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Côte d'Ivoire : Frappés par la peste porcine, étranglés par les importations, les éleveurs de porcs réclament 15 milliards FCFA d'indemnisation et des mesures urgentes pour sauver la filière
 

Côte d'Ivoire : Frappés par la peste porcine, étranglés par les importations, les éleveurs de porcs réclament 15 milliards FCFA d'indemnisation et des mesures urgentes pour sauver la filière

 
 
 
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© Koaci.com - samedi 24 octobre 2026 - 12:42

Plus de deux ans après les abattages sanitaires liés à la peste porcine africaine, les éleveurs de porcs de Côte d’Ivoire affirment n’avoir toujours perçu aucune indemnisation. Confrontés à des pertes estimées à 15 milliards de FCFA, à des difficultés d’écoulement de leur production et à la concurrence des importations, ils ont appelé, ce samedi 24 octobre 2026 à Yopougon au cours d'une rencontre avec la presse, l’État à honorer ses engagements et à mettre en place des mesures urgentes pour sauver la filière.


La filière porcine ivoirienne tire la sonnette d’alarme. Entre les conséquences de la peste porcine africaine, les difficultés de commercialisation et la progression des importations de viande de porc, les éleveurs font face à une crise qui menace la pérennité de leurs activités. Réunis autour de Nawoya Germain, président de l’Union nationale des sociétés coopératives de porcs de Côte d’Ivoire, ils ont interpellé les autorités sur la nécessité de prendre des mesures concrètes pour préserver les emplois, soutenir la production nationale et renforcer la souveraineté alimentaire du pays.


D’entrée de jeu, le responsable a invité l’assistance à observer un moment de recueillement en mémoire de huit éleveurs décédés après avoir été durement affectés par la crise. Un hommage qui illustre, selon lui, les conséquences humaines et sociales de la situation que traverse la filière.

« Nous ne venons pas accuser, nous venons alerter et surtout proposer », a déclaré Nawoya Germain, précisant que sa démarche s’exprimait au nom des éleveurs, des coopératives et de l’ensemble des acteurs de la filière porcine.


Premier sujet de préoccupation : les conséquences de la peste porcine africaine, qui a frappé la Côte d’Ivoire à partir de 2024. Selon les chiffres cités par les représentants des éleveurs et attribués au ministère chargé des Ressources animales, 108 000 porcs ont été abattus dans le cadre des mesures sanitaires, affectant directement quelque 1 500 acteurs de la filière.


Les éleveurs affirment avoir accepté les abattages sanitaires malgré les pertes économiques considérables, dans le but de contribuer à l’éradication de la maladie et de protéger le cheptel national. Toutefois, ils dénoncent l’absence d’indemnisation, alors que les délais réglementaires sont, selon eux, largement dépassés.


Nawoya Germain s’appuie notamment sur le décret n° 2022-352 du 1er juin 2022, relatif aux conditions d’indemnisation des propriétaires d’animaux abattus pour des raisons sanitaires. Selon les dispositions évoquées par le président de l’organisation, les indemnisations doivent être versées dans un délai maximal de huit mois. Or, plus de deux ans après les premières pertes, les éleveurs assurent n’avoir reçu aucun paiement.


« Aucun éleveur n’a perçu un centime », a martelé Nawoya Germain, démentant ainsi les rumeurs selon lesquelles certains responsables de la filière auraient déjà été indemnisés. Il a précisé que les démarches administratives avaient été entreprises auprès des services vétérinaires et des ministères concernés. Selon les informations communiquées aux éleveurs lors de leurs échanges avec les autorités, les évaluations techniques et financières auraient été réalisées et les dossiers transmis aux services compétents pour la mobilisation des ressources nécessaires. Malgré ces assurances, la situation demeure bloquée.


Au cours des échanges avec la presse, le président de l’organisation a évalué à environ 15 milliards de FCFA les pertes subies par les éleveurs touchés par les abattages sanitaires.


Il a également indiqué qu’une enveloppe d’environ 4 milliards de FCFA aurait été envisagée pour les indemnisations, un montant très inférieur aux pertes estimées par les producteurs. Il a toutefois précisé que cette somme n’avait pas encore été versée.


