Côte d'Ivoire : Gaspillage alimentaire, le CCESP mise sur un pacte national pour changer la donne
Face à l’ampleur des pertes alimentaires et à l’absence d’un dispositif national harmonisé, le Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP) engage une nouvelle dynamique de lutte contre le gaspillage alimentaire. À l’issue d’une étude présentée le 22 octobre 2026 à Abidjan, une approche progressive, fondée sur la réforme des règles existantes, la facilitation des dons et la création d’un Pacte national, se dessine pour transformer les surplus alimentaires en ressources au service de la solidarité et du développement durable.
Le gaspillage alimentaire constitue un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire, l’économie et l’environnement. Alors qu’environ un tiers de la nourriture produite dans le monde est perdu ou gaspillé, des millions de personnes continuent de souffrir de la faim. En Côte d’Ivoire, la nécessité d’apporter une réponse structurée à ce phénomène a conduit le Secrétariat exécutif du CCESP à réunir, le jeudi 22 octobre 2026, au Novotel Abidjan, plus de 60 acteurs issus de l’administration publique, du secteur privé, de la société civile et de l’écosystème des solutions alimentaires.
Cette rencontre était consacrée à la restitution de l’étude d’opportunité relative à la mise en place d’un cadre normatif de lutte contre le gaspillage alimentaire en Côte d’Ivoire.
Représentant la secrétaire exécutive du CCESP, Mme Mariam Fadiga Fofana, le conseiller technique Georges Copré a souligné que la réduction du gaspillage ne devait pas être considérée uniquement comme une contrainte, mais également comme une « opportunité de création de valeur ». Elle permettrait notamment de réduire les coûts des entreprises, de favoriser la création d’emplois, de renforcer la sécurité alimentaire et de limiter les effets néfastes sur l’environnement.
Un cadre juridique à harmoniser
Issue des engagements pris lors de la Journée nationale du partenariat de novembre 2023, consacrée à la responsabilité sociétale des entreprises, l’étude vise à identifier les leviers d’une action cohérente et durable. Réalisée avec l’appui du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), sous la conduite de la consultante internationale Julia Venn, elle s’appuie sur une revue documentaire, 15 entretiens, deux enquêtes en ligne et deux ateliers multi-acteurs.
Le diagnostic révèle que la Côte d’Ivoire ne part pas de zéro. Des dispositions encadrent déjà la commercialisation des denrées, les dates de consommation, la sécurité sanitaire, les dons et la gestion des déchets. Toutefois, leur dispersion et certaines contraintes réglementaires limitent leur efficacité.
Le décret de 1992 interdisant la vente ou le don de produits dont la date est atteinte, sans distinguer clairement la date limite de consommation (DLC) de la date de durabilité minimale (DDM), figure parmi les difficultés relevées. À cela s’ajoutent l’absence d’un régime spécifique pour les dons alimentaires, les contraintes fiscales et le manque de clarté concernant les responsabilités des donateurs.
Résultat : donner des denrées encore valorisables peut s’avérer plus complexe que les détruire. Pourtant, des solutions de collecte et de redistribution existent. Selon l’étude, elles ne mobilisent que 34 % de leurs capacités, notamment en raison des difficultés de mise en relation et des insuffisances logistiques entre détenteurs de surplus et structures bénéficiaires.
En l’absence de données nationales représentatives, l’étude s’appuie sur les estimations du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Celles-ci évaluent le gaspillage des ménages à environ 89 kg par habitant et par an, soit près de 2,9 millions de tonnes. En intégrant, à titre exploratoire, la restauration et la distribution, le volume pourrait atteindre 4,26 millions de tonnes annuelles. Ces chiffres restent toutefois des ordres de grandeur et ne constituent pas une référence nationale officielle.
Pour remédier à cette situation, l’étude préconise une approche mixte et progressive, privilégiant l’adaptation des textes existants et les engagements volontaires avant d'envisager, si nécessaire, un dispositif juridique plus contraignant.
Neuf recommandations principales, déclinées en 52 mesures, ont ainsi été formulées. Elles portent notamment sur la production de données fiables, la fixation d’objectifs chiffrés de réduction, la modernisation des règles relatives aux dates de consommation, la sécurisation des dons alimentaires et l’adoption d’incitations fiscales adaptées.
La démarche prévoit également l’élaboration d’une hiérarchie nationale de prévention et de gestion des déchets alimentaires, la sensibilisation du public et la structuration des acteurs engagés dans la lutte contre le gaspillage.
Au cœur de cette stratégie figure la création d’un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, destiné à fédérer l’État, les entreprises, les organisations de solidarité et les autres acteurs de la chaîne alimentaire autour d’engagements communs.
La feuille de route proposée s’articule en trois phases : une première période de 0 à 12 mois consacrée à l’établissement d’une référence nationale, à la gouvernance et au lancement du Pacte ; une deuxième phase de 12 à 36 mois dédiée aux objectifs chiffrés, à l’organisation des dons et aux instruments fiscaux ; enfin, une phase d’évaluation au-delà de 36 mois, pouvant déboucher sur un dispositif juridique plus contraignant.
Représentant la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, le directeur de cabinet, Kouadio Jules, a insisté sur la dimension sociale de cette initiative. Il a appelé à passer « d’une logique de perte à une logique de valorisation, et d’une logique de gaspillage à une logique de partage ».
Pour lui, le futur cadre devra sécuriser les dons, clarifier les responsabilités et faciliter la redistribution des invendus des grandes surfaces, commerces, hôtels, restaurants et industries agroalimentaires au profit des banques alimentaires, des associations et des ONG. L’objectif est de concilier la sécurité des bénéficiaires, la responsabilité des donateurs et l’efficacité des mécanismes de solidarité.
Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, représenté par le conseiller technique Georges Kouadio, ainsi que la Coopération allemande (GIZ), ont également pris part aux échanges.
Les discussions se sont poursuivies autour d’un panel consacré aux leviers d’action collective. Plusieurs pistes ont été retenues, notamment la révision du décret encadrant les dates de consommation, la formulation de propositions fiscales en faveur des dons, la mise en place du Pacte national et la création d’un groupe de travail multi-acteurs sous l’égide du CCESP.
Une communication en Conseil des ministres sur les recommandations formulées a également été évoquée.
Au terme de cette rencontre, un constat s’impose : les solutions existent, mais leur efficacité dépendra de la capacité des acteurs à coordonner leurs interventions et à lever les obstacles réglementaires, fiscaux et logistiques.
En appelant les participants à « échanger avec franchise » afin de bâtir un cadre « intégré et harmonisé », le représentant du secrétaire exécutif du CCESP a réaffirmé l’ambition de cette démarche : faire de la lutte contre le gaspillage alimentaire une responsabilité partagée et un levier de développement durable en Côte d’Ivoire.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
