Cameroun : Soupçonné d'enrichissement rapide, le ministre des mines annonce la fermeture des sites miniers illégaux
Fuh Calistus Gentry
Le ministère des mines, de l'industrie et du développement technologique (Minmidt) a annoncé le déploiement d'équipes sur le terrain pour mettre fin aux activités d'exploitation minière artisanale illégales et fermer les sites non autorisés. Cette décision intervient dans un contexte marqué par un scandale retentissant révélé par le rapport de l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (Itie) 2023.
Scandale
Le rapport ITIE 2023 a mis au jour un écart massif et alarmant dans le secteur de l'or camerounais : alors que les Douanes nationales déclarent seulement 22,3 kilogrammes d'or exportés, les statistiques internationales enregistrent 15,2 tonnes exportées vers les Émirats Arabes Unis. Cet écart de près de 680 fois entre les données officielles et la réalité révèle l'existence d'un système opaque où 15 tonnes d'or échappent totalement au contrôle de l'État.
Des experts ont fait remarquer que la société nationale des mines (Sonamines), censée contrôler l'achat et la commercialisation de l'or, souffre d'un manque criant de moyens financiers et technologiques. Dans certaines régions, des opérateurs chinois exploitent l'or dans des zones inaccessibles aux agents de l'État, hors de tout cadre légal et fiscal. La fraude fiscale généralisée, caractérisée par des sous-déclarations massives de production, prive l'État de recettes importantes. Par ailleurs, la porosité des frontières permet au Cameroun de servir de transit pour l'or provenant de pays voisins.
Des accusations de corruption pèsent également sur le ministre Fuh Calistus Gentry, soupçonné d'enrichissement rapide, avec des allégations de complicité entre des responsables de la Sonamines et des opérateurs chinois.
Mesures annoncées
Face à cette situation, le Minmidt a annoncé une série de mesures coercitives, conformément à la loi n°2023/04 du 19 décembre 2023 et au décret n°2024/05061/PM du 18 novembre 2024 :
Fuh Calistus Gentry fait savoir que toutes les activités d'exploitation minière artisanale semi-mécanisée sans autorisation seront interrompues. Il rappelle l'article 24(5) du Code minier qui interdit formellement de « mener des activités d'exploitation artisanale semi-mécanisée dans les zones de recherche minière », sous peine de sanctions.
Les opérateurs disposant d'autorisations valides mais ne possédant pas de système de traitement de gravier minéralisé en vase clos ou de contrat de partenariat avec un opérateur équipé ont trois mois pour se conformer. À défaut, ils perdront leurs autorisations, conformément à l'article 168(2) de la loi.
Les délégués régionaux et départementaux doivent veiller à ce que les activités artisanales se déroulent hors des permis de recherche, sauf autorisation du maire approuvée par le ministre.
Ces mesures visent officiellement la protection de l'environnement et l'optimisation des recettes de l'État, tout en appelant au civisme des acteurs du secteur.
Si la volonté affichée de reprendre le contrôle du secteur minier apparaît légitime face à l'ampleur du scandale révélé, plusieurs observateurs s'interrogent sur le timing et l'approche adoptée. Ces mesures arrivent tardivement, alors que le système minier opaque a eu le temps de s'installer durablement.
L'approche exclusivement coercitive soulève également des inquiétudes. Sans renforcement substantiel des capacités de la Sonamines et sans moyens accrus pour contrôler les zones reculées, ces mesures risquent simplement de pousser davantage d'acteurs vers la clandestinité, aggravant paradoxalement le problème qu'elles visent à résoudre.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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