Côte d'Ivoire : Transport routier, le patronat du transport terrestre alerte sur la concurrence jugée déloyale d'acteurs non agréés
Le secteur du transport terrestre en Côte d’Ivoire traverse une zone de turbulence silencieuse. Derrière des discussions institutionnelles en apparence techniques, un malaise profond s’installe entre les autorités publiques et les acteurs privés, sur fond de rivalités économiques et de craintes liées à la concurrence étrangère.
Depuis plusieurs semaines, des concertations se multiplient entre le ministère des Transports et les organisations professionnelles du secteur, notamment celles regroupées au sein de Association Patronale des Entreprises de Transport Terrestre de Côte d’Ivoire (APETT-CI). Officiellement, ces échanges portent sur l’encadrement du marché et les conditions d’attribution des autorisations de transport. Mais en réalité, ils traduisent une inquiétude grandissante chez les opérateurs locaux.
De nombreux transporteurs ivoiriens dénoncent l’expansion progressive de compagnies étrangères, qu’ils accusent de s’imposer sur des lignes nationales ou régionales déjà exploitées. Selon eux, ces entreprises disposent de moyens financiers et logistiques supérieurs, ce qui leur permet de proposer des services plus compétitifs et d’affaiblir les structures locales. Certaines sociétés ivoiriennes, y compris parmi les plus établies, peineraient désormais à maintenir leur équilibre économique.
Au cœur des critiques figure également la manière dont certaines entreprises étrangères parviendraient à contourner la réglementation. Des acteurs du secteur évoquent des montages consistant à utiliser des prête-noms ivoiriens pour obtenir des autorisations d’exploitation, donnant ainsi l’apparence d’entreprises locales tout en étant contrôlées depuis l’étranger. Une pratique jugée préoccupante, car elle brouille les repères et complique le travail de régulation.
Face à cette situation, plusieurs professionnels plaident pour des mesures de protection temporaires. Parmi les propositions avancées figure la suspension, pendant plusieurs années, de certaines autorisations, notamment celles liées aux services de télétransport. L’objectif serait de permettre aux entreprises nationales de se consolider avant de faire face à une concurrence jugée aujourd’hui déséquilibrée.
Dans ce contexte, le rôle du Haut Conseil du Patronat des Entreprises de Transport Routier apparaît central. Son directeur général, Diaby Ibrahim, participe activement aux discussions avec les autorités, même s’il reste discret publiquement, préférant laisser la porte ouverte à une issue négociée. Du côté des organisations professionnelles, la prudence est également de mise, certains responsables estimant ne pas pouvoir s’exprimer sans mandat formel.
Par ailleurs, certaines entreprises citées dans les échanges, comme SONEF, n’ont pas souhaité réagir publiquement, alimentant davantage les spéculations autour du dossier.
Au-delà des tensions actuelles, la situation met en lumière un défi plus large : celui de concilier ouverture économique et protection des acteurs nationaux. Dans un espace régional marqué par la libre circulation des biens et des services, la question de l’équilibre entre compétitivité et souveraineté économique se pose avec acuité. Pour les transporteurs ivoiriens, l’enjeu est clair : éviter une marginalisation progressive dans un secteur clé pour l’économie nationale.
Jean Chresus, Abidjan
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