Côte d'Ivoire : PND 2026-2030, 7,8 milliards de dollars en jeu, Abidjan met ses partenaires face au défi des résultats
Plus de 149 projets, près de 7,9 milliards de dollars de financements et une ambition clairement affichée : accélérer la transformation économique et sociale de la Côte d’Ivoire. Réunis les 5 et 6 novembre 2026 à Abidjan, les pouvoirs publics et les partenaires techniques et financiers passent au crible les performances du portefeuille de projets afin de lever les obstacles à leur exécution et de traduire les engagements financiers en réalisations concrètes au bénéfice des populations.
La Côte d’Ivoire veut désormais passer de la mobilisation des ressources à la concrétisation des investissements. C’est le principal message qui ressort de l’ouverture, le jeudi 5 novembre 2026, de la deuxième revue conjointe du portefeuille des projets financés par les partenaires techniques et financiers (PTF), au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. Pendant deux jours, près de 200 participants, issus de l’administration publique, des structures d’exécution et des institutions financières internationales, sont réunis autour d’un objectif commun : améliorer la performance des projets et accélérer leur mise en œuvre.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du Plan national de développement (PND) 2026-2030, véritable instrument de transformation économique et sociale du pays. Elle intervient dans un contexte marqué par une mobilisation importante de ressources financières à la suite du groupe consultatif des 8 et 9 juillet 2026, au cours duquel près de 80 milliards de dollars d’annonces de financement ont été enregistrés, soit près de quatre fois l’objectif initial.
Au-delà de ces engagements, les autorités ivoiriennes veulent désormais s’assurer que les financements disponibles se traduisent effectivement par des infrastructures fonctionnelles, un meilleur accès aux services sociaux de base et de nouvelles opportunités économiques.
Présidant l’ouverture des travaux au nom du Vice-Président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, le ministre, directeur de cabinet du Vice-Président, Emmanuel Ahoutou Koffi, a rappelé la portée stratégique de cette revue.
Pour lui, cette rencontre dépasse largement le cadre d’un simple exercice administratif. Elle constitue un cadre de concertation et de responsabilité collective destiné à renforcer l’efficacité de l’action publique et à garantir une meilleure utilisation des ressources mobilisées.
L’ambition du chef de l’État est de faire accéder la Côte d’Ivoire au rang des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Une perspective qui exige, selon le ministre, une coordination renforcée entre les différents acteurs, une meilleure anticipation des difficultés et une plus grande rigueur dans l’exécution des projets.
« Nous ne sommes pas en train de faire un exercice banal. Cet exercice s’inscrit dans le cadre d’une vision », a-t-il insisté, invitant les participants à privilégier l’écoute, l’humilité et la recherche de solutions concrètes.
Quatre axes majeurs ont ainsi été définis : accélérer la préparation et l’exécution des projets, améliorer la performance globale du portefeuille, renforcer le dialogue entre les parties prenantes et assurer un suivi rigoureux de la mise en œuvre des recommandations.
Le ministre a également mis l’accent sur la responsabilisation des autorités administratives locales, notamment les préfets. Leur implication dans le suivi des projets apparaît essentielle pour mieux prendre en compte les réalités du terrain et rapprocher les investissements des besoins des populations.
L’ampleur des enjeux se mesure à travers les ressources financières mobilisées. Au 30 juin 2026, le portefeuille des partenaires techniques et financiers comptait plus de 149 projets, financés ou cofinancés à hauteur de 7,874 milliards de dollars, hors opérations de la Banque européenne d’investissement (BEI).
Ces investissements couvrent plusieurs secteurs stratégiques, notamment les infrastructures, l’agriculture, l’éducation, la santé, la gouvernance, le secteur privé, l’environnement et la protection sociale.
Toutefois, l’importance des financements ne garantit pas automatiquement la réalisation des objectifs. Plusieurs contraintes continuent de ralentir l’exécution des opérations.
Le président du comité scientifique, Dr Siélié Silué, a notamment relevé l’insuffisante maturité de certains projets, les retards dans l’indemnisation des populations affectées, les faibles taux de décaissement et les lenteurs administratives et institutionnelles.
À ces difficultés s’ajoutent les problèmes de coordination entre les différents intervenants, ainsi que la complexité liée à l’articulation des procédures nationales avec celles des partenaires financiers.
