Côte d'Ivoire : Une commerçante escroquée de 23 millions de FCFA après une rencontre sur Internet
Le mis en cause (Ph Koaci)
Une simple conversation sur Facebook a finalement tourné au cauchemar pour T. H. D., une commerçante qui pensait avoir noué une relation de confiance avec un homme rencontré sur les réseaux sociaux. Derrière les échanges amicaux se cachait, selon les investigations de la Police de Lutte contre la Cybercriminalité (PLCC), un stratagème destiné à lui soutirer d’importantes sommes d’argent.
Tout commence sur Messenger. Un inconnu prend contact avec la commerçante. Les discussions se multiplient et, au fil du temps, l’homme parvient à gagner sa confiance. Il se présente comme un homme d’affaires installé dans un pays de la sous-région et entretient avec elle des échanges suffisamment réguliers pour devenir, aux yeux de T. H. D., un véritable proche.
Un jour, il lui annonce une nouvelle qui ne manque pas de la réjouir : il affirme lui avoir envoyé un colis. À l’intérieur se trouveraient notamment une carte bancaire créditée de 17 millions de francs CFA, un téléphone portable et des bazins. Le colis aurait été confié à une société spécialisée dans l’import-export.
Quelques jours passent avant qu’une femme contacte à son tour la commerçante. Se présentant comme une employée de la société chargée du transport, elle lui fait savoir que le colis est bloqué et qu’il faut payer des frais pour procéder à sa libération.
Pensant qu’il s’agit d’une formalité nécessaire pour récupérer son bien, T. H. D. effectue un premier transfert. Mais après ce paiement, d’autres demandes surviennent. De nouveaux interlocuteurs entrent en scène et se présentent successivement comme des agents de la société de transport ou des douaniers. À chaque étape, de nouveaux frais lui sont réclamés.
Les paiements s’accumulent sans que le fameux colis ne lui soit remis. Face à ses inquiétudes, le prétendu homme d’affaires tente de la rassurer. Il lui promet notamment de lui restituer les sommes dépensées dès que la situation sera débloquée.
Cette promesse ne suffit pourtant plus à dissiper ses soupçons. En revenant sur les différentes demandes qui lui ont été adressées et sur les nombreux transferts effectués, la commerçante finit par comprendre qu’elle est probablement tombée dans un piège. Elle décide alors de saisir la Police de Lutte contre la Cybercriminalité.
Les enquêteurs ouvrent leurs investigations et remontent progressivement la piste numérique utilisée dans cette affaire. Les recherches conduisent à l’identification puis à l’interpellation de N. K. Y., présenté comme l’un des protagonistes de l’affaire.
Entendu par les enquêteurs, le mis en cause conteste les faits qui lui sont reprochés. Il affirme être gérant d’une cabine téléphonique et reconnaît avoir vendu des cartes SIM à deux individus qu’il connaissait sous les noms d’Éphémères et Narcisse. Selon ses explications, après leur retour dans leur pays d’origine, ces derniers lui auraient demandé de créer à distance des comptes WhatsApp à partir des numéros qu’ils avaient acquis.
N. K. Y. soutient cependant qu’il ignorait l’usage qui devait être fait de ces comptes et assure ne pas avoir eu connaissance d’une quelconque activité frauduleuse. Questionné sur son éventuel agrément pour la commercialisation des cartes SIM et sur les règles encadrant la transmission à distance de numéros et de codes de validation WhatsApp, il affirme ne pas en disposer et ne pas connaître l’interdiction liée à ces pratiques.
Au terme de la procédure, N. K. Y. a été présenté devant le Parquet du Pôle pénal économique et financier. Il est poursuivi pour des faits d’utilisation frauduleuse d’éléments d’identification de personnes physiques et d’escroquerie. Le préjudice financier subi par la victime est évalué à 23 millions de francs CFA.
Les faits sont poursuivis sur le fondement des articles 19 et 25 de la loi n° 2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité, ainsi que de l’article 61 du Code pénal.
Jean Chresus, Abidjan
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