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