Face à ces obstacles, il a plaidé pour une accélération de la mise en place des unités de coordination, un renforcement du suivi des projets et une évaluation plus rigoureuse des résultats obtenus sur le terrain.
Partenaire majeur de la Côte d’Ivoire, la Banque mondiale entend également contribuer à l’amélioration des performances du portefeuille. Sa directrice de division pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo, Marie-Chantal Uwanyiligira, a particulièrement insisté sur la nécessité d’anticiper les difficultés dès la phase de préparation des projets.
L’institution mobilise, à cet effet, des dons compris en moyenne entre 1 et 3 millions de dollars pour financer les études préparatoires en Côte d’Ivoire. L’objectif est de disposer de projets suffisamment matures avant leur approbation, afin de réduire les délais entre la décision de financement et le démarrage effectif des travaux.
« Ce que je voudrais, c’est que lorsqu’on sort de notre conseil d’administration, les appels d’offres soient déjà faits et n’attendent que l’approbation pour que nous puissions signer le contrat le lendemain », a-t-elle expliqué.
La question des décaissements constitue un autre défi majeur. En moyenne, il faut actuellement 27 mois pour atteindre un taux de décaissement de 25 % sur les projets en Côte d’Ivoire. La Banque mondiale ambitionne de ramener ce délai à 24 mois.
Pour y parvenir, Marie-Chantal Uwanyiligira a notamment préconisé la création d’un fonds national dédié aux études, la professionnalisation des unités de gestion des projets et l’institutionnalisation du suivi au niveau local.
Insistant sur la nécessité d’une meilleure articulation entre les décisions prises au niveau central et leur application sur le terrain, elle a rappelé que « le développement peut se concevoir au niveau central, mais s’exécute au niveau local ».
Elle a également encouragé les autorités ivoiriennes et les partenaires à faire du PND 2026-2030 le cadre commun de référence pour une meilleure coordination des interventions.
De son côté, la Banque africaine de développement (BAD) a réaffirmé sa volonté d’accompagner la Côte d’Ivoire dans la réalisation de ses ambitions.
Son directeur général adjoint pour l’Afrique de l’Ouest, Joseph Martial Ribeiro, a salué les résultats obtenus lors du groupe consultatif de juillet 2026, qui a permis d’enregistrer près de 80 milliards de dollars d’annonces de financement en faveur du PND 2026-2030.
Dans cette dynamique, la BAD a annoncé une contribution de 8,7 milliards de dollars sur ses ressources propres, ainsi que la mobilisation de 11,3 milliards de dollars supplémentaires auprès d’institutions partenaires et d’autres sources de financement.
Au 31 octobre 2026, le portefeuille actif de l'institution en Côte d’Ivoire comptait 37 opérations, représentant des engagements proches de 4 milliards de dollars.
Si la performance globale de ce portefeuille est jugée satisfaisante, certaines difficultés persistent. Environ 14 % des projets sont identifiés comme présentant des difficultés particulières, notamment en matière de préparation, de satisfaction des conditions préalables au premier décaissement et de transmission des rapports d’audit.
Ces contraintes appellent, selon la BAD, une vigilance accrue et des mesures correctives afin d’éviter que les retards ne compromettent l’atteinte des résultats attendus.
Au terme de ces deux journées de travaux, les participants sont appelés à dépasser le simple diagnostic pour parvenir à des recommandations opérationnelles, assorties de mesures correctives précises et d’un mécanisme de suivi efficace.
L’enjeu est de renforcer la responsabilité de chaque acteur, d'améliorer la coordination institutionnelle et de créer les conditions nécessaires à une exécution plus rapide et plus performante des projets.
Pour les autorités ivoiriennes, comme pour les partenaires techniques et financiers, la réussite du PND 2026-2030 ne saurait se limiter aux montants annoncés ou aux conventions de financement signées.
Elle devra surtout se mesurer à la qualité des infrastructures réalisées, à l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’éducation et aux soins de santé, ainsi qu’aux opportunités économiques offertes aux populations.
En définitive, la Côte d’Ivoire dispose d’importantes ressources pour soutenir sa transformation. Le véritable défi consiste désormais à faire de chaque financement un investissement utile et de chaque projet une réponse concrète aux attentes des citoyens. Car, au-delà des milliards mobilisés, c’est bien l’amélioration des conditions de vie des Ivoiriens qui donnera toute sa portée au PND 2026-2030.
Wassimagnon
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