Cameroun : 194 femmes assassinées en trois ans, le gouvernement sort du silence
Les chiffres sont là, 50 femmes assassinées en 2023. 67 en 2024. 77 en 2025. Et au seul premier trimestre 2026, les organisations de défense des droits des femmes ont déjà dénombré au moins 26 nouveaux cas. En trois ans, c'est 194 vies fauchées. 194 femmes -enseignantes, commerçantes, fonctionnaires, entrepreneures - dont les noms s'accumulent dans des rapports que la société camerounaise peine encore à regarder en face.
Alors, en ce début du mois de juin 2026, le gouvernement a finalement décidé d'en parler.
Mobilisation
Le ministère de la Communication a accueilli une conférence de presse conjointe réunissant sept institutions : le Mincom, le Minpoff, le Minas, le Minsante, le Minjustice, Dgsn et le Sed. Sept départements autour d'une même table, d'une même tribune, pour une même déclaration. C'est, au moins sur la forme, un signal fort. Le gouvernement reconnaît publiquement l'ampleur du phénomène et affiche une volonté de coordination interministérielle.
Mais pour les associations féministes qui documentent ces violences depuis des années, souvent sans écho, la question est moins de savoir qui s'est réuni, que de savoir pourquoi si tard — et surtout ce qui va changer concrètement.
À l'issue de cette conférence, le gouvernement a promis fermeté et nouvelles mesures de protection des victimes. Les contours précis de ces engagements restent cependant à définir. Or, les défis sont considérables.
Les modes opératoires recensés- coups mortels, étranglements, agressions à l'arme blanche, violences conjugales prolongées -révèlent une réalité systémique. Dans de nombreux cas, les féminicides surviennent dans un contexte précis : une séparation, un refus de relation, une demande de divorce, ou encore une autonomie financière accrue de la femme. Des situations qui, faute de cadre légal adapté, ne déclenchent pas suffisamment tôt les mécanismes de protection.
Détails flous
Car le Cameroun ne dispose toujours pas de loi spécifique sur les féminicides. Cette lacune, régulièrement dénoncée par les associations féministes, les parlementaires engagés sur les questions de genre et plusieurs partenaires internationaux, fragilise à la fois la prévention et la répression. Sans qualification juridique distincte, sans politique publique dédiée, les annonces - aussi sincères soient-elles - risquent de rester sans lendemain.
Ce n'est pas la première fois que les pouvoirs publics camerounais réagissent face à une vague de violences. Ce qui manque, historiquement, c'est la continuité. Une conférence de presse n'est pas une politique. Un communiqué conjoint n'est pas une loi. Et des « mesures de protection » annoncées sans calendrier, sans budget identifié ni mécanisme de suivi, risquent fort de se dissoudre dans la routine administrative.
Entre 2025 et 2026, une vingtaine de cas de violences sur des enfants, incluant des viols et des meurtres, ont également été signalés sur l'ensemble du territoire. Ces drames ont eux aussi nourri l'urgence du moment. Mais l'urgence, par définition, est éphémère. La question est de savoir si cette mobilisation institutionnelle survivra à l'actualité qui l'a provoquée.
Les 194 femmes assassinées entre 2023 et 2025 ne sont pas un bilan statistique. Elles sont un acte d'accusation. Contre une culture qui banalise la violence faite aux femmes. Contre un système judiciaire insuffisamment armé pour la prévenir et la sanctionner. Contre une société qui a trop longtemps regardé ailleurs.
Le gouvernement a promis. Les institutions se sont réunies. La parole officielle a été donnée.
Il reste maintenant à voir si les actes suivront.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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