Côte d'Ivoire : À Niamienlessa, 94 orpailleurs clandestins arrêtés et un réseau financier dans le viseur
Les mis en cause (Ph Koaci)
Le coup de filet a été brutal et méthodique. À Niamienlessa, localité du département d’Aboisso située à quelques kilomètres de la frontière ghanéenne, le Groupement de Sécurité et de Lutte contre l’Orpaillage Illégal (GS-LOI) a mené l’une de ses opérations les plus lourdes de ces derniers mois. Quatre-vingt-quatorze personnes ont été interpellées, et avec elles, tout un matériel stratégique : de l’or, des produits chimiques, des équipements informatiques et des outils utilisés pour l’extraction clandestine.
L’intervention n’a pas été improvisée. Elle survient vingt-quatre heures seulement après le passage du ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, à Aboisso. Devant la chefferie et les cadres de la région, le ministre était venu rappeler une ligne rouge : la tolérance zéro face à l’orpaillage illégal. Sur le terrain, le GS-LOI a traduit cette mise en garde en actes. Un signal clair envoyé aux filières clandestines qui prospèrent dans les zones frontalières du Sud-Comoé.
Parmi les personnes arrêtées, la composition du groupe en dit long sur la dimension régionale du phénomène. Soixante-dix-sept ressortissants d’Afrique de l’Ouest ont été interpellés — Burkinabè, Ghanéens, Maliens, Togolais — aux côtés de dix-sept Ivoiriens. Les agents ont également procédé à l’inventaire de 81,78 grammes d’or brut déclarés, accompagnés d’une somme de 1 300 000 FCFA. La saisie comprend aussi 2 kg de mercure, substance hautement toxique utilisée pour l’amalgamation, 17 kg de produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés, ainsi que 200 g de cannabis. La logistique n’a pas été épargnée : dix motocyclettes, quatre balances électroniques de précision, trois téléphones portables, un coffre-fort, un ordinateur et un disque dur externe ont été mis sous scellés.
Mais au-delà du bilan chiffré, cette opération pose une question plus sensible : celle de la traçabilité de l’or. L’inventaire précis et la déclaration formelle des 81,78 grammes saisis ne sont pas anodins. Ils interrogent la chaîne de conservation des preuves et le devenir des avoirs confisqués. Transfert vers le Trésor public ou la Banque Centrale ? Les services de l’État devront démontrer que la saisie ne s’arrête pas au périmètre des forces d’intervention. C’est à cette condition que la riposte prendra une portée juridique et financière durable.
Le véritable enjeu se joue peut-être ailleurs, dans les données. Si l’arrestation de 94 exécutants désorganise temporairement l’activité à Niamienlessa, elle ne suffit pas à décapiter un réseau. La présence d’un coffre-fort, d’un ordinateur portable et d’un disque dur externe indique que le site ne fonctionnait pas en vase clos. Derrière les puits et les machines, il y avait une structure financière organisée, des commanditaires, des flux à blanchir. L’exploitation numérique de ces supports par les enquêteurs sera donc déterminante. C’est là que se jouera la remontée de la chaîne d’approvisionnement, l’identification des bailleurs de fonds et, surtout, la neutralisation des têtes de pont financières, dans la région ou au-delà.
À Niamienlessa, la lutte contre l’orpaillage clandestin change donc de dimension. Elle ne se limite plus aux arrestations sur le terrain. Elle teste désormais la capacité de l’État ivoirien à sécuriser les preuves, à tracer l’or et à démanteler les réseaux jusqu’à leur sommet. Une chose est sûre : après ce coup de filet, les regards se tournent vers les enquêteurs.
Jean Chresus
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