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Côte d'Ivoire : Déguerpissement de Koumassi-Campement, les premiers éléments de l'enquête dévoilés, un député impliqué et bientôt poursuivi
 

Côte d'Ivoire : Déguerpissement de Koumassi-Campement, les premiers éléments de l'enquête dévoilés, un député impliqué et bientôt poursuivi

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 16 septembre 2026 - 15:48

Braman Oumar Koné ce mercredi à Abidjan (ph)


Plus de trois mois après les démolitions survenues à Koumassi Campement, le parquet d’Abidjan a levé un coin du voile sur les premiers éléments de l’enquête ouverte le 10 juin 2026. Face à la presse, ce mercredi 16 septembre, le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Braman Oumar Koné, a notamment fait état d’une information judiciaire visant Aliou Brou Jacques et détaillé les auditions de plusieurs personnalités et personnes impliquées dans l’opération.


L’affaire des démolitions de Koumassi Campement connaît un nouveau développement. Trois mois après les événements du 3 juin 2026, le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Braman Oumar Koné, a présenté, ce mercredi 16 septembre, les premiers éléments issus de l’enquête ouverte par le parquet le 10 juin dernier.


Au cœur de cette procédure, les circonstances dans lesquelles plusieurs constructions ont été démolies sur le site de Koumassi Campement, ainsi que l’identité des personnes ayant ordonné, coordonné, financé ou exécuté l’opération.


Rappelant les faits le procureur, a indiqué qu'une information judiciaire assortie d’un mandat de dépôt a été ouverte le 29 juin 2026 contre Aliou Brou Jacques, qui se présentait comme le propriétaire du terrain concerné.

L’intéressé a été interpellé le 18 juin, après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il revendiquait la responsabilité des démolitions. Au cours de son audition, il a reconnu selon le procureur être l’auteur des opérations de démolition.


Mais au fil des investigations, la version initiale présentée autour de l’opération semble avoir laissé apparaître plusieurs niveaux d’intervention.

Pour déterminer précisément l’étendue du site concerné, le parquet a adressé une réquisition judiciaire au directeur du cadastre. Les éléments communiqués en réponse font état d’une superficie totale de 6 hectares, 88 ares et 38 centiares, comprenant 250 lots répartis sur sept îlots. Le site a, par ailleurs, été placé sous main de justice jusqu’à nouvel ordre, sur réquisition judiciaire.


Des auditions qui élargissent le champ de l’enquête


Dans le cadre de la procédure, plusieurs personnes considérées comme susceptibles de détenir des informations utiles à la manifestation de la vérité ont été entendues.

Parmi elles figurent notamment le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Cissé Ibrahim Bacongo, le maire de Koumassi, Narcisse Toussaint Balley, le directeur de cabinet du ministre-gouverneur, le directeur des services techniques du District autonome d’Abidjan, le secrétaire général de la mairie de Koumassi, le député de Gouméré-Tabagne, un administrateur des services financiers, le chef suprême des chefs de communauté de Koumassi Campement, un commissaire de justice et son clerc, le président du collectif des sinistrés, le propriétaire des engins utilisés pour les démolitions ainsi que le fils aîné d’Aliou Brou Jacques.


Pour le parquet, ces différentes auditions et l’exploitation des éléments recueillis ont permis de mieux cerner les rôles respectifs des différents protagonistes. Les auditions se poursuivent toutefois et l’information judiciaire n’est pas achevée.


Entendu, Cissé Bacongo invoque le plan ORSEC


Entendu le 24 juin par le premier président de la Cour d’appel d’Abidjan, Cissé Ibrahim Bacongo aurait expliqué que l’opération de déguerpissement de Koumassi Campement s’inscrivait dans le cadre du plan ORSEC, destiné à organiser les secours et les interventions en situation d’urgence.


Selon cette déclaration rapportée par le procureur, l'opération visait à libérer des emprises et à procéder à la démolition d’installations considérées comme irrégulières.

Cette version fait désormais partie des éléments que la justice cherche à vérifier. Le parquet a indiqué que les investigations doivent notamment permettre de déterminer si le plan ORSEC était juridiquement applicable à l’opération de Koumassi Campement et, dans l’affirmative, quel a été le degré d’implication du ministre-gouverneur dans les démolitions.


Une question qui prend une importance particulière au regard des déclarations recueillies auprès de plusieurs responsables du District.


Au cours de son audition, le directeur de cabinet du ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan a d'après le procureur Braman Koné, reconnu avoir supervisé les opérations de démolition.

Il a toutefois expliqué que son intervention s’inscrivait dans le cadre des instructions reçues de Cissé Ibrahim Bacongo pour la mise en œuvre du plan ORSEC.


 

Même constat concernant le directeur des services techniques du District autonome d’Abidjan. Présent sur les lieux, celui-ci aurait reconnu avoir requis des agents de police afin d’assurer la sécurité de l’opération. Il aurait également indiqué avoir agi sur instructions du ministre-gouverneur, toujours dans le cadre du plan ORSEC.


Ces déclarations constituent désormais des éléments de la procédure que le juge d’instruction devra confronter aux autres témoignages et pièces du dossier.


Le maire de Koumassi, Narcisse Toussaint Balley, a également été entendu.


