Côte d'Ivoire : Plombée par plus de 7 milliards FCFA d'impayés, l'Etat et la HACA cherchent un nouveau souffle économique pour la TNT
À Grand-Bassam, les acteurs de l’audiovisuel ivoirien ont dressé le bilan de la Télévision numérique terrestre. Malgré des avancées majeures en matière de couverture et de pénétration, le modèle économique de la TNT apparaît fragilisé par des impayés massifs et le retrait des opérateurs de bouquets payants.
Réunis les 15 et 16 mai 2026 à Grand-Bassam, à l’hôtel Le Suprême, les principaux acteurs du paysage audiovisuel ivoirien ont engagé une réflexion de fond sur l’avenir de la Télévision numérique terrestre (TNT) en Côte d’Ivoire. Organisé autour du thème « Bilan et perspectives de la TNT en Côte d’Ivoire dans un environnement audiovisuel équilibré », cet atelier initié par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), en collaboration avec la Société ivoirienne de télédiffusion (IDT), a permis de mettre en lumière les acquis de la migration numérique, mais aussi les fragilités structurelles qui menacent la viabilité du secteur.
Dans son discours d’ouverture, le président de la HACA, René Bourgoin, a salué les progrès enregistrés depuis l’adoption de la stratégie nationale de migration vers la TNT en 2012. Il a rappelé que l’extinction du signal analogique en octobre 2022 a marqué « l’avènement d’une nouvelle ère pour le paysage audiovisuel ivoirien ».
Selon lui, les résultats obtenus sont significatifs : amélioration de la qualité de diffusion, diversification des programmes, consolidation progressive de l’organisation du secteur et couverture de plus de 95 % du territoire national. Le président de la HACA a également souligné la forte progression du taux de pénétration de la TNT, passé de 11,5 % en 2022 à 54 % en 2025.
« L’information est devenue un bien stratégique. Disposer d’un système de diffusion fiable, accessible et performant n’est plus une option, c’est une exigence », a insisté René Bourgoin, appelant à une réflexion collective pour adapter la TNT aux mutations rapides des usages audiovisuels.
Si les performances techniques de la TNT ont été saluées, les préoccupations économiques ont dominé les échanges. Représentant le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, empêché, son conseiller technique Goore Bi Hué a livré un diagnostic sans détour sur la situation financière de l’écosystème.
Le représentant du ministre a rappelé que la TNT ivoirienne compte aujourd’hui sept chaînes nationales, dont trois publiques à savoir RTI 1, RTI 2 et La3 et quatre privées que sont NCI, Life TV, 7 Info et A+ Ivoire. Une dynamique qui, selon lui, contribue au rayonnement culturel et médiatique de la Côte d’Ivoire.
Mais derrière cette vitalité apparente, le modèle économique montre de sérieuses limites. Le système actuel repose essentiellement sur le paiement des droits de diffusion par les éditeurs de chaînes gratuites. Or, six chaînes sur sept ne s’acquittent pas de leurs redevances annuelles, fixées à 150 millions de francs CFA hors taxes par chaîne.
À cette situation s’ajoute le retrait des opérateurs de bouquets payants Startimes et Télénum de la plateforme TNT, privant l’IDT d’un manque à gagner annuel estimé à 1,620 milliard de francs CFA.
Conséquence : le stock global des créances accumulées entre 2020 et 2026 atteint désormais 7,08 milliards de francs CFA. Une situation qui fragilise considérablement les capacités d’exploitation et de maintenance du réseau TNT par l’IDT.
Face à ces difficultés, les autorités ivoiriennes entendent engager une réforme du modèle économique de la TNT. Le ministre de la Communication, à travers son représentant, a appelé à « un examen approfondi du modèle actuel » afin de garantir la pérennité du système audiovisuel national.
Plusieurs pistes ont été évoquées durant les travaux, notamment le développement de nouveaux services sur le segment des communications électroniques, l'amélioration de l’efficacité opérationnelle de l’IDT, la sécurisation juridique du patrimoine de diffusion de l’État, ou encore l'intégration des chaînes TNT à une plateforme nationale OTT (Over The Top).
Le gouvernement envisage également l’exploitation des multiplex 2 et 3, l’extension de la couverture aux zones blanches représentant encore 4 % du territoire, ainsi que l’intégration de nouvelles chaînes internationales au bouquet TNT, afin d’élargir l’offre audiovisuelle.
Dans un contexte marqué par l’essor des plateformes numériques et l’évolution des habitudes de consommation des contenus, notamment chez les jeunes, René Bourgoin a insisté sur la nécessité « d’anticiper les évolutions et de faire preuve d’innovation ».
Pour le président de la HACA, la TNT ne doit pas être perçue uniquement comme un outil technique de diffusion, mais comme « un instrument au service du développement, un vecteur d’inclusion et un espace d’expression de la diversité culturelle ».
Au-delà des considérations techniques et financières, les différents intervenants ont souligné les enjeux stratégiques liés à la maîtrise de l’espace audiovisuel national. Dans un environnement médiatique de plus en plus concurrentiel et dominé par les plateformes numériques mondiales, la consolidation de la TNT apparaît comme un levier de souveraineté informationnelle et culturelle.
Les conclusions de cet atelier sont désormais attendues comme une étape décisive dans la redéfinition de l’avenir audiovisuel ivoirien.
Wassimagnon
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