Côte d'Ivoire : Anne Ouloto aux fonctionnaires : « La planification de la retraite débute dès le premier revenu »
Anne Ouloto jeudi à Abidjan (DR)
La délicate question de la retraite, qui perturbe le sommeil des fonctionnaires, a été au cœur d'une double cérémonie, le jeudi 22 octobre 2026, à l’École Normale d’Administration (ENA) à Abidjan-Cocody, en présence de la Ministre d’État, Ministre de la Fonction Publique et de la Modernisation de l’Administration, Madame Anne Ouloto Lamizana.
C'était la présentation du livre sur la retraite écrit par le Dr Affessi Affessi et la conférence publique « Bien vivre sa retraite : préparation psychologique et financière », dirigée par les spécialistes, messieurs Samagassy Abdoulaye, Administrateur civil, Joël Koné, Conseil technique du DG de l’IPS-CGRAE, et Affessi Affessi, Docteur en psychologie du travail et des organisations, avec M. Magloire Coulibaly, Préfet à la retraite, en tant que modérateur.
Lors du panel, les intervenants ont souligné que la retraite n'est pas une destinée inéluctable lorsqu'elle est correctement anticipée.
En Côte d'Ivoire, l'âge de jouir de ses droits à la retraite varie entre 60 et 65 ans, en fonction du grade.
« Lorsque vous parvenez à l'âge de la retraite, le nombre d'années de service n'est pas pris en compte », a précisé M. Samagassy.
M. Koné a, quant à lui, indiqué que le traitement des dossiers se réalise dans un délai de 7 jours par l’IPS-CGRAE.
Selon lui, il est indispensable d’avoir travaillé 15 ans et d’avoir cotisé pour bénéficier d’une pension de retraite.
En conclusion, Dr Affessi, l'écrivain de l'ouvrage sur le sujet délicat, a indiqué que 100 retraités partant à 40 ans meurent en moins de deux ans, cela est causé par une angoisse significative, des traumatismes, etc.
C'est pour l'ensemble de ces motifs, d'après lui, qu'il est essentiel de planifier sa retraite.
« Sans avoir construit, il est impossible de tenir car la retraite n'est pas anticipée. Il est nécessaire d'établir un projet pour la préparation de la retraite », a-t-il insisté.
En clôture de la double cérémonie, la Ministre d’Etat, Ministre de la Fonction Publique et de la Modernisation de l’Administration, a recommandé aux fonctionnaires de bien préparer la retraite.
Selon Anne Ouloto, la retraite se prépare dès le premier salaire. « On prend notre retraite pour prolonger la vie, cela ne devrait pas être source de stress ou de traumatisme. Je crois que la fin d'une vie professionnelle marque le commencement d'une carrière fructueuse. »
La Ministre de la Fonction Publique a avoué avoir été touchée par des requêtes de conservation de poste, caractérisée par le nombre de fonctionnaires restant en service.
« Pourquoi cette appréhension concernant la retraite ? », a-t-elle interrogé. « L’homme peut avoir une retraite agréable, il suffit de se projeter. Il existe des stéréotypes concernant les employés publics qui sont en retraite. Je suis impatient d'aller à la retraite, car j'ai des projets. La préparation de la retraite est en cours. Un individu ne peut pas survivre sans un budget.
Il est nécessaire de gérer le budget du foyer, la planification de la retraite débute dès le premier revenu. Vivre au-delà de ses capacités, c'est cohabiter avec les « margouillats » jusqu’à l'âge de la retraite. Le fonctionnaire doit éprouver de la joie, le retraité également.
Demain sera plus positif. Je désire donc que nous prenions un moment de réflexion et que nous nous demandions si nous sommes sur la bonne voie ? Il est nécessaire de planifier… », a conclu Madame Anne Désirée Ouloto Lamizana.
La retraite ne se limite pas à une simple cessation d’activité : elle marque une transition profonde dans la vie de l’agent public.
L’activité professionnelle structure son quotidien, lui confère une identité, un rôle social et des ressources.
Dès lors, lorsqu’elle cesse sans avoir été préparée, cette rupture peut entraîner une perte de repères, un sentiment d’inutilité et de réelles difficultés financières.
Pourtant, dans l’Administration ivoirienne, la retraite demeure largement perçue comme une échéance redoutée plutôt que comme une étape à construire, de sorte que les dossiers de liquidation sont souvent constitués dans l’urgence, faute d’information suffisante.
Or, cette question revêt aujourd’hui un caractère d’urgence. En effet, sur un effectif de deux cent cinquante-sept mille quatre cent quatre-vingt-dix-neuf (257 499) fonctionnaires civils et vingt-huit mille cinq cent soixante-quinze (28 575) agents non-fonctionnaires, l’Administration enregistre environ trois mille quatre cent trente-huit (3 438) départs par an pour limite d’âge.
Dans le même temps, la Direction Générale de la Fonction Publique est saisie d’un nombre croissant de demandes de maintien en activité, faculté que le Statut Général de la Fonction Publique réserve pourtant à un décret du Chef de l’État.
En réalité, ces sollicitations traduisent le plus souvent l’absence d’épargne, la persistance de charges familiales et immobilières, l’appréhension du vide social et la crainte d’une chute brutale des revenus.
Selon l’IPS-CGRAE, un fonctionnaire perd généralement plus de la moitié de son revenu d’activité au moment de son admission à la retraite.
Donatien Kautcha, Abidjan
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