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Côte d'Ivoire : Yopougon, au cœur d'une commune qui étouffe sous les déchets et s'enfonce dans les nids-de-poule
 

Côte d'Ivoire : Yopougon, au cœur d'une commune qui étouffe sous les déchets et s'enfonce dans les nids-de-poule

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 01 juin 2026 - 13:22

Des ordures dans les rues de Yopougon (Ph Koaci)


La scène est presque irréelle. À quelques kilomètres seulement du Plateau, centre économique de la Côte d'Ivoire, existe une commune où les montagnes d'ordures côtoient les routes défoncées, où les populations respirent quotidiennement des odeurs pestilentielles et où les automobilistes affrontent des chaussées transformées en champs de bataille. Cette commune, c'est Yopougon.


La plus grande commune du pays. La plus peuplée. L'une des plus riches en ressources humaines, économiques et culturelles. Mais aussi, aujourd'hui, l'une des plus abandonnées.


Le contraste est brutal.


D'un côté, un budget municipal de plus de 17 milliards de FCFA, adopté avec fierté et présenté comme un budget historique. De l'autre, une réalité qui saute aux yeux dès les premières minutes passées dans plusieurs quartiers de la commune : Yopougon Maroc, Abobodoumé, Kouté, le secteur du Palais de Justice, l'Académie des Mers et plusieurs autres zones visitées présentent les symptômes avancés d'une commune en souffrance.


Le voyage dans la commune des promesses perdues


Notre immersion débute par Yopougon Maroc. Difficile d'imaginer que l'on se trouve dans l'une des principales communes du pays. Les tas d'ordures apparaissent au détour de plusieurs rues. Des déchets ménagers entassés.


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Des sachets plastiques emportés par le vent. Des caniveaux encombrés. Des odeurs persistantes qui agressent les narines.


À certains endroits, les bacs à ordures semblent avoir disparu sous les déchets eux-mêmes. Le constat est identique à Abobodoumé. Les populations vivent à proximité immédiate de dépôts sauvages devenus permanents.


Des enfants jouent parfois à quelques mètres de ces amas d'immondices. Des commerçants exercent leurs activités dans un environnement qui soulève de sérieuses inquiétudes sanitaires.

Et personne ne semble réellement choqué. Comme si l'insalubrité avait fini par devenir un élément du décor.

Comme si l'on s'était progressivement habitué à vivre au milieu des déchets.


 

Dans certains secteurs, il est difficile de comprendre comment ces voies ont pu atteindre un tel niveau de dégradation sans qu'aucune intervention significative ne soit engagée. C'est le cas de la voie du terminus 47 et celle qui mène à Abobodoumé.

À force d'être délaissées, certaines chaussées semblent avoir totalement disparu sous les effets combinés de l'érosion, des pluies et de l'absence d'entretien.


L'Académie des Mers : le supplice quotidien des usagers


Du côté de la cité de l'Académie des Mers, la situation est tout aussi préoccupante.

La circulation est devenue un véritable cauchemar. Des axes fortement fréquentés sont pratiquement impraticables.

Les usagers perdent un temps considérable dans des embouteillages provoqués essentiellement par l'état des routes.


Les chauffeurs de taxi pestent. Les conducteurs de VTC se plaignent. Les riverains n'en peuvent plus.

Et les habitants regardent quotidiennement leurs véhicules subir les conséquences de routes qui semblent abandonnées depuis des années.


Les populations ne demandent pas des miracles. Elles demandent des routes praticables. Des rues propres. Des caniveaux entretenus. Des systèmes de collecte efficaces. Des actions visibles.

Des résultats concrets.


Or, sur le terrain, les populations ont de plus en plus de mal à percevoir l'impact de ces ressources financières sur leur quotidien. Le décalage entre les chiffres annoncés et la réalité vécue est devenu si important qu'il nourrit désormais l'incompréhension et la colère.


ANAGED, ECO EBURNIE : qui répond de cette situation ? Une autre interrogation demeure.

Que fait réellement l'ANAGED ?

L'agence est censée superviser la gestion des déchets et contrôler les opérateurs chargés de la collecte.

Que fait ECO EBURNIE, entreprise chargée de la collecte des ordures dans plusieurs zones de Yopougon ?

Comment expliquer que des montagnes de déchets restent visibles pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines ?


Comment expliquer que des dépôts sauvages continuent de prospérer dans une commune de cette importance ?

Comment expliquer que les populations vivent encore dans un environnement aussi dégradé en 2026 ?

Les habitants attendent des réponses. Mais surtout des solutions. Une catastrophe sanitaire en préparation


L'insalubrité n'est pas seulement un problème esthétique. C'est un problème de santé publique. Les déchets attirent les rongeurs. Les déchets favorisent la prolifération des insectes.

Les eaux stagnantes deviennent des foyers de moustiques. Les odeurs traduisent souvent des phénomènes de décomposition avancée.


Chaque tas d'ordures abandonné est une menace potentielle pour les populations environnantes. Chaque caniveau obstrué constitue un risque supplémentaire.


Et lorsque les pluies s'intensifieront, les conséquences pourraient être encore plus graves. La responsabilité collective

Les autorités ont leur part de responsabilité. Elle est immense.


 

Mais la population n'est pas totalement exempte de reproches. Des citoyens continuent de jeter leurs déchets hors des espaces prévus.

Des dépôts sauvages apparaissent parfois à quelques mètres seulement de points de collecte.

L'incivisme existe. Il faut le reconnaître.

Mais l'incivisme prospère souvent là où le contrôle disparaît. L'incivisme prospère là où les sanctions n'existent plus.

L'incivisme prospère là où les services publics donnent eux-mêmes le sentiment de l'abandon.


Yopougon mérite mieux que cette humiliation


Ce qui frappe le plus au terme de cette immersion n'est pas seulement l'état des routes ou la présence des déchets. C'est le sentiment d'abandon. Le sentiment que plus personne n'est véritablement aux commandes.

Le sentiment que la plus grande commune de Côte d'Ivoire est progressivement en train de s'habituer à l'inacceptable.

Yopougon mérite des routes dignes de ce nom. Yopougon mérite des quartiers propres. Yopougon mérite une gestion rigoureuse. Yopougon mérite des résultats à la hauteur des milliards annoncés.


Car aujourd'hui, une réalité s'impose avec brutalité : À Yopougon, les ordures semblent mieux installées que les solutions.

Et tant que cette situation perdurera, une question continuera de hanter les habitants :


Comment une commune aussi importante, aussi peuplée et aussi dotée financièrement peut-elle offrir un visage aussi dégradé en 2026 ?


Au-delà du seul cas de Yopougon, le problème de l'insalubrité semble aujourd'hui gagner du terrain dans plusieurs communes du District autonome d'Abidjan. D'Adjamé à Abobo, en passant par certains secteurs de Koumassi, Port-Bouët ou encore Bingerville, les scènes de tas d'ordures abandonnés sur les trottoirs, dans les espaces publics ou aux abords des habitations deviennent de plus en plus fréquentes. Cette situation soulève de sérieuses interrogations sur l'efficacité globale de la chaîne de gestion des déchets dans la capitale économique ivoirienne. Car lorsqu'une métropole de plus de six millions d'habitants commence à s'habituer à voir des montagnes d'immondices joncher ses rues, ce n'est plus seulement un problème de salubrité : c'est le symptôme d'un dysfonctionnement collectif qui menace à la fois la santé publique, l'environnement et l'image même d'Abidjan, ville qui aspire pourtant à être une référence moderne en Afrique de l'Ouest




Jean Chresus, Abidjan


 
 
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