Pour les éleveurs, les conséquences dépassent largement la seule perte des animaux. Endettement bancaire, difficultés à payer les frais de scolarité des enfants, disparition des revenus familiaux et abandon des exploitations figurent parmi les principales répercussions de la crise.


Le responsable de l'organisation met également en garde contre un risque sanitaire : si les producteurs ne sont pas indemnisés après avoir déclaré leurs pertes et accepté les abattages, certains pourraient être tentés de dissimuler de futurs cas de mortalité animale.


« L’indemnisation n’est pas seulement un geste de justice, c’est aussi une lutte contre la maladie », a-t-il souligné. Face à cette situation, les éleveurs demandent un calendrier précis de paiement, avec un premier versement dans un délai de 30 jours et le règlement du solde dans les 60 jours suivants. Ils souhaitent également que les ayants droit des éleveurs décédés soient traités en priorité.


Parmi les autres mesures proposées figurent la création d’un fonds d’indemnisation sanitaire, le report des échéances bancaires et un accompagnement à la relance des exploitations, notamment à travers la facilitation de l’acquisition de reproducteurs.


Au-delà des indemnisations, les éleveurs dénoncent les difficultés croissantes à écouler les porcs produits localement.

Selon Nawoya Germain, la fragilisation de certains débouchés commerciaux et industriels a considérablement réduit les capacités d'absorption du marché. Il cite notamment l'entreprise Salaison 6, présentée comme un acteur important de la transformation et de l'achat de la production nationale, ainsi que des points de vente qui ont cessé leurs activités à la suite de démolitions.


La disparition ou l'indisponibilité de ces circuits commerciaux complique la vente des animaux prêts à être abattus. Les éleveurs se retrouvent ainsi contraints de conserver leurs porcs plus longtemps dans les exploitations. Cette situation entraîne une hausse des dépenses d'alimentation, une augmentation du poids des animaux au-delà des objectifs de production et, dans certains cas, des ventes à perte ou à crédit.


À ces difficultés s'ajoutent les impayés, qui fragilisent davantage la trésorerie des exploitations. Pour remédier à cette situation, les producteurs proposent d'augmenter les capacités de stockage, notamment par la mise à disposition de conteneurs et de chambres froides au niveau des abattoirs. L'objectif est de mieux conserver la production et de réguler les ventes, afin de limiter la pression sur les prix.


 

Ils plaident également pour la création de nouvelles unités d'abattage et de points de vente, susceptibles de rapprocher les producteurs des consommateurs et de fluidifier la commercialisation.


Dans le même temps, Nawoya Germain appelle les Ivoiriens à privilégier la viande de porc produite localement. Pour les éleveurs, cet acte de consommation constitue un moyen concret de soutenir les producteurs nationaux et de contribuer à la sauvegarde des emplois.


Troisième point de revendication : la progression des importations de produits porcins, qui accentue, selon les producteurs, les difficultés de la filière nationale. S'appuyant sur des données attribuées à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les représentants des éleveurs indiquent que les importations seraient passées d'environ 55 700 tonnes en 2019 à 121 000 tonnes en 2023, soit plus du double en quatre ans.


Ils citent également une forte progression des achats en provenance du Brésil en 2023.

Les producteurs précisent ne pas réclamer la fermeture des frontières. Ils reconnaissent que les importations restent nécessaires pour satisfaire une demande nationale que la production locale ne parvient pas encore à couvrir.


Ils dénoncent cependant une concurrence qu'ils jugent déséquilibrée entre les élevages ivoiriens et les produits importés, notamment en raison des différences de coûts de production.


Des coûts de production jugés trop élevés


Au cours des échanges avec la presse, les représentants de la filière ont expliqué que la comparaison entre les prix de la viande locale et ceux des produits importés devait tenir compte de la nature des marchandises commercialisées.


Selon eux, une partie des importations est constituée de morceaux et de sous-produits, tels que les pattes, les jarrets et les têtes, qui ne sont pas directement comparables à un porc entier produit localement.


Ils soulignent également que les éleveurs ivoiriens dépendent de matières premières importées, notamment le soja et certains prémélanges alimentaires, ce qui contribue à alourdir leurs charges.


