Cameroun : Lunettes d'Alamine Ousmane Mey, l'or qui brille, la pauvreté qui attend
Il y a des priorités qui ne trompent pas. Le 16 septembre 2026, pendant que le Groupe de la Banque Islamique de Développement clôturait à Yaoundé une journée consacrée au financement de la lutte contre la pauvreté, un dossier autrement plus urgent mobilisait la police camerounaise : une paire de lunettes en « or » égarée. Celles du ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey.
Quatre journalistes en ont payé le prix. Une semaine de détention. Aucune plainte déposée. Et un motif qui, de l'aveu même du Minepat, ne tenait pas debout : le ministre avait simplement confié ses lunettes à un membre de son staff, avant de les retrouver quelques heures plus tard. Une méprise de vestiaire — réglée avant même que les quatre professionnels des médias comprennent pourquoi on les traînait manu militari en cellule.
L'accessoire avant l'essentiel
Il y a quelque chose de grinçant dans cette affaire. La BID était venue parler pauvreté, financement, développement. C'est un accessoire - retrouvé, faut-il le répéter - qui aura mobilisé tout l'appareil sécuritaire de la journée, pendant que le dossier officiel de la rencontre, lui, s'évaporait sans bruit.
On cherche toujours la plainte. On cherche toujours qui a donné l'ordre. Ce qu'on trouve, ce sont des versions qui se contredisent à mesure qu'on les interroge : le Minepat qui se dédouane, des policiers sous anonymat qui parlent soudain d'un téléphone, et le SPIC qui, lui, ne tergiverse pas : « détention arbitraire ».
Zèle
Il faut le noter : pendant qu'une institution internationale planche sur la manière de sortir des millions de personnes de la précarité, l'appareil sécuritaire local, lui, sait se montrer redoutablement efficace — pour un objet personnel retrouvé en quelques heures. On aimerait croire que la même énergie pourrait, un jour, se porter sur ce que la BID était venue discuter. Pour l'instant, ce n'est pas le sens des priorités qui a été démontré à Yaoundé.
L'addition, elle, est simple : quatre journalistes privés de liberté une semaine, pour une affaire close avant d'avoir commencé. Reste une question, que personne ne semble pressé de traiter avec le même zèle : qui répare cela ?
Décalage
Car il n'y a rien de drôle ici - sinon l'écart. Entre l'ampleur du déploiement et la futilité du motif. Entre une cérémonie sur la pauvreté et une semaine de cellule pour des lunettes retrouvées. Entre le sérieux qu'on devrait à la liberté de la presse, et la désinvolture avec laquelle elle a été traitée.
L'or, dit-on, ne brille pas pour tout le monde. À Yaoundé, il aura surtout révélé où se trouvent vraiment les priorités.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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