Côte d'Ivoire : Echec du « Front Commun », Dia Houphouët (PDCI) accuse le PPA-CI, la réplique du camp Gbagbo
Dia Houphouët (DR)
Dans un entretien accordé à un confrère, Yohou Dia Houphouët Augustin, ancien député et membre des instances du PDCI-RDA, a tenu pour responsable le PPA-CI l’échec du « Front Commun », une plateforme de l'opposition mise en place dans le cadre d’une alliance lors des élections présidentielles de 2025.
Il affirme s’être investi « à fond » dans le Front commun avec le PPA-CI, « au risque de sa vie ». Il dit avoir cru à cette alliance, avoir subi des critiques dans son propre parti et finit par parler de « trahison ».
Il soutient surtout qu’il avait été convenu que le PDCI-RDA et le PPA-CI iraient ensemble aux élections législatives et reproche au PPA-CI de ne pas avoir informé le PDCI-RDA de sa décision de ne pas participer au scrutin.
Plus grave encore, il affirme que cette décision aurait été prise sous la pression de cyberactivistes proches du PPA-CI.
Face à ces graves accusations, le camp Gbagbo n’a pas tardé à réagir. Et c’est M. Gilles Christ Djédjé qui apporte la réplique à Yohou Dia Houphouët Augustin.
Il souligne que le Front commun PDCI-RDA – PPA-CI a été officiellement constitué le 16 juillet 2025, au siège du PDCI-RDA.
« L’acte constitutif a été signé par Sébastien Danon Djédjé, pour le PPA-CI, et Akossi Bendjo, pour le PDCI-RDA. Son objectif était clairement établi :
réclamer un dialogue politique, obtenir la réforme de la Commission électorale indépendante et œuvrer à l’organisation d’une élection présidentielle inclusive. C’est cela, le Front commun. Rien de plus, rien de moins. Il ne s’agissait ni d’une fusion entre les deux partis, ni d’un nouveau parti politique, ni d’un accord par lequel le PDCI-RDA et le PPA-CI auraient renoncé à leur autonomie de décision. Chaque formation conservait ses structures, ses instances et sa liberté de déterminer sa ligne politique. Cette précision est fondamentale, car elle permet de comprendre la suite », précise M. Djédjé.
Selon ce dernier, Yohou Dia Houphouët Augustin était membre du comité opérationnel du Front commun. Il y travaillait notamment avec Damana Adia Pickass, pour le PPA-CI, et Roger M’Bra, pour le PDCI-RDA.
« Mais il n’était pas membre du comité de pilotage, au sein duquel se menaient les discussions politiques et les arbitrages sur les grandes orientations du Front commun. Dès lors, une question simple s’impose : Comment peut-on aujourd’hui raconter avec autant de certitude des discussions auxquelles on n’a pas assisté ? Comment peut-on présenter comme des engagements fermes des décisions prises dans une instance à laquelle on n’appartenait pas ? », interroge-t-il avant de poursuivre.
« Il ne suffit pas d’avoir été membre d’une structure opérationnelle pour être le témoin de toutes les discussions politiques conduites au sein du Front commun. Et c’est précisément là que commence le problème du récit de Yohou Dia Augustin. Il parle de trahison. Mais trahi par rapport à quel accord ?
Sur la présidentielle, la réponse est claire : le PDCI-RDA et le PPA-CI n’ont jamais signé d’accord par lequel ils s’engageaient à participer ou à ne pas participer à l’élection présidentielle. Il n’existe donc aucun engagement commun qui aurait été violé par le PPA-CI. Le Front commun avait une mission : obtenir un dialogue politique, réformer la CEI et défendre un scrutin inclusif. Après le rejet des candidatures de certains leaders politiques par le Conseil constitutionnel, chaque parti a été confronté à une situation nouvelle et a dû déterminer sa propre conduite. Le PPA-CI a alors pris ses responsabilités et arrêté sa position. On peut être d’accord ou ne pas être d’accord avec cette décision. On peut la critiquer. Mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’une divergence politique n’est pas une trahison. Sur les législatives, la situation est encore plus simple.
