Côte d'Ivoire : Daloa, le père, le “rituel”, l'inceste et l'horreur, l'histoire d'une famille brisée par l'impensable
Cours d'appel de Daloa (Ph Koaci)
Une affaire d’une gravité exceptionnelle, mêlant inceste, manipulation psychologique et meurtre d’enfant, a connu son dénouement après plusieurs années de procédure judiciaire. Les faits, qui remontent à 2010, impliquent un père, son épouse et la sœur de cette dernière, tous reconnus coupables à des degrés divers.
À l’origine du dossier, un crime familial construit autour d’une croyance troublante. Le principal accusé aurait persuadé sa femme qu’un rituel impliquant leur propre fille permettrait au couple d’accéder à la richesse. Sous cette influence, la mère aurait participé activement à soumettre l’adolescente, âgée de seulement 13 ans au moment des faits. Pour lever les réticences de l’enfant, le père lui aurait fait croire qu’il n’était pas son géniteur.
La jeune fille, sous pression et manipulée, finit par céder. Les abus se prolongent sur plusieurs années et donnent naissance à deux enfants issus de cette relation incestueuse. La situation bascule lorsqu’elle entreprend des démarches administratives pour établir une pièce d’identité. En consultant son extrait de naissance, elle découvre que l’homme est bel et bien son père biologique. Cette révélation agit comme un choc brutal. Elle quitte alors le domicile familial, laissant ses enfants derrière elle.
Après son départ, les faits prennent une tournure encore plus dramatique. Le père, convaincu que leur premier enfant est à l’origine de l’échec du rituel censé les enrichir, le désigne comme un « sorcier ». Avec l’accord de son épouse, il décide de le tuer. Il commence par lui administrer un herbicide, avant de constater que le poison agit trop lentement. Il finit alors par l’immerger dans une barrique d’eau jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le corps de l’enfant est ensuite enterré dans la cour familiale.
Dans ce climat déjà marqué par la violence, l’homme exprime par la suite le souhait de prendre une seconde épouse. Sa femme accepte et sollicite sa propre sœur cadette, qui accepte d’intégrer le foyer. De cette nouvelle union naîtront également deux enfants.
L’affaire refait surface lorsque la jeune femme revient au domicile familial pour rendre visite à ses enfants. Constatant l’absence de son fils aîné, elle interroge ses parents, qui lui fournissent des réponses confuses. C’est finalement son second enfant qui lui révèle la vérité, indiquant que son frère a été tué par leur grand-père et montrant l’endroit où il aurait été enterré.
Sous le choc, elle décide de porter plainte. L’enquête permet de mettre au jour l’ensemble des faits et conduit à l’arrestation du père, de son épouse et de la belle-sœur. Lors du premier procès, le couple est condamné à sept ans de prison ferme. Refusant cette décision, ils interjettent appel.
Plusieurs années plus tard, la Cour d’appel de Daloa se saisit du dossier. À l’issue des audiences, marquées par des témoignages accablants et des révélations particulièrement troublantes, la juridiction décide d’alourdir la peine du principal accusé, qui est condamné à dix ans de prison ferme. Son épouse et sa belle-sœur sont reconnues coupables de complicité et condamnées chacune à sept ans d’emprisonnement.
Les trois condamnés purgent actuellement leur peine à la maison d’arrêt et de correction de Daloa. Cette affaire, qui a profondément choqué l’opinion publique, illustre des dérives familiales extrêmes où se mêlent emprise mentale, croyances destructrices et violence criminelle.
Jean Chresus, Abidjan
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