Côte d'Ivoire : Village de Modeste, les populations dénoncent la spoliation de leurs terres et interpellent le Conseil d'Etat
Le village de Modeste, situé sur l’axe stratégique Abidjan–Grand-Bassam, a été le théâtre d’une vive mobilisation populaire dans la matinée du samedi 14 février 2026. Exaspérées par ce qu’elles qualifient d’actes répétés de spoliation foncière, les populations ont investi la voie internationale à travers une marche de protestation pour exprimer leur ras-le-bol et alerter l’opinion publique nationale et internationale.
Partis de la place principale du village, les manifestants ont convergé vers la chefferie dans une marche rythmée par des slogans sans équivoque : « Modeste n’est pas à vendre », « Modeste n’est pas Moossou », « Modeste est un village à part entière » ou encore « Modeste ne dépend pas de Moossou, notre village n'est pas à vendre ».
À travers ces messages, les forces vives du village entendaient réaffirmer l’autonomie territoriale et administrative de Modeste, tout en dénonçant les agissements qu’elles attribuent au roi de Moossou, Nanan Kangah Assoumou. Celui-ci est accusé par les protestataires de multiplier les démarches, y compris judiciaires, pour s’approprier des parcelles situées sur le territoire de Modeste.
Au terme de la marche, une conférence de presse a été animée par Joseph Gnohan, notable à la chefferie et vice-président de la commission foncière du village. Visiblement affecté, il a dressé le tableau d’une situation qu’il juge préoccupante pour la cohésion sociale.
« C’est avec un cœur meurtri que la communauté villageoise de Modeste, dans toute sa composante, a décidé ce jour de faire entendre sa voix », a-t-il déclaré d’entrée, évoquant un sentiment généralisé d’injustice et d’impuissance.
Selon lui, les habitants sont exaspérés par ce qu’ils considèrent comme des manœuvres répétées visant à les déposséder de leurs terres. Il a notamment rappelé que le roi de Moossou et deux de ses collaborateurs ont été condamnés par le Tribunal de Première Instance d’Abidjan, section de Grand-Bassam, pour faux et usage de faux, avant d’être déboutés en appel puis en cassation. Malgré ces décisions, Joseph Gnohan s’interroge sur la persistance de procédures et décisions judiciaires qu’il estime « incompréhensibles » et « juridiquement discutables ». Le projet de lotissement dénommé « Cité Lagunaire » est cité comme l’un des exemples récents illustrant, selon lui, les velléités d’emprise foncière sur les terres de Modeste.
Au-delà des litiges fonciers, la controverse porte également sur le statut administratif du village. Les responsables communautaires affirment que Modeste est un village régulièrement constitué, au même titre que Moossou, en vertu du décret du 25 août 2010.
Ils reprochent au Conseil d'État d’avoir, selon leurs termes, « fait fi des réalités territoriales » en rendant des décisions qui fragiliseraient la gestion du patrimoine foncier local.
Joseph Gnohan appelle ainsi le président du Conseil d’État à prendre la pleine mesure de la situation et à ne pas se laisser influencer par des déclarations qu’il juge trompeuses. « Que le président du Conseil d’État se soucie de la souffrance des propriétaires terriens de Modeste qui sont, chaque jour que Dieu fait, dépossédés de leurs parcelles », a-t-il plaidé.
Face à l’escalade des tensions, la communauté villageoise en appelle désormais à l’intervention des plus hautes autorités du pays. Les populations sollicitent la clémence et l’arbitrage du Président de la République, du Premier ministre ainsi que du ministre de la Justice, afin de mettre un terme définitif aux litiges et prévenir une détérioration du climat social.
Pour les habitants de Modeste, l’enjeu dépasse la simple question foncière : il s’agit de préserver leur identité, leur autonomie et la paix sociale dans une zone stratégique en pleine expansion urbaine.
Alors que les tensions restent vives, la chefferie de Modeste espère qu’un dialogue institutionnel transparent permettra d’apaiser les esprits et de garantir une gestion équitable et durable du patrimoine foncier local.
Wassimagnon
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