Afrique : Diplomatie en ligne, le togolais Donis Ayivi évoque des imprudences de dirigeants sur des plateformes numériques
Donis Ayivi et une réunion virtuelle des dirigeants de la CEDEAO (ph)
La technologie et ses avancées ont contribué ces dernières années à faciliter la tenue effectives de grandes réunions comme des sommets d’urgence, des consultations politiques et des réunions stratégiques à distance dans la sous-région ouest africaine et au-delà en Afrique.
Au-delà de ces avancées et singulièrement celle du Zoom, une plateforme de collaboration qui propose des services de vidéoconférence, de réunions virtuelles, de chat instantané, de webinaires, et d'autres services destinés à la communication à distance et au travail d'équipe, il convient de s’interroger sur les rencontres qui concernent des sujets diplomatiques et des réunions étatiques sensibles.
Pour mieux cerner ce sujet d’actualités, Donis Ayivi, Politiste et consultant en stratégie et communication au Togo, a abordé dans une tribune des préoccupations qui portant sur l’usage des plateformes numériques pour des réunions à distance, notamment, par des dirigeants ouest-africains.
S’agissant de l’idée de débattre des crises régionales sur des plateformes technologiques contrôlées hors d’Afrique, Ayivi marque son désaccord. Il s’étonne d’autant plus que, dans les coulisses de la diplomatie ouest-africaine, certaines décisions capables de bouleverser l’équilibre politique d’une région ne se prennent plus uniquement autour des tables de conférence à Abuja, Accra ou Lomé, mais aussi, désormais, derrière des écrans d’ordinateur.
Imprudences et dépendances
En ce qui concerne l’option pour le Zoom depuis la survenue de la pandémie de COVID-19, le Politiste et consultant togolais a souligné que des chefs d’institutions et chefs d’État africains se connectent depuis leurs bureaux et discutent d’importants sujets.
Sur les teneurs de ces discussions, le consultant Ayivi s’est interrogé en termes « peut-on réellement débattre de sanctions régionales, de crises politiques ou de sécurité militaire sur une infrastructure technologique dont l’architecture échappe au contrôle des États africains ? » avant de faire noter qu’« On en est tous conscients qu’aucun État africain ne contrôle cet outil numérique… ».
Malgré cette réalité évidente, les réunions virtuelles se sont imposées comme un outil diplomatique courant. Les dirigeants ont pris l’habitude d’échanger rapidement à distance, sans attendre l’organisation d’un sommet physique, souvent lourd à mettre en place et particulièrement contraignant pour des agendas déjà très chargés. Le choix virtuel restait l’option pratique et rapide.
Espaces numériques incontrôlées
A propos du contrôle numérique qui échappe aux Etats africains, Ayivi a fait cas des réunions de la CEDEAO qui se sont tenues en urgence après les trois coups d’Etat militaire survenus dans la région dont le premier en août 2020 au Mali, le second en janvier 2022 au Burkina Faso et le troisième en juillet 2023 au Niger.
Ces réunions, qui ont porté sur des décisions susceptibles de redessiner l’équilibre politique et sécuritaire de toute l’Afrique de l’Ouest, ont parfois été discutées dans des espaces numériques dont les infrastructures techniques échappent totalement au contrôle de ceux qui y recourent avec une étonnante désinvolture, en mieux sans toujours mesurer les enjeux de souveraineté qu’il implique.
L’usage d’une plateforme de visioconférence renvoie à un enjeu beaucoup plus profond, celui de la souveraineté numérique des institutions africaines. Derrière les outils numériques utilisés quotidiennement par les gouvernements et les organisations régionales se joue en réalité une bataille géopolitique mondiale autour du contrôle des infrastructures technologiques et des données.
Au regard de la volonté qu’expriment les grandes puissances pour contrôler leurs espaces numériques, il est désormais clair que les plateformes numériques et les centres de données disposent d’un avantage considérable dans l’accès à l’information et dans la capacité d’influence politique.
Dépendance, espionnage numériques
Pour une organisation régionale comme la CEDEAO, qui traite régulièrement de questions sensibles liées aux crises politiques, aux sanctions économiques ou à la coopération sécuritaire, le consultant Ayivi a estimé que cette dépendance soulève des interrogations majeures. La question n’est plus simplement de savoir quelle plateforme est la plus pratique pour organiser une réunion virtuelle entre chefs d’État. La véritable interrogation est stratégique : qui contrôle l’espace numérique dans lequel ces conversations ont lieu ?
Pour les organisations régionales africaines, qu’il s’agisse de la CEDEAO, de l’Union africaine ou d’autres institutions continentales, cette interrogation devient particulièrement cruciale lorsqu’il s’agit de discussions portant sur la sécurité régionale, les sanctions politiques ou les médiations diplomatiques. Après avoir indiqué que la souveraineté ne se limite plus aux frontières territoriales, il a mis l’accent sur le fait qu’elle s’étend désormais aux réseaux, aux données et aux infrastructures numériques qui structurent les échanges politiques et économiques.
Penser que les communications entre dirigeants échappent à l’intérêt des services de renseignement serait une erreur d’appréciation. L’histoire récente montre au contraire que les échanges entre responsables politiques constituent l’une des cibles privilégiées du renseignement mondial.
En somme, le Politiste et consultant en stratégie et communication, Donis Ayivi, a estimé qu’organiser des réunions stratégiques sur des plateformes numériques commerciales revient à une véritable mise à nu à ciel ouvert. Même lorsque les contenus sont chiffrés, les métadonnées – ces informations périphériques qui indiquent qui participe à une réunion, à quel moment et pendant combien de temps – peuvent fournir des indices précieux sur les dynamiques politiques en cours.
Savoir quels dirigeants se consultent, à quelle fréquence et dans quel contexte peut parfois suffire à reconstituer les contours d’une stratégie diplomatique. Dans l’univers du renseignement, ces informations sont parfois aussi importantes que le contenu même des conversations. »
Mensah,
Correspondant permanent de KOACI au Ghana, Togo et Nigeria
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