Cameroun : Pour le gouvernement, Biya peut faire 80 jours à l'étranger, l'opposition parle de démission
Alors que le chef de l’État est absent du Cameroun depuis plusieurs 53 jours, la déclaration du ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, a remis au cœur de l’actualité la question de la durée des séjours privés du président à l’étranger.
Le ministre qualifie Paul Biya de « fonctionnaire de la République ». Sur cette base, il estime que le président a droit à un congé annuel et pourrait légalement s’absenter jusqu’à 80 jours en se référant au Code du travail, sous peine d’être considéré comme démissionnaire.
Or, la Constitution camerounaise ne fixe aucune durée précise pour les séjours privés du président hors du territoire national.
Bref séjour privé et gestion à distance
Selon le directeur du Cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, le déplacement du président Paul Biya en Europe relève d’un « bref séjour privé ». Il n’y aurait donc aucune mission officielle en cours.
De son côté, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, assure que la continuité de l’État est garantie. Le président suivrait les dossiers nationaux depuis Genève, ce qui expliquerait la signature continue de décrets malgré son absence.
Selon le décompte évoqué par le ministre du Travail, le chef de l’État aurait déjà passé 53 jours hors du pays. Il disposerait donc encore d’une marge de 27 jours avant d’atteindre la limite des 80 jours.
Entre silence de l’opposition et accusation de « vacance du pouvoir »
Sur le plan politique, les opposants au président « ne semblent pas parvenir à profiter de la situation » du séjour prolongé en Suisse pour fédérer un vaste mouvement. C’est notamment le cas du MRC de Maurice Kamto, qui apparaît, selon certains observateurs, englué dans des querelles internes.
À l’inverse, d’autres voix dénoncent une situation institutionnelle problématique.
C’est le cas de Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du parti HÉRITAGE. Pour lui, il y a bien « vacance du pouvoir au Cameroun ».
« Il y a vacance du pouvoir avec cette absence de l’institution présidentielle à Yaoundé, sans aucun motif légitime, car le Président de la République ne travaille pas hors de Yaoundé, sauf pour des raisons de représentation de l’État à l’intérieur du pays ou à l’étranger. Il se constitue clairement un cas d’abandon de poste de travail considéré en droit comme un acte de démission », a-t-il écrit.
Vide juridique
Au-delà des postures politiques, le débat montre un vide juridique : la Constitution camerounaise ne prévoit rien sur la durée d’un séjour privé du président à l’étranger.
Entre l’argument du « droit au congé » avancé par le ministre Owona et celui de « l’abandon de poste » invoqué par l’opposition, la question de la gouvernance à distance et de la présence physique du chef de l’État à Yaoundé reste entière.
Avec encore 27 jours de marge selon le calcul du gouvernement, le débat est loin d’être clos.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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