À ces contraintes s'ajouteraient les économies d'échelle réalisées par les producteurs étrangers, ainsi que les soutiens publics dont bénéficient certaines filières agricoles dans les pays industrialisés.


Selon les estimations avancées par les représentants des éleveurs, le coût de production local se situerait entre 1 500 et 2 000 FCFA par kilogramme, tandis que certains produits importés pourraient être proposés autour de 1 000 FCFA le kilogramme. Ces chiffres, présentés par les intervenants, illustrent selon eux la difficulté de la production nationale à rivaliser sur les prix.


Les producteurs ont également dénoncé l'incidence de la TVA de 9 % sur leurs activités, estimant que cette mesure a aggravé des difficultés de compétitivité déjà importantes.


Ils ont toutefois relevé que les mesures prises pour limiter la sortie du maïs du territoire ont contribué à réduire le coût de cette matière première. Selon leurs déclarations, le kilogramme de maïs, qui pouvait atteindre ou dépasser 300 FCFA les années précédentes, s'achetait entre 120 et 160 FCFA cette année.


Pour les éleveurs, cette évolution montre que des mesures adaptées sur les intrants peuvent contribuer à améliorer la compétitivité de la production locale.


 

Pour rééquilibrer la concurrence, les producteurs proposent l'instauration d'un prélèvement compensatoire modulé sur les produits porcins importés de pays situés hors d'Afrique.


Ils souhaitent s'inspirer du mécanisme appliqué à certains produits avicoles importés, auquel les intervenants ont fait référence au cours de la conférence de presse.


Selon leur proposition, une partie des recettes issues de ce prélèvement pourrait alimenter un fonds destiné à soutenir les producteurs nationaux, notamment par des subventions, des prêts ou des dispositifs permettant de réduire les coûts de production.


Les éleveurs proposent également de conditionner une partie des autorisations d'importation à l'achat de produits locaux, afin de favoriser l'écoulement de la production nationale.


Ils demandent, en outre, un renforcement des contrôles aux frontières concernant la conformité sanitaire, le respect de la chaîne du froid, l'étiquetage et la déclaration des valeurs en douane.


Enfin, ils plaident pour la mise en place d'une clause de sauvegarde temporaire, le temps de permettre à la filière de se reconstruire, ainsi que pour l'adoption d'une feuille de route assortie d'objectifs chiffrés de réduction progressive de la dépendance aux importations.


Pour sortir de l'impasse, les représentants des éleveurs demandent la tenue, dans un délai de 30 jours, d'une table ronde réunissant les ministères concernés, les organisations professionnelles, l'interprofession et les sociétés coopératives. Cette rencontre devrait permettre de valider un calendrier d'exécution des mesures proposées, en particulier le règlement des indemnisations, le soutien à la commercialisation et l'amélioration de la compétitivité de la production locale.


Ils souhaitent également qu'un bilan public soit présenté tous les 60 jours, notamment devant la presse, afin de permettre aux acteurs de suivre les engagements pris et les progrès accomplis.


En retour, les éleveurs s'engagent à renforcer leurs propres efforts en matière de biosécurité, de déclaration obligatoire des exploitations, de respect du vide sanitaire et de traçabilité des animaux.


Pour Nawoya Germain, la responsabilité de la relance doit être partagée entre les pouvoirs publics et les professionnels. « Nous avons les bras, nous avons les compétences, nous avons l'envie. Il nous manque la justice », a-t-il déclaré, appelant les autorités à agir avant que la situation ne devienne irréversible.


À travers leurs revendications, les éleveurs entendent faire de la crise actuelle un point de départ pour la reconstruction de la filière porcine ivoirienne. Ils estiment que le paiement des indemnisations, la restauration des circuits de commercialisation et la mise en place de mesures de compétitivité constituent des conditions essentielles à la reprise de leurs activités.


L'enjeu dépasse, selon eux, les seuls intérêts des producteurs. Il concerne également la préservation des emplois, les revenus des ménages, la valorisation de la production nationale et la contribution de la filière porcine à la souveraineté alimentaire de la Côte d'Ivoire.



Wassimagnon


 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
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