Côte d'Ivoire : L'INTERPRu veut faire de l'élevage local un levier clé de souveraineté alimentaire
« La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit par des politiques cohérentes, des investissements structurants, l’organisation des filières, la formation et la solidarité entre les acteurs. »
C’est par cet appel fort que la présidente du comité d’organisation, Mme Louvel Yao N’Dri, a marqué l’ouverture du premier panel d’échanges organisé par l’Organisation Interprofessionnelle Agricole des Ruminants de Côte d’Ivoire (INTERPRu), ce jeudi 21 juin 2026 à l’Université Nangui Abrogoua.
Placée sous le thème « Développement inclusif de l’élevage local pour une souveraineté alimentaire durable », la rencontre a réuni chercheurs, éleveurs, vétérinaires, étudiants, représentants institutionnels et organisations professionnelles autour des défis liés à la filière des petits ruminants en Côte d’Ivoire.
Dans son allocution, Mme Louvel Yao N’Dri a insisté sur l’urgence de moderniser l’élevage local afin de réduire la dépendance du pays aux importations de viande. Selon elle, la Côte d’Ivoire dispose pourtant d’importants atouts : des terres disponibles, des compétences techniques, une jeunesse dynamique, des chercheurs qualifiés et un marché en forte croissance.
« L’élevage local ne doit plus être considéré comme une activité secondaire. Il doit devenir un véritable levier stratégique de transformation économique », a-t-elle soutenu.
Elle a également souligné que le secteur représente une importante chaîne de valeur intégrant l’alimentation animale, la santé vétérinaire, le transport, la transformation, la commercialisation, la recherche et les technologies numériques.
Pour la présidente du comité d’organisation, le développement de la filière passe nécessairement par une forte implication des jeunes et des femmes.
« Nous devons donner envie aux jeunes de croire à l’élevage moderne et leur montrer qu’il peut être innovant, rentable et porteur d’avenir », a-t-elle déclaré.
Elle a aussi salué le rôle essentiel des femmes dans les activités de transformation, de commercialisation et de gestion communautaire, estimant qu’aucun développement inclusif ne peut être envisagé sans leur pleine participation.
Les échanges ont permis de mettre en lumière une réalité préoccupante : malgré son potentiel agricole et humain, la Côte d’Ivoire couvre encore plus de 50 % de sa consommation nationale de viande grâce aux importations.
Le Professeur Karamoko Yahaya, vice-président de l’Université Nangui Abrogoua chargé de la recherche, a qualifié cette situation de défi structurel.
« Même sans cet immense potentiel naturel, nous pourrions espérer voir la Côte d’Ivoire exporter des petits ruminants », a-t-il affirmé.
Représentant le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, le Dr vétérinaire Kanga Kouassi a rappelé que l’élevage local constitue désormais une priorité stratégique, notamment à l’approche de la Tabaski.
Il a salué la reconnaissance officielle de l’INTERPRu, obtenue le 12 mars 2025, comme une avancée majeure dans la structuration de la filière.
L’organisation ambitionne de couvrir 70 % des besoins nationaux en protéines d’origine caprine et ovine d’ici à 2030, dans le respect des normes internationales de qualité.
Son président, le Général Gaoussou Soumahoro, a réaffirmé la volonté de l’INTERPRu de « structurer, organiser, moderniser et développer durablement » la filière des petits ruminants.
Le directeur scientifique du panel, le Professeur Kimsé Moussa, a insisté sur la nécessité d’intégrer pleinement la recherche scientifique au développement de l’élevage.
« Vous ne pouvez pas faire fonctionner un système à trois pieds en en cassant un », a-t-il illustré, évoquant l’importance de la collaboration entre chercheurs, administration et producteurs.
Les experts ont également plaidé pour une modernisation des pratiques d’élevage. Le Professeur Tuo a notamment recommandé le passage à un modèle plus moderne basé sur la stabulation, la production fourragère planifiée et l’amélioration génétique.
Le Dr Komara Moussa a, quant à lui, rappelé que la dépendance actuelle de la Côte d’Ivoire aux importations de bétail trouve son origine dans l’organisation économique héritée de l’époque coloniale.
À travers cette initiative, l’INTERPRu souhaite instaurer un cadre permanent d’échanges et de coopération entre universités, institutions publiques, chercheurs et professionnels du secteur.
Pour les participants, la Côte d’Ivoire possède les ressources nécessaires pour bâtir une filière d’élevage performante, capable de répondre durablement aux besoins nationaux et, à terme, de conquérir les marchés régionaux.
Wassimagnon
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