Le PDCI-RDA avait souhaité que les deux partis puissent aller ensemble aux élections législatives. C’était une proposition politique formulée dans le cadre du Front commun. Il appartenait ensuite au PPA-CI de consulter ses propres instances et de se prononcer. C’est exactement ce qui s’est passé.
Le Comité central du PPA-CI, qui est l’instance de décision du Parti entre deux congrès, s’est réuni et a examiné la situation. Après délibération, il a décidé de la non-participation du PPA-CI aux élections législatives. À partir de ce moment, que restait-il à faire ? Fallait-il appeler ensemble les Ivoiriens à participer à une élection à laquelle le PPA-CI venait précisément de décider de ne pas prendre part ?
Soyons sérieux ! Une proposition n’est pas un accord. Une attente n’est pas un engagement. Et la décision souveraine d’un parti n’est pas une trahison parce qu’elle ne correspond pas au souhait de l’autre. Mais Yohou Dia Augustin ne s’arrête pas là. Il affirme que le PPA-CI aurait changé de position sous la pression de ses cyberactivistes.
Le PPA-CI ne prend pas ses décisions dans les réseaux sociaux. Il ne réunit pas des cyberactivistes avant de déterminer sa ligne politique. Il ne leur délègue pas ses pouvoirs de décision. C’est le Comité central, instance statutaire de décision entre deux congrès, qui a pris la décision de ne pas participer aux élections législatives. Les cyberactivistes peuvent commenter les décisions. Ils peuvent les soutenir ou les combattre. Ils peuvent avoir leur opinion.
Mais ils ne sont pas une instance du PPA-CI. Alors, si l’on suit le raisonnement de Yohou Dia Augustin, faudrait-il également croire que ce sont les cyberactivistes qui ont créé le Front commun ? Qui ont négocié son acte constitutif ? Qui ont défini ses objectifs ? Qui ont désigné ses structures ? Qui ont signé l’accord du 16 juillet 2025 ?
Peut-être que cela se passe ainsi au PDCI-RDA. Mais pas au PPA-CI de Laurent Gbagbo. Au PPA-CI, les décisions politiques relèvent des instances du Parti. C’est aussi simple que cela. Le PPA-CI n’a jamais demandé au PDCI-RDA de renoncer à son identité. Il n’a jamais prétendu décider à la place du PDCI-RDA. De la même manière, le PDCI-RDA ne pouvait pas décider à la place du PPA-CI.
C’est précisément cela, le respect entre formations politiques. Le Front commun était une alliance de circonstance autour d’objectifs précis. Il n’était pas un contrat de soumission d’un parti à l’autre. Il faut donc arrêter de réécrire son histoire.
Il faut arrêter de transformer une proposition en engagement. Il faut arrêter de parler de trahison là où il y a eu divergence. Il faut surtout arrêter d’attribuer aux cyberactivistes des décisions prises par le Comité central du PPA-CI. Yohou Dia Augustin est libre de défendre sa vérité. Mais les Ivoiriens, eux, ont droit aux faits.
Et les faits sont simples : Le Front Commun avait des objectifs précis ; aucun accord n’interdisait au PPA-CI de déterminer librement sa position sur la présidentielle ; la proposition d’une participation commune aux législatives n’était pas un engagement définitif ; et la décision de ne pas participer aux législatives a été prise par le Comité central du PPA-CI, pas par des cyberactivistes. Alors, si Yohou Dia Augustin veut justifier ses choix personnels, qu’il les assume pleinement.
Mais qu’il ne prenne pas le PPA-CI comme bouc-émissaire pour soulager sa conscience ou expliquer ses propres déconvenues. Car on peut réécrire un récit. On peut multiplier les accusations. On peut chercher des responsables ailleurs. Mais on ne réécrit pas les faits », a-t-il conclu.
On observe en Côte d’Ivoire que l'opposition se dispute davantage entre elle qu'elle n'attaque le parti au pouvoir qu'elle prétend vouloir « démettre » dans les urnes à la prochaine élection présidentielle, et tout cela, en décalage avec les véritables préoccupations des Ivoiriens et Ivoiriennes.
Souhaitons que leurs probables électeurs réussiront à apprendre des conflits entre les adversaires lors des prochaines élections.
Donatien Kautcha, Abidjan
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