Côte d'Ivoire : État civil, l'ONECI et l'Union européenne lancent la campagne « Mon acte, ma chance» pour mettre fin aux « enfants fantômes»
Faire de la déclaration des naissances et des décès un réflexe citoyen. C'est l'ambition de la vaste campagne nationale de sensibilisation lancée par l'Office national de l'état civil et de l'identification (ONECI), avec l'appui de l'Union européenne et de Civipol. Baptisée « Mon acte, ma chance », cette initiative, qui se déploiera du 1er mars 2026 au 31 décembre 2027, entend renforcer l'enregistrement des faits d'état civil sur l'ensemble du territoire national afin de garantir à chaque citoyen une identité juridique et un accès effectif à ses droits fondamentaux.
En Côte d'Ivoire, près de 35 % des naissances ne sont toujours pas déclarées, avec de fortes disparités entre les zones rurales et urbaines. Le constat est tout aussi préoccupant pour les décès, dont seulement 17 à 18 % sont enregistrés.
Ces chiffres signifient que des milliers d'enfants grandissent sans existence juridique, les privant de nombreux droits essentiels tels que l'accès à l'école, aux soins de santé, aux examens officiels ou encore aux documents administratifs.
Face à cette réalité, le Gouvernement, à travers l'ONECI, a décidé d'intensifier ses efforts en misant sur une communication de proximité et une forte mobilisation communautaire.
Ouvrant la cérémonie au nom du Directeur général de l'ONECI, absent du territoire national, la Directrice générale adjointe, Pélagie Blépeuleu Gonto, a salué la présence des partenaires techniques et financiers ainsi que celle des médias.
Elle a exprimé sa reconnaissance à l'Union européenne pour son accompagnement constant dans la modernisation de l'état civil ivoirien.
« Votre présence témoigne de l'intérêt que vous accordez à la modernisation de l'état civil en Côte d'Ivoire et de votre volonté de contribuer à la diffusion d'informations essentielles auprès des populations », a-t-elle déclaré.
Revenant sur les réformes engagées depuis plusieurs années, elle a rappelé avoir participé à l'élaboration du Plan national de développement (PND), qui a consacré la création d'un numéro national unique d'identification pour chaque citoyen.
Selon elle, la réussite de cette réforme passe nécessairement par l'adhésion des populations.
« Aucune réforme, aussi pertinente soit-elle, ne peut produire ses effets sans l'accompagnement et la contribution active des populations », a-t-elle insisté.
La DGA de l'ONECI a annoncé une vaste campagne nationale reposant sur des spots télévisés et radiophoniques diffusés en français, en nouchi ainsi que dans 28 langues nationales, des campagnes digitales, des ateliers de formation, des actions communautaires et même des animations dans les localités les plus reculées.
Elle a surtout lancé un appel fort en faveur de l'enregistrement systématique des enfants.
« Créer la vie, c'est bien. Mais donner une existence légale à cette vie est encore plus important. Les enfants fantômes, la Côte d'Ivoire n'en veut plus. Il faut leur donner une identité afin qu'ils puissent contribuer pleinement au développement de notre pays », a-t-elle déclaré.
Elle a également invité les médias, les leaders communautaires, les chefs religieux, les agents de santé et l'ensemble des acteurs locaux à accompagner cette campagne nationale.
Prenant la parole à son tour, l'ambassadeur de l'Union européenne en Côte d'Ivoire, Irchad Ramiandrasoa Razaaly, a rappelé que cette campagne s'inscrit dans le cadre du partenariat historique entre l'Union européenne et la Côte d'Ivoire, vieux de 65 ans, et accompagne les priorités du nouveau Plan national de développement 2026-2030.
Il a indiqué que le projet « Appui à la digitalisation de l'état civil et lutte contre la fraude documentaire », mis en œuvre par Civipol, bénéficie d'un financement de 10 milliards de francs CFA.
« L'état civil n'est pas une simple formalité administrative. C'est le socle de l'identité, de la protection sociale, de la participation citoyenne et de l'accès aux services essentiels comme la santé, l'éducation ou encore la couverture maladie universelle », a souligné le diplomate européen.
Il a rappelé qu'aujourd'hui seulement 55 % des naissances sont déclarées dans les délais légaux, tandis que moins de 20 % des décès sont enregistrés.
Selon lui, cette situation prive des centaines de milliers de personnes de leurs droits les plus élémentaires.
L'ambassadeur a salué l'ambition de la campagne qui prévoit une communication multimédia, des actions de proximité, des rencontres avec les chefs traditionnels, les autorités religieuses, les collectivités territoriales ainsi que les associations de la diaspora.
« Nous croyons dans l'avenir de la Côte d'Ivoire et nous voulons que chaque citoyen bénéficie pleinement de cette dynamique de développement. Cette campagne constitue un véritable investissement dans l'avenir du pays », a-t-il affirmé.
Présentant les grandes lignes du projet, M. Anaky a détaillé le dispositif qui sera déployé durant les 22 mois de campagne.
Quarante localités prioritaires, réparties dans les régions de San Pedro, Gbôklè, Nawa, Goh et Bélier, bénéficieront d'actions intensives de sensibilisation.
Le programme comprend, la diffusion de spots télévisés et radiophoniques sur les chaînes publiques et privées, des contenus traduits dans les langues nationales ainsi qu'en moré et en bambara, des réunions communautaires, des ateliers avec les chefs traditionnels, les responsables religieux, les acteurs du secteur funéraire et les gestionnaires de cimetières, des campagnes numériques sur Facebook et les réseaux sociaux, une newsletter trimestrielle, une bande dessinée pédagogique et une caravane de sensibilisation dans les villages et hameaux les plus éloignés.
L'objectif est de toucher les populations les moins exposées à l'information administrative.
M. Anaky a insisté sur un point essentiel : les déclarations de naissance doivent être effectuées dans la localité où l'enfant est effectivement né, et non dans le village d'origine des parents.
« Nous voulons corriger certaines habitudes. Lorsqu'un enfant naît à San Pedro ou à Soubré, sa naissance doit être déclarée sur place. C'est indispensable pour assurer un enregistrement fiable des faits d'état civil », a-t-il expliqué.
L'une des principales innovations de cette campagne réside dans son volet incitatif. Sous le slogan « Mon acte, ma chance », une loterie nationale sera organisée avec sept tirages au sort permettant aux familles ayant accompli leurs démarches d'état civil de remporter des kits pour bébés.
L'objectif est de transformer la déclaration des naissances et des décès en un acte citoyen valorisé et encouragé.
À travers cette campagne, l'ONECI souhaite créer une véritable dynamique nationale associant les administrations, les collectivités, les médias, les chefs traditionnels, les leaders religieux, les associations communautaires, les professionnels de santé et les partenaires internationaux.
Au-delà de la sensibilisation, cette initiative participe à la modernisation de l'administration ivoirienne, à la lutte contre la fraude documentaire et à l'amélioration de la gouvernance publique.
En donnant une identité juridique à chaque citoyen dès la naissance et en assurant un meilleur enregistrement des décès, la Côte d'Ivoire entend renforcer l'inclusion sociale et garantir un accès équitable aux droits fondamentaux.
Avec « Mon acte, ma chance », l'ONECI fait ainsi le pari qu'une campagne de proximité, multilingue et participative permettra d'ancrer durablement la culture de l'état civil au sein des populations ivoiriennes.
Wassimagnon
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