Côte d'Ivoire-Mali : Gracié par Alassane Ouattara, Mamadou Hawa Gassama libéré après sept mois de détention
Condamné fin janvier à trois ans de prison pour « offense au chef de l’État », le Malien Mamadou Hawa Gassama a finalement quitté sa cellule le 10 février, à la faveur d’une mesure de clémence signée par le président ivoirien Alassane Ouattara. L’ancien député, aujourd’hui membre du Conseil national de transition (CNT) au Mali et réputé proche du chef de la junte Assimi Goïta, aura passé un peu plus de sept mois à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).
Son élargissement a été annoncé par son avocat, Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre malien de la Justice. Selon ce dernier, la libération résulte d’un décret de grâce présidentielle pris par les autorités ivoiriennes, rendant sans objet l’appel que son client envisageait d’introduire contre la décision de première instance. Dans un message publié sur le réseau X, l’avocat a décrit un homme « en forme, lucide et profondément soulagé » de voir s’achever une séquence judiciaire particulièrement éprouvante, tout en remerciant ceux qui se sont mobilisés en sa faveur.
L’affaire remonte au 2 juillet, date à laquelle Mamadou Hawa Gassama avait été interpellé à l’aéroport d’Abidjan, alors qu’il s’apprêtait à regagner Bamako après un séjour familial en Côte d’Ivoire. Placé en garde à vue puis entendu par la Direction de la surveillance du territoire (DST), il avait été inculpé pour « offense au chef de l’État » avant d’être placé en détention provisoire à la Maca. Le 30 janvier, la justice ivoirienne l’avait condamné à trois ans d’emprisonnement, une décision qui avait immédiatement suscité des réactions au Mali.
Âgé de 67 ans, l’ancien parlementaire s’était distingué ces dernières années par ses prises de position tranchées et son ton direct. Dans le cadre de sa défense, il avait adressé dès le 10 juillet un courrier au président ivoirien pour exprimer ses « plus sincères regrets » et présenter ses excuses. Il y saluait une personnalité qu’il disait « admirer et respecter pour son dévouement et son engagement ». Selon des sources concordantes, ces démarches, ajoutées aux arguments liés à son âge et à son état, ont pesé dans la décision de lui accorder la grâce.
Cette libération intervient dans un contexte diplomatique marqué par des tensions récentes entre Bamako et Abidjan. L’arrestation, en juillet 2022, de soldats ivoiriens au Mali, puis leur condamnation à vingt ans de prison par la justice malienne, avaient provoqué une crise ouverte entre les deux États. En janvier 2023, Assimi Goïta avait finalement accordé une grâce présidentielle à ces militaires, un geste interprété comme un signal d’apaisement. La décision ivoirienne en faveur de Mamadou Hawa Gassama apparaît aujourd’hui comme un nouvel épisode de cette dynamique de décrispation progressive.
Si l’ancien député malien recouvre ainsi la liberté, sa situation n’est pas totalement purgée. Il reste notamment frappé d’une interdiction de séjour en Côte d’Ivoire pour une durée de trois ans. Une restriction qui limite ses déplacements, mais qui n’efface pas la portée politique de sa libération, à la croisée des trajectoires personnelles et des équilibres diplomatiques entre les deux capitales.
Jean Chresus, Abidjan
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