Côte d'Ivoire : 2 639 produits à risque, l'AIRP a parlé, les consommateurs veulent savoir lesquels
Produits Adjamé Roxy (Ph Koaci)
L’ONG Centre d’Éducation Médicale et Citoyenne de Côte d’Ivoire (CEMC-CI) interpelle les autorités sur la suite à donner au recensement des produits cosmétiques effectué dans le pays. Dans une déclaration de presse publiée en septembre 2026, l’organisation estime que l’identification de milliers de produits ne doit constituer qu’une première étape et appelle désormais à davantage de transparence sur leur statut et leur éventuel retrait du marché.
Selon les chiffres rappelés par l’ONG, une campagne nationale de déclaration lancée à partir de 2024 a permis de répertorier 11 849 produits auprès de 1 140 opérateurs. Le 16 septembre 2026, lors d’une restitution organisée à l’Institut national de santé publique, l’AIRP aurait classé 2 639 de ces produits dans la catégorie des produits à risque élevé.
La CEMC-CI relève notamment parmi ces produits 1 969 produits éclaircissants, 279 destinés au grossissement fessier, 330 produits avariés ou dangereux, 53 produits destinés au resserrement ou à la détoxification vaginale et huit produits injectables. Pour l’organisation, ces données donnent une nouvelle dimension à la question de la régulation du secteur cosmétique et doivent désormais être suivies d’actions permettant de protéger effectivement les consommateurs.
L’une des principales préoccupations soulevées concerne l’accès du public à l’information. La CEMC-CI demande notamment que soit rendue accessible une liste officielle des produits présentant un risque élevé, afin que les consommateurs puissent identifier ceux qu’ils doivent éviter. Elle souhaite également que les professionnels et les organisations de la société civile disposent d’informations suffisamment claires pour contribuer à la prévention et à l’alerte.
L’ONG souligne par ailleurs que le caractère volontaire de la campagne de déclaration ne permet pas, selon elle, de considérer que l’ensemble des produits présents sur le marché ont été recensés. Elle appelle donc à élargir les contrôles aux opérateurs et aux produits qui n’auraient pas été déclarés ou autorisés.
Pour la CEMC-CI, une distinction doit également être faite entre les irrégularités susceptibles d’être corrigées et les produits présentant un risque sanitaire. L’organisation demande ainsi des précisions sur le statut des 2 639 produits classés à risque élevé : lesquels sont en cours de régularisation, lesquels sont interdits et lesquels ont déjà fait l’objet d’un retrait.
Au-delà du nombre de produits identifiés, l’ONG souhaite que les autorités communiquent régulièrement sur les suites données aux contrôles. Elle propose notamment de suivre le nombre de produits notifiés, interdits, saisis, retirés ou détruits, ainsi que les contrôles réalisés après leur retrait afin d’éviter leur remise en circulation.
La question de la coordination entre les différentes administrations figure également au cœur des préoccupations exprimées. La CEMC-CI rappelle les rôles respectifs de l’AIRP, du ministère du Commerce, des Douanes, de la police sanitaire, des forces de sécurité et de la justice. Elle estime nécessaire de rendre plus lisible, pour les consommateurs, la chaîne d’intervention qui suit l’identification d’un produit présentant un risque.
L’organisation plaide en outre pour une implication plus structurée de la société civile dans la sensibilisation des consommateurs, l’information des commerçants, la remontée des alertes, l’identification des produits suspects, la prévention et l’éducation sanitaire. Elle propose à cet effet la création d’un mécanisme institutionnel de partenariat avec les organisations de la société civile.
Dans ses recommandations, la CEMC-CI demande à l’AIRP de publier les informations officielles relatives aux produits dangereux ou à risque élevé, de mettre à jour les listes d’opérateurs autorisés, de clarifier le statut des 2 639 produits concernés et de préciser le nombre de produits interdits, retirés, saisis ou détruits. Elle sollicite également une communication régulière sur les contrôles effectués après notification.
Au ministère du Commerce, l’ONG demande notamment un renforcement des contrôles du marché, une meilleure surveillance des circuits de distribution et du commerce informel, ainsi qu’une communication sur les opérations menées et leurs résultats. Elle propose également la mise en place d’un cadre interministériel permanent consacré au suivi des produits cosmétiques, associant les secteurs de la Santé et du Commerce, les Douanes, la police sanitaire, les forces de sécurité et la société civile.
La CEMC-CI indique par ailleurs avoir saisi le Sénat, dans un courrier daté du 14 septembre 2026, sur la nécessité de renforcer le cadre législatif. L’organisation souhaite notamment qu’une réflexion soit menée sur l’articulation entre la loi de 2017 et le décret de 2015, les responsabilités des différentes administrations, les procédures de retrait et de destruction, la transparence des données, le contrôle aux frontières et la protection des consommateurs.
Pour l’ONG, les résultats du recensement constituent désormais une base de travail importante : 11 849 produits déclarés, 1 140 établissements recensés et 2 639 produits classés à risque élevé. Elle estime que l’enjeu est désormais de savoir quelles mesures concrètes seront prises à partir de ces données.
La CEMC-CI affirme ne pas rechercher la polémique, mais réclame davantage de transparence, de coordination et d’efficacité dans la gestion des produits cosmétiques présentant des risques. Elle souhaite notamment que les consommateurs puissent identifier les produits concernés, que les retraits soient vérifiables et que les produits interdits ne puissent pas revenir sur le marché.
L’organisation dirigée par Marcellin Doh appelle ainsi les autorités compétentes à poursuivre leurs actions et à communiquer régulièrement sur les mesures prises. Elle se dit enfin disposée à contribuer, dans le respect des compétences de chaque institution, aux initiatives visant à renforcer la protection des consommateurs et l’assainissement du marché cosmétique ivoirien.
Jean Chresus
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