Selon le compte rendu du procureur, il a expliqué avoir publié un communiqué affirmant que les démolitions n’étaient pas le fait de la mairie, mais celui d’un opérateur disposant, selon les informations qui lui avaient été rapportées, d’une décision de justice.


Le maire a cependant reconnu avoir regretté de ne pas avoir attendu les conclusions des services techniques.

Ces derniers ont établi, selon le procureur, qu’il s’agissait d’une parcelle viabilisée et que les opérations de démolition ne correspondaient pas à l’exécution d’une décision de justice. Cette constatation constitue l’un des points centraux de l’enquête.


Une décision de justice au cœur des premières contradictions


C’est en effet autour de la justification juridique des démolitions que se cristallisent plusieurs versions.

Aliou Brou Jacques se présentait comme le propriétaire du terrain et avait, selon les éléments rapportés par le parquet, assumé les démolitions. Dans le même temps, une communication de la mairie avait évoqué l’intervention d’un opérateur qui aurait disposé d’une décision de justice.

De son côté, Cissé Ibrahim Bacongo a donné une autre explication. L’opération selon lui a été menée dans le cadre du plan ORSEC.


Mais le procureur Braman Oumar Koné a été catégorique sur un point. Les démolitions de Koumassi Campement ne résultaient pas de l’exécution d’une décision de justice.

L’enquête doit désormais permettre de déterminer comment ces différentes versions se sont articulées et quelles instructions ont effectivement conduit à l’intervention du 3 juin.


Le député de Gouméré-Tabagne au centre d'un autre volet


Les investigations du parquet ont également fait apparaître le rôle du député de Gouméré-Tabagne.

Selon les éléments communiqués par le procureur, le parlementaire aurait joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre de l’opération de démolition, notamment en assurant la coordination et le financement principal de celle-ci.

Le parquet précise cependant que les investigations se poursuivent à son encontre.


Un autre élément est venu étayer ce volet de l’enquête. Un administrateur des services financiers entendu par les enquêteurs aurait déclaré connaître le député depuis plusieurs années et avoir été régulièrement sollicité par celui-ci pour l’octroi de prêts.

En 2024, il lui aurait ainsi accordé un prêt de 7 millions de francs CFA, destiné, selon ses déclarations, à être mis à la disposition d’Aliou Brou Jacques afin de procéder au déguerpissement des personnes qui occupaient illégalement la parcelle.


Le fils aîné d’Aliou Brou Jacques a, pour sa part, livré aux enquêteurs des éléments concernant les échanges qu’il aurait eus avec le député de Gouméré-Tabagne.


Selon le procureur, il a expliqué avoir été appelé à plusieurs reprises par le parlementaire. Celui-ci lui aurait demandé que son père réalise une vidéo destinée à être diffusée sur les réseaux sociaux afin d’assumer la responsabilité des démolitions.

Cet élément pourrait contribuer à expliquer la diffusion de la vidéo dans laquelle Aliou Brou Jacques revendiquait les opérations.

Il appartient toutefois à l'instruction de confronter cette déclaration aux autres éléments du dossier et d'en apprécier la portée.


 

Vers une éventuelle saisine de l'Assemblée nationale


Le député étant parlementaire, la procédure obéit à des règles particulières.

À ce stade, le procureur indique qu’une requête a été adressée par la doyenne des juges d’instruction afin de saisir la procureure générale près la Cour d’appel d’Abidjan. Cette dernière devra, le cas échéant, saisir le Bureau de l’Assemblée nationale afin d’obtenir l’autorisation nécessaire à d’éventuelles poursuites contre le parlementaire mis en cause.

Cette démarche est présentée par le parquet comme relevant du respect des procédures applicables aux poursuites concernant un parlementaire.


Au-delà des responsabilités individuelles, l’enjeu de l’information judiciaire est désormais de reconstituer précisément la chaîne de décision ayant conduit aux démolitions du 3 juin.


Qui a pris l’initiative de l’opération ? Sur quelle base juridique ? Qui l’a coordonnée ? Qui l’a financée ? Qui a donné les instructions aux différents intervenants ? Et dans quelle mesure les responsables administratifs et politiques entendus étaient-ils informés de la situation juridique et foncière réelle du site ?


Les déclarations recueillies à ce stade font apparaître plusieurs versions qui devront être confrontées.

D’un côté, Aliou Brou Jacques est présenté comme celui qui a assumé les démolitions et qui se prévalait d’un droit sur la parcelle. De l’autre, le ministre-gouverneur a invoqué le plan ORSEC pour justifier l’intervention du District. Les déclarations du directeur de cabinet et du directeur des services techniques font, elles aussi, état d’instructions provenant du ministre-gouverneur.


Parallèlement, le parquet fait état d’un rôle présumé du député de Gouméré-Tabagne dans la coordination et le financement de l’opération.

À ce stade, ces éléments constituent des déclarations et constatations versées à une information judiciaire toujours en cours. Ils ne préjugent pas, à eux seuls, de la responsabilité pénale définitive des personnes entendues ou mises en cause.


Le juge d’instruction est désormais saisi du dossier. Le parquet assure, pour sa part, vouloir faire toute la lumière sur les circonstances entourant les démolitions intervenues à Koumassi Campement le 3 juin 2026.






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  Par Koaci
 
 
 
 
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