Côte d'Ivoire : Crise du cacao, le SYNAPCI menace : « Aucun kg ne sera acheminé vers Abidjan tant que les stocks ne seront pas intégralement achetés au prix de 2 800 F CFA/kg »
La tension monte d’un cran dans la filière café-cacao en Côte d’Ivoire. Réunis en grand nombre au centre culturel catholique de Duékoué, des milliers de producteurs ont répondu à l’appel du SYNAPCI. Au cœur de cette mobilisation, un ultimatum sans équivoque adressé aux gestionnaires du secteur.
Depuis plusieurs jours, le syndicat multiplie les rassemblements dans l’Ouest du pays, notamment à Méo, dans le département de Toulépleu. Objectif affiché : dénoncer la chute brutale du prix du cacao et les difficultés persistantes liées à l’enlèvement des stocks.
Face à une foule acquise à sa cause, le président du SYNAPCI, Koné Moussa, a dressé un constat alarmant. Tout en saluant les efforts du chef de l’État, Alassane Ouattara, il a vivement critiqué la gestion actuelle de la filière, qu’il juge incohérente et pénalisante pour les producteurs.
« Le cacao a été vendu par anticipation, les fonds ont été perçus, mais les producteurs conservent toujours leurs fèves. À qui ce cacao a-t-il été vendu ? Pourquoi refuse-t-on de venir le récupérer ? », s’est-il interrogé, sous les acclamations.
Le syndicat, qui revendique près de 868 000 membres, pointe du doigt un dysfonctionnement majeur du système de stabilisation des prix, notamment dans la gestion du fonds estimé à 170 milliards de francs CFA. Pour ses responsables, les planteurs sont aujourd’hui les premières victimes d’un mécanisme censé pourtant sécuriser leurs revenus.
Malgré l’annonce par le gouvernement d’un décaissement de 291 milliards de francs CFA pour faciliter l’enlèvement des stocks au prix de 2 800 F CFA/kg, le SYNAPCI dénonce des contradictions avec les chiffres du Conseil Café-Cacao, qui évoque 280 milliards, ainsi que la persistance du blocage sur le terrain.
Mais c’est surtout la menace formulée par le syndicat qui cristallise les inquiétudes. Dans un ton ferme, Koné Moussa a annoncé un mot d’ordre clair : "Aucun kilogramme de cacao ne sera acheminé vers Abidjan tant que les stocks ne seront pas intégralement achetés au prix de 2 800 F CFA/kg".
Une décision qui pourrait désorganiser durablement l’approvisionnement de la filière, pilier de l’économie nationale.
« Nous ne sommes pas des esclaves. Si rien n’est fait, le cacao restera dans les villages », a-t-il martelé, appelant les producteurs à maintenir la pression.
Plusieurs témoignages illustrent la détresse sociale grandissante. Saye Evariste, planteur, dénonce une marginalisation persistante des agriculteurs, tandis que Siesson André Séraphine, productrice veuve, s’inquiète pour l’avenir de ses enfants face à la chute du prix du cacao de 2 800 F à 1 200 F CFA/kg.
Malgré la radicalité de la position, le SYNAPCI affirme privilégier une démarche pacifique et se dit ouvert au dialogue avec les autorités. Toutefois, la défiance envers les gestionnaires du secteur est désormais totale.
À Duékoué, la démonstration de force des producteurs marque un tournant. Entre détermination et exaspération, ces derniers semblent prêts à engager un véritable bras de fer. En l’absence de réponse rapide et concrète, la menace d’un blocus vers Abidjan pourrait rapidement devenir réalité, avec des répercussions majeures pour toute l’économie ivoirienne.
Wassimagnon
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