Côte d'Ivoire : Passeport-Compétences, l'État cartographie les besoins du marché de l'emploi pour former un million de talents adaptés aux profils des entreprises
La Côte d’Ivoire entend désormais former ses jeunes en fonction des besoins réels de son économie. C’est le message fort qui est ressorti de la cérémonie de restitution des résultats des Études d’identification des besoins en compétences (EIBC), organisée jeudi à l’Auditorium de la Primature dans le cadre de la phase pilote du Programme national Passeport-Compétences.
Placée sous le haut patronage du président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Dr Eugène Aka Aouélé, la rencontre a réuni membres du gouvernement, partenaires techniques et financiers, représentants du secteur privé, élus locaux et acteurs de la formation professionnelle autour d’un objectif commun : construire une meilleure adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail.
Ouvrant la cérémonie, le ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Me Adama Kamara, a rappelé que le développement économique durable repose sur une connaissance précise des réalités du terrain.
S’inspirant de la célèbre formule de Benjamin Franklin, « Investir dans la connaissance rapporte les meilleurs intérêts », il a expliqué que le Programme national Passeport-Compétences repose sur une conviction simple : il est impossible de former efficacement sans connaître les compétences réellement recherchées par les entreprises.
« Former sans comprendre, c’est risquer de mobiliser des ressources sans impact réel », a déclaré le ministre.
Selon lui, les études réalisées dans le Sud-Comoé, le district des Savanes et la commune de Yopougon permettront désormais d’orienter les politiques publiques de formation sur la base de données concrètes recueillies auprès des acteurs économiques.
Me Adama Kamara a rappelé que la Côte d’Ivoire affiche depuis plusieurs années une croissance économique soutenue, avec un taux moyen de 5,6 % entre 2019 et 2024, mais que cette dynamique doit davantage profiter aux jeunes et aux entreprises.
« Nous devons faire en sorte que cette croissance se traduise en emplois qualifiés, en entreprises performantes et en jeunes durablement insérés », a-t-il insisté.
Le ministre a également rendu un vibrant hommage au président du CESEC, Dr Eugène Aka Aouélé, pour son engagement constant en faveur du programme depuis le lancement de sa phase pilote à Grand-Bassam, en mars 2025.
Pour la directrice générale de l’AGEFOP, Mme Karitia Coulibaly De Medeiros, cette cérémonie marque une étape majeure dans la transformation du système ivoirien de formation professionnelle.
Elle a souligné que le Programme national Passeport-Compétences s’inscrit pleinement dans la vision du président de la République, Alassane Ouattara, qui a fait du développement du capital humain l’un des piliers de la transformation économique et sociale du pays.
« La formation professionnelle n’est plus une dépense sociale. Elle est devenue un investissement stratégique au service de la compétitivité nationale », a-t-elle affirmé.
La patronne de l’AGEFOP a rappelé que malgré la forte croissance économique enregistrée par la Côte d’Ivoire, un paradoxe demeure : des millions de jeunes recherchent un emploi tandis que de nombreuses entreprises peinent à trouver les profils dont elles ont besoin.
« D’un côté, des femmes et des hommes cherchent une place dans l’économie. De l’autre, des secteurs entiers peinent à trouver les compétences adaptées », a-t-elle observé.
Pour répondre à ce défi, le programme repose sur une double approche territoriale et sectorielle visant à identifier précisément les métiers en tension, les secteurs à fort potentiel et les compétences émergentes.
Selon elle, les résultats des études offrent désormais aux décideurs publics, aux collectivités territoriales, aux entreprises et aux établissements de formation une base objective pour orienter leurs actions.
« Notre ambition est simple : faire en sorte que chaque besoin identifié se transforme en parcours de formation, que chaque parcours débouche sur une qualification reconnue et que chaque qualification ouvre la voie à un emploi ou à une activité génératrice de revenus », a-t-elle déclaré.
Karitia Coulibaly a également salué l’engagement des présidents de région, des collectivités territoriales, des entreprises et des partenaires techniques qui ont contribué à la réussite de cette phase pilote.
Très attendu, le président du CESEC, Dr Eugène Aka Aouélé, a apporté une dimension institutionnelle et prospective à cette cérémonie.
Après avoir présenté ses excuses pour son arrivée tardive, il a salué l’initiative portée par le ministère de l’Emploi et l’AGEFOP, estimant qu’elle répond à l’un des défis majeurs du développement de la Côte d’Ivoire.
Le président du CESEC a rappelé avoir été, en mars 2025, le parrain du lancement de la phase pilote du programme à Grand-Bassam, lorsque la région du Sud-Comoé avait été choisie comme territoire d’expérimentation.
« Le Sud-Comoé a été choisi comme le berceau de cette expérimentation pour démontrer que l’adéquation formation-emploi n’est pas une utopie, mais une construction méthodique fondée sur des données réelles », a-t-il souligné.
Pour lui, le rapport présenté constitue bien plus qu’une étude technique. « Ce rapport est le diagnostic précis de notre vitalité professionnelle et surtout la boussole de nos futures politiques publiques en matière de formation professionnelle », a affirmé le président du CESEC.
Le Dr Aka Aouélé a salué la qualité du travail réalisé par l’AGEFOP, qui a permis de recueillir des informations auprès de plus de 800 structures du secteur formel et informel dans les zones couvertes par l’étude.
Grâce à ce travail de terrain, a-t-il expliqué, les pouvoirs publics disposent désormais d’une vision claire des métiers en tension, des difficultés de recrutement des entreprises et des insuffisances du système de formation.
« Nous savons désormais pourquoi certaines entreprises peinent à recruter alors que de nombreux jeunes cherchent un emploi », a-t-il relevé.
Le président du CESEC a particulièrement insisté sur l’importance de la Validation des acquis de l’expérience (VAE), qui constitue l’un des piliers du Programme national Passeport-Compétences.
Selon lui, permettre à des milliers d’artisans, d’ouvriers et de travailleurs du secteur informel de faire reconnaître officiellement leurs compétences représente une avancée majeure.
« Permettre à un artisan ou à un employé de voir ses années de pratique reconnues par un titre officiel, c’est lui redonner de la dignité, renforcer sa mobilité professionnelle et améliorer la productivité de nos entreprises », a-t-il déclaré.
Pour cette institution constitutionnelle chargée de conseiller les pouvoirs publics sur les grandes orientations économiques et sociales du pays, la reconnaissance des compétences acquises sur le terrain constitue un puissant levier d’inclusion sociale et de valorisation du capital humain.
Au terme de la cérémonie, les différents intervenants ont convergé sur un même constat : la phase pilote est achevée, mais le véritable chantier commence maintenant.
Les enseignements tirés du Sud-Comoé, du district des Savanes et de Yopougon devront servir de fondement au déploiement national du Programme Passeport-Compétences.
Les résultats des études permettront notamment d’adapter les curricula de formation, d’orienter les investissements publics, de renforcer les dispositifs d’apprentissage et de mieux répondre aux besoins des entreprises.
S’adressant à la jeunesse ivoirienne, le président du CESEC a conclu sur une note d’espoir : « Le Passeport-Compétences est un pacte de confiance entre l’État et la jeunesse. C’est la preuve que le talent est reconnu et que nous mettons tout en œuvre pour que les compétences deviennent le premier levier de réussite. »
Une ambition partagée par l’ensemble des acteurs présents, convaincus que le développement des compétences demeure l’une des conditions essentielles pour bâtir une Côte d’Ivoire plus compétitive, plus inclusive et plus prospère.
Wassimagnon
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