Côte d'Ivoire : PDCI-RDA, chronique d'un parti historique en proie à ses propres démons
Longtemps considéré comme le socle de la stabilité politique ivoirienne, le PDCI-RDA traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Le parti fondé par Félix Houphouët-Boigny, jadis reconnu pour sa discipline et sa cohésion interne, offre désormais l’image préoccupante d’une formation minée par des querelles intestines et des ambitions personnelles affichées au grand jour.
Depuis le coup d’État de 1999, le PDCI-RDA n’a cessé de perdre de son influence et de sa superbe. Le long règne d’Henri Konan Bédié, malgré des efforts constants pour maintenir l’unité du parti, aura été marqué par une succession de départs de figures emblématiques. Mais le véritable tournant s’est produit avec l’accession au pouvoir du RHDP, qui a entraîné une migration massive de cadres du PDCI-RDA vers les cercles du pouvoir, affaiblissant durablement la formation historique.
Le décès du président Henri Konan Bédié a agi comme un signal d’alarme sur l’avenir du parti. Dans ce contexte de doute et d’incertitude, l’arrivée de Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA avait suscité un regain d’espoir. Son parcours international, son image de technocrate et son discours axé sur le renouveau avaient séduit une base militante en quête de modernisation et de crédibilité. Mais cet élan semble aujourd’hui s’essouffler dangereusement.
La récente fronde interne, menée notamment par certains députés pourtant élus grâce au soutien politique de Tidjane Thiam, met en lumière une crise de leadership et une guerre de positionnement qui fragilisent davantage l’image du parti.
L’initiative des députés de Cocody, du Plateau et de Port-Bouët, visant à s’opposer au choix du président du parti en proposant Me Blessy Chrysostome à la tête du groupe parlementaire, illustre une fracture désormais assumée au sein du PDCI-RDA.
Ce spectacle politique, fait de rivalités ouvertes et de règlements de comptes à peine voilés, laisse un goût amer chez les militants. Beaucoup observent, impuissants, ce qui ressemble de plus en plus à une bataille d’ego, loin des préoccupations de terrain et des idéaux fondateurs. L’héritage houphouëtiste, autrefois véritable boussole idéologique, semble aujourd’hui réduit à un simple slogan mobilisé au gré des intérêts individuels.
À défaut d’un sursaut collectif, le PDCI-RDA court le risque d’un destin tragique : celui d’un parti historique affaibli, voire détruit, non pas par ses adversaires politiques, mais par ses propres contradictions internes.
Si l’autorité, la discipline et la vision commune ne sont pas rapidement restaurées, l’histoire politique ivoirienne pourrait retenir que le plus vieux parti du pays aura succombé à un mal plus redoutable que l’opposition, l’autodestruction.
Wassimagnon
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