Côte d'Ivoire Economie
 
Cliquez pour agrandir l'image  
Côte d'Ivoire : L'or brun sous pression, la décision du Ghana de baisser le prix à la production de 30℅ menace t-elle l'équilibre du cacao ivoirien ?
 

Côte d'Ivoire : L'or brun sous pression, la décision du Ghana de baisser le prix à la production de 30℅ menace t-elle l'équilibre du cacao ivoirien ?

 
 
 
 268 Vues
 
  0 Commentaire(s)
 
 Il y a 1 heure
 
 
 
 
 
© Koaci.com - lundi 16 février 2026 - 23:26

Image d'illustration



Le marché mondial du cacao, longtemps porté par des prix exceptionnellement élevés, bascule désormais dans une phase inverse brutale. Après avoir atteint des sommets historiques, les cours ont chuté en quelques mois, plongeant les deux grandes puissances cacaoyères d’Afrique de l’Ouest dans une zone d’incertitude. Au Ghana, deuxième producteur mondial, la réaction a été immédiate et spectaculaire : le gouvernement a abaissé d’environ 30 % le prix payé aux planteurs, le faisant passer de 2 635 000 FCFA à 1 850 000 FCFA la tonne. Pour les autorités ghanéennes, il s’agit d’un ajustement nécessaire afin d’éviter l’asphyxie financière de la filière.


Cette décision intervient alors que les prix internationaux ont presque été divisés par deux. La tonne, qui dépassait encore 6 250 000 FCFA fin 2024, est tombée à environ 3 500 000 FCFA en octobre 2025 avant de s’établir autour de 2 050 000 FCFA aujourd’hui. Cette chute a bouleversé l’économie du cacao, fondée sur des engagements contractuels pris lorsque les cours étaient élevés. Résultat : des stocks invendus, des contrats difficiles à honorer et une trésorerie sous tension pour l’organisme public ghanéen chargé de la commercialisation, incapable de payer correctement les récoltes.


Le cacao reste pourtant vital pour l’économie du Ghana. Il représente près de 10 % du produit intérieur brut et fait vivre environ un million de personnes. Mais l’effondrement des cours expose la fragilité d’un modèle fortement dépendant du marché mondial et du financement par anticipation des récoltes. En abaissant le prix bord-champ, Accra cherche avant tout à injecter rapidement des liquidités dans la chaîne et à aligner la production sur la réalité du marché.


Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, cette décision n’est pas une simple affaire intérieure ghanéenne. Les deux pays fonctionnent comme un duopole : leurs politiques influencent directement les acheteurs internationaux. Lorsque le Ghana réduit fortement son prix, les négociants et industriels disposent d’un argument immédiat pour refuser de payer plus cher les fèves ivoiriennes. L’écart de prix devient difficilement tenable dans un marché globalisé où les multinationales arbitrent en permanence entre origines.


 

La conséquence la plus probable est donc une pression à la baisse sur le prix bord-champ ivoirien. Même si Abidjan tente de maintenir un revenu stable aux producteurs, la compétitivité extérieure impose ses limites. Si la Côte d’Ivoire paye significativement plus que son voisin, elle risque soit de perdre des parts de marché, soit de vendre à perte. À l’inverse, une réduction du prix toucherait directement des centaines de milliers de planteurs et les revenus ruraux.


L’effet peut aussi être indirect mais tout aussi sensible : les recettes publiques. Le cacao constitue l’une des principales sources de devises du pays. Une baisse durable des cours, combinée à un alignement régional des prix, réduirait les entrées fiscales et pèserait sur l’équilibre budgétaire. Les marges de manœuvre pour financer les infrastructures rurales, les programmes agricoles et même certaines politiques sociales pourraient s’en trouver restreintes.


La situation met également en lumière une faiblesse structurelle commune aux deux géants du cacao : la dépendance à l’exportation de fèves brutes. Lorsque les prix montent, les revenus suivent. Lorsqu’ils chutent, toute l’économie vacille. La transformation locale, souvent présentée comme la solution, redevient une urgence stratégique. Plus un pays transforme sur place, plus il amortit les chocs internationaux en captant une part de la valeur du chocolat, beaucoup moins volatile que celle de la matière première.


Enfin, la décision ghanéenne risque d’alimenter un autre phénomène surveillé de près : les flux transfrontaliers de fèves. Historiquement, les écarts de prix entre les deux pays ont favorisé la contrebande dans un sens ou dans l’autre. Si les prix ivoiriens restent plus élevés, une partie de la production pourrait traverser la frontière vers la Côte d’Ivoire ; s’ils baissent à leur tour, le mouvement pourrait s’inverser. Dans tous les cas, cela complique la régulation du marché et la planification des ventes.


Ainsi, la baisse du prix au Ghana agit comme un signal d’alerte pour Abidjan. Elle révèle la fin d’un cycle de prix exceptionnellement hauts et ouvre une période d’ajustements difficiles. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la simple fixation d’un prix : il s’agit de préserver les revenus agricoles, maintenir la compétitivité à l’exportation et accélérer la mutation industrielle de toute la filière. Dans ce nouvel environnement, chaque décision pèsera non seulement sur les planteurs, mais aussi sur l’équilibre économique national.


 



Jean Chresus, Abidjan


 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
RESTEZ CONNECTÉ
 
En téléchargeant l'application KOACI.
  
 
 

SONDAGE

 
 
 
 
 
 
 
  0 Commentaire(s)
Côte d'Ivoire : L'or brun sous pression, la décision du Ghana de baisser le prix à la production de 30℅ menace t-elle l'équilibre du cacao ivoirien ?
 
 
Veuillez vous connecter pour commenter ce contenu.
 
Votre avis nous intéresse.
 
 
 
Soyez le premier à commenter cet article
 
 
 
 
 
Divertissements
 
 
 
 
Réseaux sociaux
 
+164k
+110,7k
 
Pays
 
 
 
 
Télécharger l'application KOACI
 
   
NOUS CONTACTER
 
contact@koaci.com
koaci@yahoo.fr
+225 07 08 85 52 93
 
 
NEWSLETTER
 
Restez connecté via notre newsletter