Côte d'Ivoire : M'Badon, 7 275 m² du cimetière coutumier au cœur d'un bras de fer foncier
La communauté villageoise (Ph Koaci)
À M’Badon, dans la commune de Cocody, la terre des morts est devenue le théâtre d’un litige foncier qui inquiète la communauté villageoise. Réunis ce mercredi 26 août 2206, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leur patrimoine, les habitants pointent du doigt une parcelle de 7 275 m², située dans l’îlot n°29 du lotissement de M’Badon et correspondant, selon la chefferie, à une partie du cimetière coutumier.
Face à la presse, Loba Alexandre, notable et porte-parole principal de la chefferie de M’Badon, a exprimé la détermination de la communauté. « Le village très surpris s’est levé comme un seul homme pour manifester son mécontentement », a-t-il déclaré, évoquant la mobilisation des doyens, des générations, des femmes et des jeunes.
Selon le dossier présenté par la chefferie, M’Badon a été reconnu officiellement comme village en 1934. Son cimetière coutumier, d’une superficie globale de deux hectares, aurait été intégré au plan de lotissement approuvé en 1980 et clôturé en 1994.
La chefferie affirme qu’une partie de cet espace a été attribuée à la SCI M’Badon, représentée par Laëtitia Amagou, héritière de feu Amagou Victor. Un ACD portant sur 7 275 m² aurait ensuite été établi avant que la parcelle ne soit, selon la communauté, cédée à PORTEO BTP.
Pour les responsables coutumiers, cette opération remet en cause un espace considéré comme sacré. Dabo Paul Nicaise, notable chargé du Patrimoine, rappelle que la communauté estime que cette portion relève du patrimoine foncier coutumier du village.
La chefferie retrace également les liens historiques entre Amagou Victor et M’Badon. Selon son récit, ce dernier aurait reçu une portion de terrain à titre gracieux de feu GNAMOUSSOU Rémi, en contrepartie notamment de pépinières de palmiers. Amagou Victor, ancien cadre du PDCI-RDA et ancien maire de Marcory, s’était ensuite installé dans le village.
De son côté, Laëtitia Amagou rejette la présentation faite par la chefferie. Dans ses propos, elle affirme disposer de documents administratifs établissant, selon elle, les droits de sa famille sur la parcelle.
« Nous avons nos papiers et, visiblement, la chefferie a décidé qu’ils allaient faire une extension du cimetière », soutient-elle, ajoutant que son ACD découlerait d’une attestation villageoise datant de 1986.
Elle estime également que la parcelle concernée est juridiquement distincte du cimetière et affirme avoir proposé une voie amiable ou judiciaire pour régler le différend.
Face à l’escalade, la chefferie dit avoir saisi le préfet de la région des Lagunes et du département d’Abidjan. Dans une réponse reçue le 24 août 2026, l’autorité administrative aurait invité les parties à suivre les voies administratives et judiciaires.
Saisie par le chef du village de M'Badon au sujet d'une contestation foncière visant la société SCI M'Badon, la préfecture d'Abidjan s'est prononcée par l'intermédiaire de son secrétaire général 1, Sindou Dosso. Tout en accusant réception de la plainte portant sur un Arrêté de Concession Définitive (ACD) de 7 275 m² accordé à l'entreprise sur l'îlot n°29, l'autorité préfectorale s'est déclarée incompétente pour trancher directement le litige. Elle a rappelé au chef du village les voies de recours légales à sa disposition : soit introduire un recours administratif gracieux auprès du ministre de l'Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie, soit saisir le Conseil d'État d'une procédure judiciaire en plein contentieux.
À M’Badon, la tension reste donc palpable. Entre documents administratifs, droits coutumiers et mémoire des ancêtres, le dossier est désormais entre les mains des procédures compétentes. Une chose demeure certaine : derrière les 7 275 m² contestés, c’est une partie de l’histoire et de l’identité du village que chaque camp affirme vouloir défendre.
Jean Chresus, Abidjan
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