Cameroun : Candidature à la FIFA, Jean Crépin Nyamsi accuse Eto'o de trahison, quand la rancune s'habille en ambition
Jean Crépin Nyamsi ne cache plus son amertume. Lui qui avait apporté son appui à Samuel Eto'o dans sa conquête de la présidence de la Fédération camerounaise de football se dit aujourd'hui trahi de le voir prendre le parti de Gianni Infantino, son propre rival.
Voilà pourtant un homme qui, dit-on, détient un doctorat en sciences de l'information et de la communication. Ce n'est certes pas un doctorat en science politique — mais, on pouvait donc légitimement s'attendre à ce que Nyamsi maîtrise, ne serait-ce qu'intuitivement, un concept aussi basique que celui du rapport de forces.
Car c'est bien là toute la leçon que semble ignorer, ou feindre d'ignorer, celui qui ambitionne de défier Infantino: en politique, les alliances, appuis, engagements — tout cela obéit à une géométrie mouvante, où les intérêts stratégiques et les luttes de pouvoir redessinent en permanence les camps. Ce que l'on croyait être une loyauté durable n'est souvent qu'une convergence temporaire, appelée à se dissoudre dès que les calculs changent de camp.
Déconvenue locale à l'ambition mondiale
Mais l'histoire ne s'arrête pas à une simple bouderie. Piqué de n'avoir pas obtenu le soutien espéré de la Fédération camerounaise de football, Jean Crépin Nyamsi — déjà candidat malheureux à la présidence de la Fecafoot en 2021 — change brusquement d'échelle : il annonce vouloir défier non plus les instances nationales, mais la FIFA elle-même, en briguant sa présidence. Il affirmerait pouvoir compter sur l'appui de plusieurs anciennes gloires du football africain, ainsi que de joueurs toujours en activité, André Onana étant cité parmi eux, sans oublier plusieurs chefs d'État acquis, selon ses dires, à sa cause. Il ajoute ne nullement avoir besoin d'un parrainage de la Fecafoot pour se lancer, assurant que, si le scrutin devait se tenir dès demain, il en remplirait déjà toutes les conditions.
L'annonce a de quoi faire sourire, tant l'écart entre l'ambition affichée et les réalités du sérail footballistique mondial paraît immense. Se réveiller un matin sans réseau d'appuis solide et proclamer vouloir ravir la présidence de la FIFA, c'est se mesurer à un jeu où même les poids lourds hésitent à s'aventurer. Aleksander Čeferin, pourtant patron incontesté de l'UEFA, a lui-même renoncé à l'idée d'une candidature face à Gianni Infantino. Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et figure que l'instance européenne aurait volontiers vu se lancer dans la bataille, a fini, lui aussi, par y renoncer. Face à ces retraits venus du sommet même du football continental, l'ambition de Nyamsi interroge : quel chef d'État est réellement prêt à s'engager publiquement à ses côtés ? À ce jour, aucun nom ne circule.
Rancune mal placée
Le plus troublant, dans cette affaire, reste peut-être la façon dont Nyamsi cherche aujourd'hui à retourner l'opinion publique contre Samuel Eto'o, précisément parce que ce dernier ne lui a pas accordé le soutien attendu. Car l'histoire récente raconte une tout autre relation entre les deux hommes. En octobre 2024 déjà, alors que Nyamsi traversait une grave épreuve de santé, c'est Eto'o lui-même qui avait traversé la Méditerranée, faisant l'aller-retour jusqu'en France pour se tenir à ses côtés. Un geste que beaucoup, à l'époque, avaient salué comme la marque d'une fidélité humaine rare chez un homme de ce rang.
Voilà donc le paradoxe : celui qui accuse aujourd'hui Eto'o de trahison est aussi celui que le même Eto'o était allé soutenir, sans calcul apparent, au chevet de la maladie. Bienvenue dans l'arène politique! Un univers où les amitiés d'hier plient facilement devant les intérêts d'aujourd'hui, et où l'on finit tôt ou tard par apprendre, souvent à ses propres dépens, que l'ingratitude, les revirements d'alliance et les faux-semblants les plus cyniques font partie intégrante des règles du jeu — mais où, parfois aussi, ce sont ceux qu'on accuse le plus fort qui se révèlent avoir été les plus loyaux.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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