Côte d'Ivoire : Daloa, une chercheuse ivoirienne révolutionne la conservation alimentaire grâce au Nonnonkoumou
La recherche scientifique ivoirienne vient de franchir une étape importante dans le domaine de la sécurité alimentaire. À l’Université Jean Lorougnon Guédé (UJLoG) de Daloa, DOGOUA Koko Guillaine Jostasie a brillamment soutenu une thèse de doctorat qui ouvre de nouvelles perspectives pour la conservation naturelle des aliments à partir du Nonnonkoumou, un lait fermenté traditionnel largement consommé en Côte d’Ivoire.
Spécialisée en Microbiologie et Biotechnologie des Aliments, la nouvelle docteure a consacré ses travaux à la valorisation des bactéries lactiques probiotiques isolées de ce produit traditionnel. Intitulée « Valorisation des bactéries lactiques probiotiques isolées du Nonnonkoumou pour la bioconservation de jus de fruits tropicaux », sa recherche a été menée sous la codirection du Dr KOUASSI Kouassi Clément de l’UJLoG et du Pr DJENI N’dédé Théodore de l’Université Nangui Abrogoua.
L’étude s’est intéressée aux mécanismes naturels qui permettent au Nonnonkoumou de se conserver plusieurs jours sans réfrigération ni ajout de conservateurs chimiques. Les analyses ont permis d’isoler plusieurs souches de bactéries lactiques présentant des propriétés probiotiques remarquables. Ces microorganismes ont démontré leur capacité à inhiber certaines bactéries pathogènes tout en améliorant la qualité sanitaire des aliments.
Au-delà de leur intérêt pour la santé, ces bactéries ont été testées dans la conservation de jus de mangue et de jus d’ananas, deux produits particulièrement sensibles à l’altération. Les résultats obtenus se sont révélés prometteurs. Les chercheurs ont observé une prolongation significative de la durée de conservation de ces boissons sans recours aux additifs chimiques généralement utilisés dans l’industrie agroalimentaire.
Les essais ont également montré que ces bactéries contribuent à préserver les qualités gustatives des jus tout en renforçant certaines de leurs propriétés nutritionnelles. Les analyses ont notamment révélé une amélioration du pouvoir antioxydant ainsi qu’une augmentation de certains nutriments essentiels.
Pour le président du jury, le Pr AKAFFOU Doffou Sélastique, cette thèse constitue une avancée scientifique majeure. Selon lui, les résultats obtenus démontrent que la Côte d’Ivoire dispose, au sein de son propre patrimoine microbiologique, de ressources capables de remplacer certains conservateurs chimiques et de contribuer à la préservation de la santé des consommateurs.
Le Dr KOUASSI Kouassi Clément souligne que cette recherche est née d’une simple observation du quotidien. Face à la capacité du Nonnonkoumou à se maintenir en bon état durant plusieurs jours malgré l’absence de moyens modernes de conservation, les chercheurs ont cherché à comprendre les mécanismes biologiques à l’œuvre. Cette démarche a permis d’identifier des bactéries susceptibles d’être utilisées comme ferments locaux pour la transformation et la conservation des aliments.
Selon les encadreurs scientifiques, ces travaux pourraient à terme déboucher sur la production de « starters » ivoiriens destinés à la fabrication de yaourts, de boissons fermentées et à la conservation de nombreux produits alimentaires. Une innovation qui contribuerait à réduire la dépendance aux ferments importés et à renforcer la souveraineté technologique du pays.
Très émue à l’issue de sa soutenance, DOGOUA Koko Guillaine Jostasie a salué l’aboutissement de plusieurs années de recherche entre Daloa et Abidjan. Elle a indiqué que ses travaux démontrent que le Nonnonkoumou constitue une source importante de bactéries bénéfiques pouvant être adaptées aux conditions climatiques locales et utilisées pour développer des solutions de conservation naturelles.
La jeune chercheuse nourrit désormais l’ambition de transformer ces résultats scientifiques en applications concrètes au profit des producteurs, des transformateurs et des consommateurs ivoiriens. Son objectif est de contribuer à la mise au point de bioconservateurs et de ferments entièrement conçus à partir de ressources locales.
Au-delà de sa portée scientifique, cette recherche ouvre des perspectives prometteuses en matière d’entrepreneuriat, de sécurité alimentaire et de développement industriel. Elle illustre également le potentiel des savoirs traditionnels lorsqu’ils sont valorisés par la science pour répondre aux défis contemporains. Une avancée qui pourrait, demain, permettre à la Côte d’Ivoire de disposer de solutions naturelles et innovantes pour conserver ses aliments tout en valorisant son patrimoine local.
Donatien Kautcha, Abidjan
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