Côte d'Ivoire : La gouvernance migratoire appelée à franchir un nouveau cap
Avec 2,6 millions de migrants internationaux, soit près de 10 % de sa population, la Côte d’Ivoire se trouve au cœur des dynamiques migratoires ouest-africaines. Pays d’accueil, de transit, mais aussi de départ et de retour, elle est appelée à mieux structurer sa gouvernance migratoire face aux risques liés à la migration irrégulière, à la traite des personnes et au trafic illicite de migrants.
C’est tout l’enjeu du séminaire national de plaidoyer sur la gouvernance migratoire, organisé, le jeudi 27 août 2026, au Capital Hôtel d’Abidjan dans le cadre du projet WestAF, mis en œuvre notamment par WiLDAF Côte d’Ivoire, We World et leurs partenaires, avec l’appui financier de l’Union européenne à travers l’ICMPD.
À cette occasion, Koffi Marie Chantal, magistrat et Présidente du Conseil d’administration de WiLDAF-CI, a insisté sur l’urgence d’une action concertée. « La mobilité humaine est une réalité incontournable et est liée au développement économique et à l’intégration », a-t-elle relevé, tout en déplorant que la traite et les réseaux criminels transforment cette mobilité en source de vulnérabilité et d’instabilité.
Selon les conclusions présentées, l’absence d’une politique nationale de migration formellement adoptée constitue l’une des principales faiblesses. Le projet de politique nationale élaboré depuis 2019 n’est toujours pas officiellement adopté, tandis que les données migratoires restent dispersées entre plusieurs institutions.
Pour Kra Emile Kouakou, chargé de projets à l’ICMPD, la réponse doit nécessairement être collective. « Les défis migratoires appellent nécessairement des réponses coordonnées », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de rapprocher les réalités du terrain, les priorités institutionnelles et la décision publique.
Représentant le partenaire financier, Isabelle Nyankiye, Chargée de programmes Migration et État civil à la Délégation de l’Union européenne, a réaffirmé l’importance de l’accompagnement des initiatives visant à améliorer la gouvernance migratoire et la protection des personnes vulnérables.
Le projet WestAF cible notamment les migrants, les jeunes, les femmes, les organisations de la société civile, les médias, les associations de migrants ainsi que les autorités locales et nationales.
Les participants sont appelés à renforcer le contrôle parlementaire des politiques migratoires, à opérationnaliser un mécanisme centralisé de pilotage, à instaurer un dialogue permanent entre les acteurs et à améliorer les systèmes de données.
Le document recommande également de renforcer l’emploi des jeunes dans les territoires de départ, d’intégrer le genre et les droits humains dans les politiques migratoires et de consolider les dispositifs de protection des femmes et des enfants victimes de traite.
Mathieu Bouabré, sous-directeur, représentant la Direction générale des Ivoiriens de l’Extérieur, a également pris part aux travaux, qui ambitionnent de faire émerger des réponses durables.
Au terme des échanges, un constat s’impose : pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu n’est plus seulement de multiplier les dispositifs, mais de les rendre cohérents, coordonnés et pleinement opérationnels. Car derrière chaque statistique migratoire se trouve une trajectoire humaine. Et c’est précisément cette dignité qu’une gouvernance migratoire efficace doit désormais placer au centre de l’action publique.
Jean Chresus, Abidjan
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