Côte d'Ivoire : CHU de Treichville, les syndicats s'insurgent contre la gestion opaque et chaotique de la direction, l'établissement paralysé pendant plusieurs heures
La tension est montée d’un cran ce mardi au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Treichville, où la Fédération des syndicats de l’établissement a déclenché un mouvement de protestation d’envergure, paralysant dès 08h00 toutes les voies d’accès au site hospitalier. En toile de fond : de graves soupçons de dérives dans la gestion administrative et financière, couplés à une dégradation persistante des conditions de travail et de prise en charge des patients.
Par cette action, les agents entendent attirer l’attention des autorités sur ce qu’ils qualifient de gouvernance défaillante, incompatible avec le statut d’établissement sanitaire de référence du pays. Selon la Fédération, les dysfonctionnements observés compromettent à la fois la transparence dans l’utilisation des ressources publiques et la qualité des soins offerts aux populations.
Au cœur des revendications figure la gestion opaque de la régie financière mise en place au CHU. Créée pour pallier les insuffisances en intrants médicaux et assurer la maintenance des équipements, cette régie devait réaffecter 70 % de ses recettes aux services concernés. Pourtant, malgré ce dispositif, les pénuries persistent.
Les syndicalistes dénoncent l’absence de traçabilité claire des fonds, en dépit de l’arrêté portant création de la régie. Plusieurs services seraient concernés, notamment la radiologie, le laboratoire, la pharmacie et la réanimation, sans que la destination effective des recettes perçues ne soit clairement établie.
L’ensemble des services hospitaliers fait face à une pénurie généralisée de consommables médicaux, plongeant le personnel dans des conditions de travail jugées inacceptables. Cette situation entraîne une démotivation croissante des agents de santé et compromet sérieusement la prise en charge des patients.
À cela s’ajoute la vétusté avancée des équipements médicaux, régulièrement en panne. Les agents réclament notamment :
la réparation du scanner, hors service depuis plus de deux mois, la remise en état de la radiologie des urgences médicales, en panne depuis plus de six mois.
Gouvernance administrative contestée
Autre point de crispation : la non-conformité de la gouvernance administrative. Selon les informations rapportées, la majorité des membres de la direction générale exercerait sans textes officiels de nomination. Sur 17 postes de direction (cinq directeurs et douze sous-directeurs), seule la Sous-directrice des Affaires financières, récemment affectée, disposerait d’un arrêté de nomination.
Cette situation soulève de sérieuses interrogations sur la légalité des décisions prises et la validité des actes de gestion.
La Fédération pointe également des manquements graves aux règles de gestion financière. En violation des textes en vigueur, la Sous-directrice des Affaires financières signerait des documents financiers et administratifs à la place de la Directrice des Affaires financières, avec l’aval du Directeur général.
Un tel contournement des procédures est considéré comme un dysfonctionnement majeur, susceptible de constituer une infraction aux règles de gestion des finances publiques.
Le Comité d’Orientation et de Surveillance (COS), organe clé du pilotage stratégique, est également mis en cause. La loi hospitalière impose au moins une réunion trimestrielle, mais sur quatre réunions organisées, trois se seraient tenues en un seul mois, en décembre.
Plus préoccupant encore, des documents financiers auraient été présentés et validés en dehors des procédures légales, sans la participation du représentant du personnel du CHU, pourtant membre statutaire du COS.
Contrats privés et revendications salariales
Les syndicats dénoncent par ailleurs la gestion de certains contrats avec des structures privées, dont certains seraient arrivés à expiration ou ne respecteraient pas le caractère social de l’hôpital public, notamment en matière de tarification des actes médicaux.
Dans leurs revendications immédiates, les agents exigent, le paiement du SMIG, la revalorisation de la prime de transport, le paiement régulier des salaires et la fermeture du laboratoire privé Top Labo, au profit du Laboratoire central du CHU.
Face à la gravité de la situation, une intervention urgente de la Cour des comptes est sollicitée, à travers l’ouverture d’un audit de suivi, afin d’établir les responsabilités et de proposer des mesures correctives.
Tout en reconnaissant les efforts consentis par le gouvernement dans le secteur de la santé, les syndicats estiment qu’« il est inacceptable d’assister à de tels dysfonctionnements dans les hôpitaux publics ». Ils appellent à la rigueur et à l’implication directe du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, afin de restaurer la confiance, améliorer la gouvernance et garantir un service public de santé digne des attentes des populations.
Wassimagnon
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