Côte d'Ivoire : « Tu es lesbienne », un direct TikTok, des photos exposées et cinq personnes devant la police
L'interpelé (Ph Koaci)
Tout est parti d'une amitié née autour des cérémonies de K.Z., qui exerce dans la médecine traditionnelle. Pour faire connaître son activité, elle fait régulièrement venir des chanteuses chargées de lancer l'« atalaku ». C'est ainsi qu'elle rencontre S.A. Les deux femmes s'entendent d'emblée.
Puis S.A. se lance à son tour dans la médecine traditionnelle. K.Z. la félicite et l'encourage. Mais l'enthousiasme retombe vite : plusieurs de ses disciples quittent son cercle pour rejoindre celui de son amie. Les tensions montent, la relation se délite, et chacune reprend sa route de son côté.
Un jour, en parcourant TikTok, K.Z. tombe sur un direct. Des proches de son ancienne amie y déversent injures et propos dénigrants à son sujet. Intriguée, elle ouvre le compte de l'un des intervenants et y découvre, stupéfaite, plusieurs vidéos qui la visent. Elle comprend qu'elle est devenue la cible d'une véritable campagne de harcèlement.
Elle se rend alors à la Police de Lutte contre la Cybercriminalité (PLCC), où les agents l'aident à déposer plainte. Une enquête est immédiatement ouverte et conduit à l'interpellation de cinq personnes : S.A., K.R., M.K., un second S.A. et F.K.
Devant les enquêteurs, F.K. reconnaît être l'auteur des directs et des vidéos qui visaient K.Z. et sa sœur. Son explication : il aurait entendu dire que K.Z. avait payé trois influenceurs installés à l'étranger pour s'en prendre à lui et à son groupe. Pour riposter, il a organisé plusieurs directs au cours desquels il a diffusé les photos des deux sœurs en les accusant d'être lesbiennes.
Mais quand les policiers lui demandent de prouver que K.Z. est bien à l'origine des attaques, il n'a rien à présenter. Même constat pour l'orientation sexuelle qu'il leur prêtait : aucune preuve. Il invoque la colère. Les autres mis en cause livrent des déclarations similaires aux siennes.
Au terme de l'enquête, F.K. a été présenté au parquet pour diffamation, atteinte à l'image et à l'honneur, injures et menaces par le biais d'un système d'information, des infractions prévues par la loi n° 2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité.
L'affaire rappelle qu'une rumeur lancée en direct, pour quelques vues ou dans l'espoir de devenir virale, n'a rien d'un simple « gbairai » de quartier. Sur Internet, les atteintes à l'honneur et à la réputation sont punies par la loi, notamment par son article 60, et derrière chaque publication se trouve une personne bien réelle.
Jean Chresus, Abidjan
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