Côte d'Ivoire : Guéhouo, deux chefs se disputent la succession et plongent le village dans l'incertitude
Les deux chefs
À Guéhouo, dans le département de Bangolo, la succession de l’ancien chef du village, Tohé Blaise, décédé en 2023, est devenue une source de profondes divisions. Depuis l’interruption du processus officiel de désignation de son successeur, deux hommes, Zouhou Émile et Oué Tahé Antoine, se présentent chacun comme le nouveau chef du village.
La crise a pris une nouvelle dimension après l’échec de la désignation prévue le 29 août 2026. Le processus avait été engagé avec trois prétendants : Oué Tahé Antoine, Magnan Monquet Venceslas et Zouhou Émile. Mais la réunion devant permettre de départager les candidats n’a finalement pas eu lieu, sur fond de désaccords concernant notamment la composition de la liste des grands électeurs.
Le retrait de Magnan Monquet Venceslas n’a pas permis de débloquer la situation. Restés seuls en lice, Zouhou Émile et Oué Tahé Antoine ont finalement été proclamés chefs, chacun par son propre camp. Le premier a été désigné à l’issue d’une réunion organisée à son domicile. De leur côté, des notables et des chefs de familles favorables à Oué Tahé Antoine se sont réunis pour le proclamer à leur tour.
Deux proclamations concurrentes qui plongent désormais la chefferie de Guéhouo dans une situation inédite. Aucun des deux camps ne semble disposé à renoncer à sa position, tandis que la procédure officielle de succession n’est pas arrivée à son terme.
Au cœur de la controverse se trouve également la question de la légitimité coutumière. Des dignitaires se présentant comme des descendants de la famille Douhou, considérée comme la famille fondatrice de Guéhouo, soutiennent que Oué Tahé Antoine est issu de la lignée d’origine du village. Un argument qui alimente davantage les positions des différents camps.
La tension ne se limite plus aux cercles de la notabilité. Au mois d’août, des jeunes de Guéhouo sont descendus dans les rues pour réclamer la reprise du processus électoral. À travers ces manifestations, ils ont demandé que la procédure engagée puisse aller jusqu’à son terme afin de mettre fin à la crise.
Sur le terrain, les conséquences de cette absence de consensus commencent à se faire sentir. Certaines structures du village reconnaissent l’un ou l’autre des prétendants, alors que d’autres préfèrent attendre la reprise du processus officiel avant de prendre position. Ce climat d’incertitude complique également la conduite de certaines activités annoncées dans la localité.
Des villageois évoquent notamment le report d’une mission de l’Agence de gestion foncière rurale (AGFOR), qui devait se rendre à Guéhouo. Pour ces habitants, le différend autour de la chefferie commence ainsi à dépasser le seul cadre coutumier et à peser sur la vie de la communauté.
Avant de se retirer de la course, Magnan Monquet Venceslas avait lui aussi exprimé des réserves sur le déroulement du processus. Ses contestations portaient notamment sur les modalités de participation des délégations, la composition de la liste des grands électeurs, la présentation du budget ainsi que le cautionnement fixé à 300 000 FCFA.
Le camp de Oué Tahé Antoine entend, pour sa part, poursuivre les démarches engagées. Ses représentants envisagent notamment de saisir le ministère de l’Intérieur si une décision venait, selon eux, à favoriser le camp de Zouhou Émile.
À Guéhouo, village d’environ 4 000 habitants, la succession de Tohé Blaise reste donc suspendue à une issue qui tarde à se dessiner. En l’absence de reprise ou d’achèvement du processus officiel, deux prétendants continuent de revendiquer la direction de la chefferie, laissant la communauté face à une question devenue aussi coutumière que profondément politique : qui peut légitimement parler au nom du village ?
Jean Chresus, Abidjan
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